Dans un lieu isolé, au milieu de hautes cimes enneigées, je médite en ermite.
La froideur extérieure n'a d'égale que celle qui m'est intérieure.
Je me suis même isolé du papier et stylo en recouvrant mes mains de gants de soie noire.
Il y a plus de cent personnes dans ce chalet, mais rien ne m'empêche de vivre ma solitude. Elle est douce et propice à la réflexion.
J'aimerais me microcosmer pour visiter le monde l'infiniment petit.
Il doit faire bon vivre ailleurs, dans un lieu inaccessible aux humains barbaroïdes.
Etre un atome parmi les molécules de mon être.
Ressentir mon vécu en temps que corps de l'existant et non pas l'existant.
Etre une cellule de mon cerveau quand mon sang chargé d'héroïne vient y déferler. ;
Etre mes poumons lorsque la fumée d'un pétard y stagne.
Me sentir Moi, me ressentir, m'imprégner intimement des éléments externes.
Etre globule rouge de mon sang pulsé au rythme des battements de mon cœur.
Visiter mon corps dans son intégralité, me charger de toxines et aller me purifier dans mes bronches, dans mes reins, dans mon foie déjà corrompu par ce maudit virus.
Etre la toxine rejetée par ma vessie projetée sur l'ardoise spongieuse d'un vieil urinoir de campagne.
Etre le spermatozoïde véloce fécondant l'ovule tentaculaire d'une matrice accueillante.
Etre l'atome d'oxygène qui purifie mon sang.
Etre celui du dioxyde de carbone rejeté dans l'air vicié de cette minuscule chambre sous les toits.
Etre le rayon de lumière solaire qui irradie ma rétine et être aussi mon œil ébloui.
M'osmoser totalement aux particules à en devenir translucide, invisible.
Etre microcosmique à en disparaître tout en étant infiniment présent.
S'unir à l'univers ambiant en se transformant en électrons poussiéreux et lumineux.
Etre les pulsions de mon cerveau symbolisant mes rêves sur l'électroencéphalogramme.
Etre les nano-secondes du temps qui passe.
Etre tellement insignifiant et pourtant tellement indispensable.
Sans ces « micro-choses » il n'y a rien de grand, rien de palpable, rien de visible, rien de vivable.
Etre mon vécu pour l'apprécier dans sa réalité intrinsèque.
Etre Nathan, Kevin, Jade, Vanessa, ou Alain, Elles, et tant d‘autres encore.
Etre le regard, celui qui regarde et ce qui est regardé.
Etre mes sens, ce qu'ils me font ressentir et ce qu'ils ressentent.
Etre le sommeil et celui qui dort.
Etre la Mort et celui qui meurt.
Je ne sais pas si je suis celui que je crois être.
Je sais juste que je suis heureux de l'être.
Je suis bien dans ma peau : étant bien à l'intérieur de mon corps et aussi dans me tête.
Car pour moi c'est ce qui se passe à l'intérieur qui est primordial.
L'extérieur n'a que l'importance que je veux bien lui accorder.
Et souvent il n'en a guère.