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Samedi 19 mai 2007
La séance devait se terminer dans moins de cinq minutes mais il avait la sensation que cela allait être les cinq plus longues minutes de son existence.
Son « TOC-K » - comme il le surnommait en secret – avait franchi un pas supplémentaire dans son obsession de la propreté en se découvrant un intérêt tout aussi compulsif pour les Cathares.
Il avait lu tout ce qu’il avait pu trouver sur le sujet à la Médiathèque de la ville et il avait décidé que le salut de son âme – et de celui de la race humaine – se trouvait dans cette religion. C’était dans la « Dualité Divine » et dans elle seule que se trouvait la Vérité Vraie et l’unique solution à la corruption de l’Homme. 
Il décrivait avec force détail pourquoi les Cathares avaient raison, pourquoi la chair étant vouée à la pourriture ne pouvait rivaliser avec l’esprit, que tout contact physique était à bannir, et que c’est pour cette raison qu’il avait décidé d’être un « parfait ».
Pratiquant déjà l’acte sexuel plus qu’épisodiquement et avec parcimonie, l’abstinence totale ne lui posait guère de problème, et à dire vrai lui apparaissait comme la réponse aux questions qu’il s’était posé depuis des années concernant cette obsession de la propreté qu’il l’avait conduit ici deux ans auparavant.
Il avait donc décidé d’arrêter dès aujourd’hui la thérapie, celle-ci n’ayant plus lieu d’être : il avait trouvé sa voie.
Il se redressa, sortit un billet de 50 euros de sa poche de chemise qu’il jeta plus qu’il ne posa sur le bureau et, se dirigeant vers la porte du bureau, il se retourna et prononça cette ultime phrase laissant son psy pétrifié :
 
« Lorsque vous serez enfermé dans cette pièce avec la femme attendant à côté que vous veniez la chercher, pensez à ce que je viens de vous dire à propos de la fornication. »
 
Il quitta le bureau du pas décidé de celui va retrouver son destin.
 
Le bruit de la porte d’entrée se refermant tira le thérapeute de sa stupeur, il secoua lentement la tête et alla chercher celle qu’il attendait depuis une semaine.
 
Etrangement il ne lui serra pas la main, d’un signe de la tête il lui fit signe de le suivre sans dire un mot.
Il s’installa dans son fauteuil pendant qu’elle accrochait son manteau à la patère avant de s’allonger sur le divan.
Elle resta silencieuse quelques secondes, s’éclaircit la gorge et commença à parler
 
 
La semaine dernière vous m’avez laissée en fort mauvaise posture avec celui qui semblait devoir devenir mon premier amant. En tout cas c’était parti pour et j’étais bien décidée à passer à l’acte. Mais cela n’a plus d’importance j’ai eu tout le temps pendant ces huit jours de me rappeler la scène en détail.
 
Pour le psy c’était plutôt mal parti pour qu’il parvienne à se concentrer longtemps sur ce que lui avait dit son patient précédent. A vrai dire il n’y pensait déjà plus, il allait savoir comment s’était déroulée cette « première fois » qu’en règle générale les jeunes femmes s’empressent d’oublier, en recommençant très vite ou bien plus tard. Il était tout ouï.
 
 
Vous vous souvenez, je venais de lui demander de me faire l’amour, et il m’avait répondu qu’il voulait fermer les rideaux et éteindre la lumière.
Ma première pensée fut de me dire que ce charmant jeune homme était plein de prévenances à mon égard et surtout vis à vis de ma pudeur. Je me devais de mettre les choses au clair.
Je le remerciais de cette gentillesse d’un baiser léger sur ses lèvres humides et lui expliquais qu’il allait être mon premier amant, que j’avais envie de « tout » voir et pas que ça se passe dans le noir, j’aurais eu l’impression de me cacher. Si j’avais voulu faire ça dans l’obscurité, on serait allé dans une salle de cinéma de quartier ou pire encore dans la cave de son immeuble.
Là pas de doute c’était bien de la panique qui venait d’envahir son regard.
Je l’embrassais à nouveau en y mettant toute la passion et surtout le désir qui m’habitait, laissant ma main s’égarer à nouveau dans son caleçon : Oh stupeur et désillusion le bâton s’était transformé en un escargot en guimauve recroquevillé dans sa coquille !
Et sous mes doigts en plus ! J’avais beau ne pas être une novice et encore moins avoir été élevée chez les nonnes, je me demandais bien quoi faire et surtout comment redonner de la vigueur au jeune homme pour qu’il parvienne à calmer ce brasier dans mon ventre, et qui maintenant avait étendu son territoire jusqu’entre mes cuisses.
Je fis appel à ma mémoire pour tenter de me souvenir de ce que j’avais lu et surtout de ce que m’avait racontée Marie, la spécialiste en la matière, sur le sujet de la « débandade ».
Surtout ne pas dire : « C’est pas grave je t’assure » ou bien : « C’est rien ne t’en fais pas, ça marchera mieux la prochaine fois. », là c’était la catastrophe assurée, on n’avait plus qu’à se rhabiller et rentrer chez soi.
Non la seule solution consistait à tout reprendre du début, enfin presque.
Je m’armais de patience et recommençais à l’embrasser en caressant doucement sa nuque du bout des doigts avant de laisser glisser ceux-ci le long de sa colonne vertébrale, puis je ramenais mes mains sur sa poitrine et lui titillais les tétons.
Je le sentais se détendre, sa langue et ses caresses répondirent rapidement aux miennes.
Bientôt je sentis un durcissement dans son hémisphère sud, heureusement qu’il avait les yeux fermés à ce moment là sinon il se serait demandé pourquoi j’arborais un tel sourire de contentement tout à coup.
Le vide dans mon ventre n’ayant fait que s’agrandir, il était temps que « Monsieur » le comble. L’heure n’était plus aux préliminaires mais à la pénétration franche et sans détour.
J’attrapais discrètement mon sac à main et sortis le préservatif que je conservais dans la petite poche intérieure – la seule possédant une fermeture-éclair – le gardant spécialement pour cette occasion.
J’allais faire glisser son jean et son caleçon pour habiller l’objet du délit quand Marc me saisit fermement les mains et me demanda d’attendre qu’il ait fermé les rideaux et éteint la lumière.
Je le regardais droit dans les yeux, lui demandant de m’expliquer ce qui motivait cet accès de pudeur de sa part, puisqu’en ce qui me concernait j’étais plus que décidée à « profiter » du spectacle.
Il lui fallut dix minutes pour parvenir à me dire qu’il faisait un « complexe » sur la taille de son sexe et que la seule façon pour lui de surmonter cela était de me faire l’amour dans l’obscurité. J’eus beau lui répéter que j’étais vierge et que la taille n’était pas le principal, qu’en plus pour une première fois j’avais pas forcément envie du format « Magnum », rien n’y fit et – le désir en moi étant toujours aussi vif – j’acceptais qu’on fasse ça dans l’obscurité.
Soyons francs, il fut doux, tendre, attentionné, délicat, bref le garçon rêvé pour perdre sa virginité, mais ce ne fut pas à la hauteur de mes « espérances ».
Je ne crois pas que ce fut essentiellement lié à sa « taille », mais tout de même il était vraiment mince le jeune homme.
Bien évidemment je ne lui ai rien laissé deviner, pas la peine d’en rajouter à ses « blocages », au contraire je lui dis que cela avait été merveilleux, qu’il avait été l’amant idéal pour ma première fois.
On est resté un quart d’heure à se bécoter tendrement puis, prétextant un rendez-vous avec ma mère, je me rhabillais et rentrais chez moi, non sans lui avoir promis de le rappeler très vite.
Je l’ai fait. Je mis fin à cette histoire avec tact et gentillesse, lui expliquant que j’avais été très heureuse avec lui cet après-midi là mais que je n’avais pas envie d’une relation longue durée, mes études passant avant tout.
Et ça c’était vrai. Mon second amant je le rencontrais à la fin de mes études de lettres, il avait terminé son droit un an auparavant et travaillait au cabinet d’avocats de son père.
Nous nous sommes mariés après deux ans de vie commune et nous le sommes toujours.
Vous voyez docteur, je ne me cherche pas d’excuse mais reconnaissez qu’il n’y a rien d’étonnant à ce que je sois tombée dans les bras d’un manipulateur.
Bref je pense que cette « première fois «  éclaire différemment mon histoire.
Maintenant je vais aborder la période comprise entre mon mariage et ma « rencontre » avec Machiavel.
 
 
L’analyste regarda sa montre et, comme elle se tournait vers lui, il dit :
 
« Excellente idée, vous pourriez aussi approfondir cette « première fois », mais c’est vous qui voyez. On en reparlera la semaine prochaine. »
 

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