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Samedi 11 février 2006

Nathan ouvrit la porte et entra dans le bar.
Il jeta un coup d’œil et choisit une table isolée au fond de la salle sachant intuitivement que c’était là que Jade s’installait avec l’autre. Fermant les yeux, il les imaginait face à face incapables de se quitter du regard et se tenant la main avec tendresse et passion. Il avait l’impression d’entendre leurs voix, il percevait presque les mots échangés. Il les rouvrit brusquement lorsque les visions scabreuses de ce qui pouvait se dérouler après, lorsqu’ils partaient ensemble s’isoler dans des parkings déserts, commencèrent à envahir son esprit insidieusement.
Nathan commanda une Kilkenny et observa les lieux : la clientèle essentiellement masculine semblait composée d’habitués.
Allumant une cigarette il s’abîma dans la contemplation du plafond : des poutres en chêne massif le traversaient de part en part. Des appliques toutes différentes, séparées par des affiches publicitaires pour diverses bières anglaises et irlandaises, étaient fixées au murs. Leurs ampoules orientées vers le haut éclairaient les poutres et rehaussaient ainsi le côté rustique que celles ci donnaient à la pièce.
Prêtant plus attention au décor il vit que les miroirs et la pendule étaient également sponsorisés par des brasseries britanniques ou irlandaises.
Dans l’arrière salle des paravents en bois brun formaient des boxes et procuraient une relative intimité aux clients. Ces zones d’isolement donnaient surtout du relief à la solitude de ceux qu’ils étaient censés protéger.
Au sol des tomettes rouges apportaient une note gaie et élégante au lieu.
Son regard se dirigea vers le bar. Un poste de télévision à écran 16/9 était accroché au mur de façon à être visible par tous les clients. Nathan s’arrêta un instant sur le visage émacié du barman : son nez recourbé le faisait ressembler à un rapace et ses yeux perpétuellement en mouvement allaient d’un client à l’autre. Si l’un d’entre eux avait terminé son verre, il lui proposait de renouveler sa consommation d’un hochement de la tête presque imperceptible. Il fonçait alors sur des pompes à bières rutilantes pour remplir avec habileté un des verres vides posés sur la paillasse. Cette vivacité dans les gestes, associée à la vitesse des déplacements, semblait surnaturelle. Il pouvait être en pleine conversation avec un client et brusquement s’interrompre pour aller à l’autre bout du bar y remplir un verre, puis reprendre sa discussion comme si de rien n’était.
L’image d’un faucon surgissant de nulle part pour capturer un agneau, et l’emporter dans les airs sous l’œil stupéfait du berger s’imposa à l’esprit de Nathan.
C’était un autre genre de prédateur qui lui avait enlevé Jade...
Tel un programme informatique se mettant à tourner en boucle de façon récurrente, ses pensées retournaient vers elle.
Ainsi c’était là. L’endroit où des semaines durant elle avait rejoint l’autre, ce détonateur d’une bombe qui avait explosé la veille et balayé définitivement ce qui semblait indestructible.
Elle avait toujours été incapable de résister au plaisir de séduire et à celui de se sentir désirée. Elle adorait voir dans le regard de l’autre cette lueur d’intérêt et d’envie incontournable. Paradoxalement ce n’était seulement qu’une fois le feu allumé qu’elle éprouvait un sentiment amoureux, et qu’alors elle entraînait sa proie dans un tourbillon que rien ni personne ne pouvait arrêter. Sa nature passionnée lui faisait vivre de manière fusionnelle ces aventures, et elle y perdait toute capacité de raisonnement. Comme elle le lui avait souvent répété : « Passion ne rimera jamais avec raison ».
Il n’avait jamais perçu toute la portée de cette maxime, ni où elle les mènerait... Où elle les avait menés aujourd’hui.
Margot ouvrant la porte et entrant dans le bar le fit sortir de ses sombres pensées. Aujourd’hui c’était lui qui avait besoin d’elle et elle avait accepté son rendez-vous sans poser la moindre question.
Tournant la tête de gauche et droite elle l’aperçut et tout en lui adressant un sourire, elle se dirigea vers lui de son pas décidé.
Margot était plutôt mince, des cheveux bruns coupés « à la garçonne », des yeux noirs en amandes s’étirant indéfiniment vers les tempes - un asiatique avait dû croiser un de ses aïeuls au siècle dernier -, une bouche charnue affichant la plupart du temps un franc sourire, reflet de sa phrase fétiche : « La vie est trop courte pour s’offrir le luxe de faire la tête, surtout à ceux qu’on aime ».
Margot n’était pas très grande mais l’énergie qu’elle dégageait faisait oublier son « petit mètre soixante », et donnait envie de l’approcher de plus près pour en bénéficier.
Nathan la connaissait depuis plusieurs mois. Il l’avait rencontrée à l’occasion de la mise en place d’un site Internet pour un bureau d’études spécialisé dans la réalisation d’outillages aéronautiques. Elle était à la fois responsable de la communication, directrice artistique et chef de fabrication : le cumul des fonctions était monnaie courante dans les PME du Sud-Ouest. Ils avaient travaillé ensemble pendant des semaines, n’étant ni l’un ni l’autre avare de leur temps quand ils le consacraient à réaliser ce qui les passionnait, et plus d’une fois ils avaient terminé la journée en dînant dans le restaurant australien de l’Avenue Honoré Serres. C’était le plus proche de l’entreprise employant Margot et on pouvait encore y manger après 23h00.
Ces « dîners d’affaire » avaient permis à Margot et Nathan de faire plus ample connaissance et les avaient conduits à s’apprécier mutuellement. C’est tout naturellement qu’ils avaient continué à se voir après la fin du projet.
Ils se téléphonaient régulièrement et une amitié profonde et sincère était née entre eux, chacun était devenu le confident de l’autre. Ce soir il l’avait appelée et lui avait donné rendez-vous dans ce bar.
Margot s’assit à sa table et se pencha vers lui pour l’embrasser.
- Bonsoir Nathan
- Bonsoir, heureux que tu aies pu venir, répondit-il en lui rendant son baiser.
- La question ne se posait même pas.
Son sourire était resté le même depuis son arrivée mais elle avait ce sérieux dans le regard qui confirmait la sincérité des paroles prononcées, et la profondeur de ses sentiments à son égard. Elle n’avait pas ce côté superficiel des toulousains qui vous accueillent à bras ouverts, tout en maintenant une distance infranchissable pour les « étrangers ».
- Je sais mais je suis touché quand même... C’est fini, elle est partie hier matin.
Nathan avait à peine marqué un temps d’arrêt avant d’énoncer cette dernière phrase d’une voie froide à la limite de l’indifférence, comme s’il parlait de la dernière rupture en date d’un couple de stars hollywoodien, puis sans rien ajouter il se leva et se rendit au bar. Il attendit que le barman vienne vers lui pour commander deux Kilkenny et une fois servi, revenir s’installer face à Margot en posant les verres avec délicatesse. Comme il la regardait tout en restant silencieux, elle prit sa chope de bière, en but lentement une gorgée et lui demanda de lui expliquer ce qui s’était passé. Elle était au courant de cette histoire depuis le début, et elle savait que la tension entre Jade et lui s’accentuait de jour en jour. Mais le côté définitif de la chose tel que Nathan l’avait exprimé l’avait déconcertée. Elle avait besoin de l’entendre raconter ce qu’il avait résumé en moins de dix mots.
Comme pour laisser au récit le temps de se mettre en place dans sa tête, il but la moitié de son verre avant de s’y résoudre. Au fur et à mesure qu’il parlait l’émotion transparaissait avec une intensité grandissante. Margot restait silencieuse, son regard ne quittant pas celui de Nathan un seul instant.
Il avait les yeux brillants de larmes lorsqu’il se tut. Ceux de Margot l’étaient également, elle partageait la détresse de son ami au-delà de ce qu’il aurait pu imaginer. Elle posa un sourire sur ses lèvres et lui prit la main sans rien dire.
Elle le fixait avec intensité. Elle allait parler, lorsqu’un vendeur de roses s’approcha de leur table.
Margot eut un sourire mutin : « C’est moi qui te l’offre. ». Nathan acquiesça en silence, alors elle choisit une fleur à peine éclose et la lui donna. Il en respira un instant le parfum agréable, et la remercia d’un hochement de la tête.
Le regard attiré par le léger tremblement qui agitait la rose entre ses doigts, elle vit l’anneau d’argent serti d’un saphir qu’il portait à l’annulaire gauche. Elle savait que c’était un cadeau de Jade auquel Nathan attachait une importance particulière. Elle savait aussi que trois semaines auparavant il le lui avait rendu lors d’une dispute particulièrement acerbe, arguant du fait qu’elle lui avait fait ce cadeau le lendemain de la soirée où elle avait rencontré l’autre. Pour lui c’était un cadeau empoisonné, maudit, et il n’avait jamais été aussi mal que depuis le jour où il l’avait passé à son doigt.
Elle lui reprit la fleur et tout en la déposant sur la table, elle éleva la main de Nathan à la hauteur de ses yeux et posant l’extrémité de son index sur l’anneau, elle le regarda d’un air interrogateur.
Le trouble qui ombrait son regard s’effaça lentement tandis qu’il semblait refaire surface, et il lui expliqua qu’il avait retrouvé la bague ce matin. Elle était posée sur la tablette de la salle de bains qui avait été débarrassée de tout autre objet. C’était à ses yeux le message d’adieu de Jade et sans se poser la moindre question il avait remis l’anneau à son doigt.
« Tu sais, lui dit-il, elle s’est toujours refusé à ce que je lui rende son cadeau. Elle ne comprenait que trop bien pourquoi j’agissais ainsi. Elle percevait dans mon geste la douleur d’un homme qui se sent trahi par la seule personne qui à ses yeux, aurait dû être incapable de le faire »
Nathan s’arrêta de parler le temps de vider son verre, puis il reprit la parole pour raconter à Margot comment Jade lui avait offert cet anneau.
Elle l’avait achetée dans un magasin d’antiquités du Quartier St. Etienne. Elle s’y était rendue pour dénicher des ferrures en bronze à l’époque où elle terminait la restauration d’une armoire Louis-Philippe : il lui fallait trouver des ornements adaptés pour les serrures de porte.
Elle lui avait expliqué que son regard avait été attiré par un scintillement, émanant d’une coupe remplie de bijoux posée sur un buffet en chêne. Elle s’en était approchée : l’éclat lumineux provenait de la bague. En la prenant pour la regarder elle avait éprouvé une sensation de chaleur. Elle était allée voir le propriétaire du magasin et, contrairement à son habitude, l’avait achetée sans même en discuter le prix.
En arrivant chez Nathan elle s’était aperçue qu’elle avait complètement oublié de prendre les ferrures en bronze.
Il avait été extrêmement touché de ce cadeau inattendu comme tous ceux qu’elle lui faisait. Jade préférait offrir et recevoir sans motifs particuliers plutôt que ce qu’elle nommait les « cadeaux par obligation », ceux que l’on fait aux anniversaires et autres fêtes en tout genre. Il avait ressenti lui aussi cette impression d’adéquation entre lui et l’anneau et en le passant à son doigt, il eut comme une vague conscience du pouvoir qu’il recelait. « Encore une manifestation de mon côté mystique » avait-il pensé en souriant.
Ce n’est qu’au fil des jours et de l’enchaînement d’événements plus désagréables les uns que les autres, qu’il associa à la bague l’image du « Baiser de Judas ». De colère il la lui avait jetée au visage lorsqu’il avait compris. Elle l’avait ramassée sans rien dire et il n’avait pas revu l’anneau avant aujourd’hui.
Son récit terminé Nathan baissa les yeux et s’abîma dans la contemplation de son verre vide.
Margot s’éclaircit la gorge, plus pour se donner le temps de trouver par quoi elle allait commencer que par réel besoin. Nathan avait le visage d’un homme « collé au mur » qui ne voit pas d’autre issue que de se laisser glisser et de s’effondrer au sol. Elle se devait de trouver les mots justes, ceux qui lui redonneraient assez d’énergie pour lui donner l’envie de se relever.
Nathan regarde moi.
Il redressa lentement la tête et son regard vide croisa le sien. Margot y avait mis une telle charge émotionnelle que celui de Nathan s’éclaircit légèrement. Elle reprit rapidement la parole avant que l’effet ne s’estompe.
- Je sais que les mots ne sont que des mots et que personne ne pourra jamais ressentir la souffrance des autres ni la partager. Je peux juste essayer d’être près de toi et que cette présence adoucisse ta douleur. Je veux juste te dire qu’à tout moment tu peux m’appeler, venir me voir, je serai là mais tu le sais déjà. Je te propose notre amitié pour atténuer ta peine, car si elle ne devait servir qu’à une chose ce serait bien celle-là. Nathan ne baisse pas les bras, tu as en toi les ressources pour te relever et affronter cette épreuve. Non seulement tu vas l’affronter mais tu vas la vaincre !
Elle vit l’impact de ses mots sur Nathan, il se redressa sur sa chaise et lorsqu’il parla sa voix s’était raffermie
- Tu as raison. Ca va prendre du temps et je ne suis pas certain d’y parvenir, mais je vais essayer, je te le promets.
- Pas seulement essayer mais réussir !
- J’aimerais avoir ton optimisme mais je ne suis pas en état de voir aussi loin. Parlons d’autre chose, c’est un bon moyen de faire reculer la douleur. Et toi, tu en es où avec ton homme ?
Sa question ramena un sourire sur le visage de Margot. Son « homme » comme il disait était celui d’une autre, il était marié, avait deux enfants et il ne quitterait jamais sa femme. Elle y avait cru au début mais s’était vite rendu compte qu’elle se berçait de douces illusions. Alors elle se contentait de ce qu’il lui donnait, tout en sachant que c’était une situation temporaire ayant l’avantage de la satisfaire sur le plan physique, et elle n’en demandait pas plus.
- Toujours au même point, d’ailleurs à l’heure qu’il est il doit m’attendre. Après ton appel je lui ai demandé de ne pas venir chez moi avant que je ne lui téléphone. Son train est arrivé depuis une heure et il a dû épuiser la patience du barman du Buffet de la Gare.
- Ahahaha ! Je ris mais c’est pas drôle, je suis désolé. Ca doit être une réaction mesquine du style « pas toujours aux mêmes de souffrir ». Je m’en veux de gâcher ta soirée avec lui, tu ne le vois pas si souvent que ça en plus.
- C’est bon de t’entendre rire, au moins son « malheur » aura servi à quelque chose. Ne t’inquiètes pas pour lui, d’habitude c’est moi qui attend qu’il soit libre, un peu à lui de voir l’effet que ça fait.
- Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Allez sauve toi avant qu’il ne se soit endormi sur sa table. Je vais boire un dernier verre et après je rentre me coucher.
- T’es sûr que tu ne veux pas que je reste encore un peu ?
Nathan lui prit la main et sourit : « File avant que je t’empêche de partir, je risquerais de te garder deux heures de plus. »
Margot lui rendit son sourire et se leva sans lui lâcher la main. C’est lui qui le fit quand elle se pencha pour lui dire au revoir. Elle l’embrassa doucement aux coins des lèvres en murmurant « Prends soin de toi », et elle quitta le bar sans se retourner.
Elle était pressée de retrouver son « homme » et pas simplement pour les raisons habituelles. Elle avait à lui parler. La soirée qu’elle venait de passer avec Nathan lui avait permis de prendre conscience de la valeur des choses et de leur importance respective. Cette relation plus sexuelle que sentimentale ne faisait pas le poids face aux sentiments qu’elle éprouvait pour Nathan.
Nathan resta un moment à penser à Margot et à ce qu’ils s’étaient dit l’un et l’autre. Il était indéniable que c’était la seule personne qu’il avait envie de voir, et à qui il pouvait parler librement de la douleur qui le submergeait.
Il alla au bar pour commander une bière et décida d’y rester pour la boire.
Il remarqua alors une jeune femme assise de l’autre côté du comptoir. Elle buvait lentement sa Guinness, les yeux dans le vague, elle était là sans y être.
Sa chevelure oscillant entre le blond et le roux portait encore la marque du chapeau qu’elle avait posé près de son verre sur le bar. Quelques mèches tombant sur son front masquaient parfois ses yeux gris-bleu, des taches de rousseur étaient disséminées sur le haut de ses joues, et ses lèvres d’un rose pâle avaient quelque chose de particulièrement sensuel lorsqu’elle buvait une gorgée de sa bière.
Elle dut se sentir observée car elle tourna la tête et leurs regards se croisèrent. En souriant, elle leva son verre et lui porta un toast en silence. Il le lui retourna en plissant légèrement les yeux mais il rompit rapidement le contact, et contempla un poster représentant un paysage du Connemara. Durant ce bref échange il avait perçu chez elle une détresse aussi intense que la sienne.
Nathan s’imagina contournant le bar et s’asseyant à côté d’elle.
Laissant libre cours à ses pensées il créait au fur et à mesure les paroles qu’ils échangeraient et qui donneraient naissance à cette sensation de compréhension au-delà des mots. Il les voyait unir leurs solitudes, quitter le pub ensemble pour aller finir la nuit dans un endroit inconnu. Un lieu en dehors de leur monde respectif. Elle se donnerait à lui de la même façon qu’il s’offrirait à elle : par désespoir, par besoin de faire reculer la douleur qui les habitait. La force de cette scène était telle qu’il en eut des frissons et revint à la réalité, un peu éberlué.
Levant la tête il vit que l’inconnue avait les yeux fixés sur lui, et il eut la nette impression que ses pensées avaient suivi le même chemin que les siennes. Son regard semblait dire : « Oublions ensemble qui nous sommes et ce que nous sommes. »
Elle paya son verre, enfila son manteau, mit son chapeau et sortit du pub, non sans lui avoir lancé un dernier regard.
Nathan réfléchit quelques secondes et prit sa décision. Il régla ses consommations et quitta le bar à son tour. Elle était là, juste en face de la porte, adossée à la portière d’une voiture et fumait une cigarette en regardant les étoiles. Le ciel était particulièrement clair ce soir, et ce tapis scintillant l’aurait émerveillé lui aussi si son esprit n’avait été entièrement monopolisé par sa propre détresse. Dans le clair-obscur de cette nuit la silhouette de l’inconnue ressemblait à Jade, et cette image le renvoya vers le fond. Il avait envie de rire et de pleurer à la fois. Il se sentait pathétique dans sa douleur et risible à s’apitoyer ainsi sur son sort. Et cette femme qui l’attendait sans rien dire et qu’il était prêt à suivre, lui fit prendre conscience brutalement de toute son ambiguïté, ce n’était pas avec elle qu’il aurait fini la nuit mais avec un substitut de Jade. Il ne pouvait continuer sur ce chemin pervers, sans se retrouver définitivement en dehors de toute réalité.
Il passa devant l’inconnue sans la regarder et monta dans sa voiture. Avant de partir il alluma l’autoradio d’un geste machinal , et la voix d’Higelin envahit l’habitacle : « ... Pars, surtout ne te retourne pas... », encore une coïncidence, il n’en fut pas surpris.
Dix minutes plus tard, il était arrivé. Vu l’heure tardive il n’avait pas envie de se garer au parking souterrain et il stationna devant la porte de la résidence. Il pénétra dans l’immeuble, par chance l’ascenseur était là et il n’eut pas à attendre. Il monta au 3ème étage, et se dirigea vers son appartement. Il rentra dans un domicile qu’il savait désespérément vide, posant sa veste sur le perroquet de l’entrée, il ne voulait pas ouvrir la penderie et n’y voir que ses seuls vêtements, il alla rapidement dans la salle de séjour.
Avant de s’installer sur le canapé du coin salon il posa la rose que lui avait offerte Margot sur la table basse, puis il alluma une cigarette et ses pensées retournèrent vers Jade. Il se rappelait le début de cette histoire magique qui s’était transformée en un échange de souffrance avant de s’achever froidement la veille.
La première chose qui l’avait attiré quand il l’avait rencontrée deux ans auparavant, n’était pas exprimable par des mots. C’était une sensation au plus profond de son être. C’était lorsqu’elle avait plongé ses yeux dans les siens lors de cette soirée qui resterait à jamais gravée dans sa mémoire.

 

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