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Il prit une cigarette et appela Chrystèle sur son portable, elle aurait sûrement ses coordonnées. Il arriva directement sur son répondeur et laissa un bref message expliquant ce qu’il voulait, et lui demandant de le rappeler dès que possible.
Nathan avait toujours su être patient. Il fallait laisser le temps au temps et les événements lui avaient souvent donné raison. Les seules situations où il s’en montrait absolument incapable concernaient essentiellement l’informatique : il trouvait toujours que son ordinateur était trop lent.
En attendant de recevoir des nouvelles, il décida d’aller « surfer » sur Internet.
La connexion se fit très rapidement et il ouvrit son gestionnaire d’e-mail : 5 nouveaux messages l’attendaient. Les trois premiers étaient des bulletins d’informations sur des logiciels de création de site, et le quatrième était de Karine qui lui demandait de façon laconique de lui téléphoner au plus tôt. Le dernier était de Louise et avait été envoyé moins d’une heure auparavant. Elle lui faisait part de ses réflexions sur la soirée de la veille et sur son comportement. Il ressentait la froideur et la distance à travers les mots écrits, il entendait sa voix les prononcer, et il voyait ses yeux gris n’exprimant qu’indifférence à son égard. Elle se sentait trahie, ayant l’impression de n’avoir été qu’un jouet qu’il rejetait maintenant qu’il en était lassé. Elle ne voulait plus entendre parler de lui, qu’il l’oublie vite - ce dont elle ne doutait pas ! -, de son côté c’était ce qu’elle allait faire en regrettant amèrement de l’avoir rencontré. Elle n’était pas assez méchante pour lui souhaiter de vivre un jour ce qu’il lui faisait subir, mais si cela lui arrivait il comprendrait peut-être ce qu’elle éprouvait.
Il déconnecta et relut plusieurs fois son message, s’imprégnant de chaque mot, de chaque phrase, les recevant comme autant de gifles méritées. Il s’en voulait mais ne pouvait s’empêcher de penser qu’il n’avait pas pu agir autrement, et il ne s’en sentait pas moins coupable.
Il imprima ce courrier avant de l’effacer et rangea la copie papier dans le classeur avec tous ceux qu’elle lui avait expédiés.
Il s’installa sur le canapé et décida d’appeler Karine. Que lui était-il encore arrivé ? Tout semblait aller pour le mieux entre Marc et elle lorsqu’ils les avaient vus lundi soir chez elle. Une rupture en si peu de temps lui paraissait plus qu’improbable, et il en aurait perçu les signes avant-coureurs. Il la connaissait bien, elle aurait été incapable de lui cacher un malaise naissant ou déjà en place.
Il alluma une Camel Light et composa le numéro.
La première sonnerie n’était pas terminée qu’elle répondit et, sans qu’il ait le temps de dire un mot, elle se lança dans un monologue qui le laissa muet. Il s’attendait à tout sauf à cela. Au fur et à mesure qu’elle parlait, le ton de sa voix s’amplifiait, et les paroles se faisaient de plus en plus cinglantes. Il l’imaginait marchant d’un bout à l’autre de la pièce, en ponctuant son monologue d’amples mouvements de la main. Instinctivement il s’enfonçait dans son divan, elle aurait été en face de lui qu’il ne se serait pas fait plus petit.
Dix minutes plus tard elle terminait sur un « Je t’écoute ! » qui le cloua définitivement au fond de son siège.
Il restait silencieux étant dans la totale incapacité de dire quoi que ce soit. Nathan était pétrifié, il avait l’esprit vide, et il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il pouvait bien répondre. Disparu le sens de la répartie, envolée l’aptitude à jongler avec les mots, son cerveau ne fonctionnait plus.
La patience n’était pas la principale qualité de Karine, et elle n’attendit pas une minute avant de le relancer :
- Alors t’es devenu muet ?
- Non, mais…mais…
- Arrête de bêler, ce n’est pas parce que tu es Capricorne que tu dois faire la chèvre ! Explique-toi plutôt !
Nathan ne sourit même pas au trait d’humour, il avait aussi perdu cette capacité là.
En réalité tout était très simple : Louise et elle devaient aller ensemble au Salon des Arts Créatifs, et ce matin Louise avait téléphoné à Karine pour annuler le rendez-vous. Le timbre de sa voix exprimait une tristesse inhabituelle, elle l’avait alors questionnée apprenant ainsi qu’ils avaient rompu, et de quelle façon ça s’était déroulé. Karine considérait qu’il s’était comporté comme un « ingrat dépourvu de sentiment » et, comme une telle attitude de sa part l’étonnait, elle lui demandait comment il pouvait justifier cela.
Il prit sa respiration et se lança. Il lui fit part de ses réflexions de la matinée et de la conclusion à laquelle il était parvenu. Malgré la complicité qui régnait entre eux il passa sous silence ce qui concernait Jade. Il effleura juste le sujet en parlant d’intuition qu’il ne savait pas expliquer, insistant sur le côté « c’est mieux ainsi, la rupture était inévitable ».
Elle l’écouta sans l’interrompre. Une fois qu’il eut terminé de parler, elle lui dit que soit il était réellement inconscient de la cruauté de son comportement, soit il était d’une mauvaise foi de la pire espèce. Elle aussi avait une intuition et penchait pour la seconde hypothèse.
Persuadé d’avoir agi comme il le fallait et, même s’il se sentait coupable de la souffrance infligée à Louise, il lui répondit froidement : « Crois ce que tu veux, ciao ! », et coupa la communication sans attendre sa réaction.
Il ne s’était pas trompé elle l’avait bien appelé à propos d’une rupture, mais ce n’était pas celle à laquelle il pensait.
par Kildar
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