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Le ton de sa voix, calme et grave à la fois, la surprit, et elle se fit plus attentive.
- Tu me connais assez pour savoir que je préfère énoncer les choses lorsque je les ressens, plutôt qu’attendre que les événements me dépassent. J’ai longuement réfléchi. Si notre relation est totalement satisfaisante sur le plan physique, il me manque quelque chose. Je t’aime, mais je ne suis pas amoureux de toi. Je sais que pour toi c’est différent, et c’est ce déséquilibre qui me gêne. Nous ne sommes plus sur le même plan, j’ai l’impression de ne pas être honnête, et de te faire espérer ce que je suis incapable de te donner. Plus le temps passe et plus je me sens mal. J’adore faire l’amour avec toi mais cela ne me suffit pas, ou plutôt cela ne me suffit plus. Tu es arrivée dans ma vie au moment où j’avais besoin de tendresse et de plaisir, je me remettais d’une rupture qui m’avait laissé vide et replié sur moi-même. Tu m’as redonné le goût de vivre et d’aimer à nouveau, tu as su être patiente et attendre que je m’ouvre à toi, et je t’en suis plus que reconnaissant. Mais c’est aussi parce que j’ai retrouvé cette capacité à aimer que je ressens un manque. Je sais que si nous continuons ainsi tu vas souffrir, et je ne peux décemment pas l’accepter. Je préfère que nous nous séparions dans le calme, plutôt que de nous déchirer. J’aimerais que nous restions amis, mais je comprendrais parfaitement que tu ne veuilles plus me voir, car je sais combien une telle situation peut-être douloureuse. Pardonne-moi si tu peux le mal que je suis en train de te faire, mais crois-moi, il n’y a pas d’autre solution.
Louise restait silencieuse. Au fur et à mesure qu’il prononçait ces mots elle accusait le coup. D’abord il y eut de l’incompréhension dans son regard, puis de la tristesse. La colère vint également, une envie de hurler, de lui dire de se taire, de l’insulter, et d’arrêter les mots qui sortaient de sa bouche d’une grande paire de claques. Puis elle enterra sa rage au fond d’elle-même, elle se sentait tétanisée, comme si elle n’était pas concernée.
Ses yeux s’emplirent de larmes coulant lentement sur ses joues, elle semblait être ailleurs, enfermée dans son chagrin. Elle demeura ainsi un long moment, puis elle se tourna vers Nathan :
- Ta décision est prise ? dit-elle d’une voix éteinte
- Oui, c’est mieux pour toi comme pour moi.
- Rien de ce que je dirais ne pourrait te faire changer d’avis n’est-ce pas ?
- Tu le sais bien.
Elle secoua la tête et ferma les yeux quelques instants avant de parler à nouveau.
- Je vais avoir besoin de temps pour réfléchir, et décider si j’aurai encore envie de te voir. Laisse-moi maintenant, je veux rester seule avant que tu me ramènes chez moi. Attends-moi à côté s’il te plaît.
Il se leva, ramassa ses vêtements, et alla s’habiller dans le séjour.
Il se servit un Bushmills et s’installa dans le canapé. Ses pleurs lui parvenaient à travers la porte, et sa douleur le touchait plus qu’il ne l’aurait pensé. Un long moment après, elle sortit de la chambre et se rendit dans la salle de bains. Il entendit la douche couler longuement, avant qu’elle ne vienne le retrouver. Elle esquissa vaguement un pâle sourire, et lui demanda de la reconduire chez elle. Il posa son verre sur la table et voulut lui prendre la main. Elle le repoussa avec une fermeté qui le surprit, et la distance entre elle et lui devint presque palpable. Il ouvrit la porte et ils quittèrent l’appartement.
Une fois montée dans la voiture, Louise se pelotonna contre la portière et resta ainsi sans prononcer un mot, jusqu’à ce qu’ils soient arrivés devant chez elle. Elle sortit de l’auto et entra dans son immeuble sans se retourner. Nathan redémarra, il avait mal pour elle, mais il savait que sa décision était la bonne, et il comptait sur le temps pour estomper la souffrance.
De retour chez lui, il prit une couverture dans l’armoire de sa chambre et s’installa sur le divan. Il était incapable de dormir dans son lit : le parfum de Louise y était encore trop présent.
par Kildar
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Vue d'en face
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