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Lundi 6 mars 2006

Nathan avait trouvé l’hôtel sur Internet et il lui avait transmis par e-mail un dossier complet sur le lieu avec photos, prix des chambres et des repas, description des environs et des activités possibles. Elle avait donné son accord et il avait fait les réservations en ligne. Ayant reçu la confirmation par retour ils étaient partis confiants, et même la vétusté de la voiture de location les attendant sur le parking de l’aéroport n’avait pas réussi à entamer leur moral.

Le comportement du véhicule était des plus hasardeux, le moteur s’essoufflait dans les montées au point que plusieurs fois, ils pensèrent être obligés de descendre pousser pour arriver en haut des côtes. Les freins fonctionnaient de façon aléatoire mais heureusement ils ne rencontrèrent aucun obstacle nécessitant un arrêt d’urgence. En revanche le klaxon s’entendait de loin, ce qui dans cette région était indispensable lorsqu’on arrivait à un croisement, ici la notion de priorité à droite n’existait pas, on signalait son arrivée en utilisant l’avertisseur et on passait sans freiner. En ce qui concernait la tenue de route ils avaient l’impression de flotter plus que de rouler, ils rebondissaient d’ornière en ornière en soulevant des nuages de poussière qui diminuaient la visibilité, et les obligeaient à ralentir. Ils en profitèrent pour admirer les montagnes déchiquetées qui s’opposaient à des plages de sable blanc caressées par les vagues d’une mer bleu-turquoise, et dont  la transparence laissait apercevoir des fonds à vous donner envie de s’arrêter pour y plonger séance tenante.

Une fois parvenus à destination Karine sortit son opinel de son sac et gratta délicatement l’autocollant en français fixé sur la vitre arrière, transformant « Ma Toyota est fantastique ! » en « Ma Toyota est fantasque ! »

Ils pénétrèrent dans l’hôtel, la réception était déserte, et seul le bruit des pales du ventilateur fixé au plafond brassant l’air moite troublait le silence. L’angle droit de la pièce était occupée par deux fauteuils recouverts d’un tissu usé au point qu’il leur était impossible d’avoir une idée des couleurs d’origine, et d’un guéridon où se trouvaient plusieurs magazines datant sûrement de plusieurs mois. Sur la gauche un escalier aux marches creusées par des années d’allées et venues conduisait aux chambres. Face à la porte d’entrée un comptoir de bois couleur acajou paraissait avoir traversé les siècles, et Nathan émit l’hypothèse que l’établissement avait été construit autour.

S’approchant pour sonner ils découvrirent derrière le comptoir un homme endormi sur un minuscule sofa. La façon dont il s’était inséré pour arriver à s’allonger, donnait l’impression qu’il faisait partie intégrante du divan. Si Karine et Nathan avaient soulevé et retourné l’ensemble, il y serait sûrement resté incrusté sans tomber. Le bruit du ventilateur couvrait celui de sa respiration et les avait empêchés de s’apercevoir de sa présence. Ils hésitèrent un moment avant de se décider à utiliser le seul objet posé sur le comptoir : une antique sonnette en cuivre. Au premier son émis l’homme ouvrit les yeux et, faisant preuve d’une souplesse inattendue, il se déplia pour sortir du canapé. Il était vêtu d’un t-shirt qui avait dû être blanc à l’origine mais qui portait les traces de ses repas et activités du mois écoulé. Son maillot était rentré dans un pantalon de toile de couleur indéfinie, à première vue écru, mais la quantité et la disparité des taches empêchaient toute certitude sur le sujet. La vivacité de son regard démentait le fait qu’il était profondément endormi l’instant d’avant. Passant la main dans ses cheveux bruns frisés il leur adressa la parole dans un français irréprochable.

Il leur demanda s’ils avaient fait bon voyage et n’avaient pas eu trop de difficultés à trouver l’hôtel, et il leur souhaita la bienvenue en leur garantissant des vacances inoubliables.  Le trajet en voiture l’était déjà, pensa Nathan. Le regard échangé avec Karine lui confirma qu’elle avait la même opinion sur le sujet.

Le réceptionniste s’excusa alors de devoir leur faire remplir manuellement leurs fiches d’inscription, depuis deux jours son ordinateur refusait de lui donner accès au programme de gestion de la clientèle, et il ne pouvait pas imprimer les documents pré-renseignés. Il ajouta que les avantages de l’informatique lui paraissaient de moins en moins évidents au vu des désagréments auxquels il se trouvait confronté jour après jour. Il n’y entendait rien et se demandait comment et pourquoi, ce qui fonctionnait une heure avant refusait de marcher sans raison apparente. Avec un air fataliste il leur dit : « C’est comme ça je ne peux rien y faire alors à quoi bon se lamenter, j’ai beau me plaindre la machine ne me comprend pas plus que je ne la comprends. »

Nathan n’y résista pas et lui proposa de regarder le problème Il ne lui promettait pas de trouver la solution mais si il lui expliquait ce qui se passait, il pourrait essayer de le remettre en route.

Karine l’ayant déjà vu lorsqu’il se mettait en tête de dépanner un ordinateur, elle exigea qu’ils renseignent leurs fiches manuellement. Elle avait hâte de s’installer dans sa chambre et, pendant qu’il s’amuserait à bidouiller le PC, elle irait sur la plage voir si l’eau était chaude. Elle était en vacances et comptait bien en profiter dès le premier jour, lui ferait ce qu’il voudrait et occuperait son temps comme il en aurait envie. Nathan accepta en souriant et ils firent comme elle avait décidé.

Une fois que le réceptionniste leur eut indiqué le numéro et l’emplacement de leurs chambres, ils montèrent l’escalier en se tenant prudemment à la rampe : certaines marches émettaient de tels craquements qu’elles donnaient l’impression de pouvoir s’effondrer à tout moment sous leurs pieds.

Contrairement à ce qu’ils commençaient à craindre ils eurent une surprise agréable en découvrant leurs chambres : la luminosité donnée par une grande porte-fenêtre ouvrant sur la mer, était accentuée par un papier peint jaune pâle et un sol recouvert de dalles en marbre rose. Le plafond d’un blanc éclatant couronnait l’ensemble. Le mobilier quoique modeste était composé d'un grand lit en pin recouvert d’un dessus de lit bleu lavande, d’une commode à trois tiroirs dans la même tonalité de bleu, et d’une table et d’une chaise faisant office de bureau. La salle d’eau attenante était entièrement carrelée de mosaïque bleue et blanche, avec assez d’espace pour prendre une douche sans se cogner aux murs. Une petite lucarne en verre dépoli garantissait l’aération indispensable à ce genre d’endroit.

Les toilettes étant sur le palier, Karine alla les inspecter et assura Nathan qu’il n’y avait rien à y redire.

Ils tombèrent d’accord sur le fait que la première chose à faire était de prendre une douche et de revêtir une tenue mieux adaptée au climat. Karine ouvrit la porte de communication entre les deux chambres, et avant d’entrer dans la sienne elle dit à Nathan qu’elle la laisserait ouverte la nuit, ceci dans l’éventualité où il ferait des cauchemars, puis elle se dépêcha de la refermer derrière elle avant qu’il ne lui jette l’oreiller en plume qu’il avait à la main.

Une fois rafraîchie et changée Karine frappa à la porte, mais Nathan était déjà parti. Elle descendit l’escalier et le trouva assis derrière le comptoir, les sourcils froncés il scrutait l’écran en tapant sur le clavier. Elle dut l’appeler plusieurs fois avant qu’il ne lève la tête et ne la regarde. Emettant un sifflement admiratif il la détailla de la tête aux pieds. Sous un paréo aux motifs exotiques son bikini bleu azur ne couvrait que le minimum requis par la décence. Elle avait rentré sa longue chevelure brune sous un large chapeau de paille blanc, et caché ses yeux vert pâle derrière des lunettes noires tout droit sorties de la collection privée de Greta Garbo. Elle était enduite d’huile solaire donnant à sa peau un brillant lumineux qui accrochait les rayons du soleil traversant les rideaux en lin accrochés aux fenêtres. Elle lui souhaita bon courage et sortit de l’hôtel. Il suivit le mouvement lascif de ses hanches rythmé par le claquement des sandales sur le carrelage, avec un regard égrillard avant de retourner à ses occupations informatiques. En rentrant de la plage deux heures plus tard, elle le trouva au même endroit et toujours plongé dans l’ordinateur, elle se dit qu’il était vraiment incroyable mais qu’il ne changerait sûrement jamais.

Le réceptionniste assis sur le canapé lisait son journal en jetant un œil de temps en temps vers Nathan. Apercevant Karine il se leva et lui demanda si elle avait trouvé la plage à son goût, il semblait avoir énormément de mal à la fixer droit dans les yeux, les siens se posant régulièrement sur une zone comprise entre ses épaules et ses genoux, et il avait beau redresser la tête rien n’y faisait.

Lui ayant assuré qu’elle avait passé un moment agréable, elle décida pour la seconde fois de l’après-midi de prendre une douche. Avant de monter dans sa chambre elle rappela à Nathan qu’il était presque 18h00 et, la fatigue du voyage commençant à se faire sentir, elle n’avait pas envie d’aller dîner trop tard. La dévisageant d’un air étonné il consulta sa montre et il se tourna vers l’employé de l’hôtel pour l’informer qu’il avait quasiment résolu le problème : demain matin en moins d’une heure il en aurait terminé. Il rejoignit Karine et ils gagnèrent leurs chambres pour se préparer avant de se rendre au restaurant.

Le lendemain il était déjà derrière l’écran lorsqu’elle descendit prendre son petit déjeuner, et hormis la pause déjeuner du midi, il y resta jusqu’au soir et cela ne fonctionnait toujours pas. C’est  certain demain matin ce sera réglé ! Il y passa aussi le surlendemain.

En fin d’après-midi elle le vit arriver sur la plage avec un immense sourire aux lèvres, alors qu’elle se préparait à rentrer, et c’est avec une joie non dissimulée qu’il lui annonça que tout était rentré dans l’ordre et qu’il comptait bien rattraper le temps perdu. Il y mit tant d’application qu’il attrapa de superbes coups de soleil et dû rester à l’ombre pendant trois jours. Il en profita bien évidemment pour bidouiller l’ordinateur.

***

Des éclats de rire saluèrent la chute du récit de Karine, et Jade ne fut pas la dernière à se joindre à ceux qui félicitaient Nathan pour la façon dont il avait occupé ses vacances. Il les remercia en riant avec une expression de visage signifiant : Je n’y peux rien je suis comme ça.

Marc, le petit ami de Karine, lui fit remarquer que c’était vraiment dommage qu’il n’ait pas eu de compétence mécanique, car il aurait pu bricoler la voiture de location, et s’éviter ainsi de regrettables coups de soleil. Les rires fusèrent à nouveau et ils échangèrent encore quelques plaisanteries en terminant leurs verres.

La nuit étant bien avancée, les bâillements se firent plus nombreux et chacun se décida à rentrer chez lui.

Au moment de s’en aller Nathan s’aperçut que Jade était partie sans lui dire au revoir et n’en tira aucune conclusion : il savait qu’il l’a reverrait.

 

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