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Dix secondes plus tard son mobile se mit à vibrer. Il consulta l’écran, il avait un message sur sa boite vocale et le consulta immédiatement. C’était Chrystèle, elle avait contacté Jade et lui avait transmis le message, celle-ci lui téléphonerait en fin d’après-midi. Elle ajoutait d’un ton enjoué qu’elle lui avait demandé de donner son numéro à Nathan, cela gagnerait du temps et lui éviterait de faire l’entremetteuse… hummm… l’intermédiaire voulait-elle dire.
Il effaça le message et regarda l’heure : midi passé, il était temps d’aller déjeuner dans son bistrot préféré.
N’y ayant jamais emmené personne il était certain de n’y croiser aucun visage connu, à part le patron et les habitués bien sur.
***
Il s’installa à sa table habituelle, et commanda un steak tartare avec un verre de bordeaux rouge.
L’ambiance de ce petit restaurant de quartier sans prétention avait sur lui un effet apaisant, et les tensions accumulées dans la matinée n’y résisteraient pas. C’était son havre de paix, ici il se sentait comme à l’extérieur de la réalité, un lieu hors du monde où il se retrouvait seul avec lui-même qu’il y ait ou non d’autres clients autour. Il y mangeait l’esprit serein sans que personne ne lui adresse la parole.
Une fois son repas achevé il se leva pour aller boire son café au bar et régler son addition.
Il sortit et partit d’un pas tranquille vers le Grand Rond. Il avait décidé d’aller dans ce square près du Jardin des Plantes, entre le Muséum d’Histoire Naturelle et la Fac de Pharmacie, et où il avait passé plus de temps que dans les salles du Lycée Pierre de Fermat.
Il y était rentré en Terminale en arrivant de Paris, et c’était à cette époque qu’Alex son meilleur ami, qu’il connaissait depuis la seconde, avait choisi d’arrêter ses études pour se marier avec Jeanne, une fille dont Nathan était fou amoureux, et qu’il lui avait présentée quelques semaines auparavant.
Dans le même temps Nathan et ses parents avaient quitté la Capitale pour venir vivre à Toulouse, son père travaillait dans l’aéronautique et avait obtenu sa mutation dans le Sud-Ouest.
Remontant la rue Riquet il arriva place du Puy. Des Mobylettes garées sur le trottoir le ramenèrent dix ans en arrière.
***
Nathan sortit en courant du lycée Henri IV, comme toujours il était en retard. Il avait rendez vous avec Alex au « Petit Luco » et il aurait déjà dû y être. Pourvu qu’il y arrive à temps.
Depuis plus d’une semaine Alex et lui séchaient les cours et passaient leurs journées sur les pelouses d’un jardin public situé derrière le parc du Luxembourg. Ils y avaient rencontré deux filles élèves au Lycée Montaigne, et aujourd’hui ils avaient décidé de conclure. Il n’était pas question de louper ça à cause de sa fâcheuse habitude de partir à l’heure où il était censé arriver. Il ôta l’antivol de la mob grise qu’il «empruntait » quelques fois et le rangea dans son sac, puis il enfourcha l’engin et tenta de démarrer. Le moteur pétaradait mais ne voulait rien savoir. Nathan réalisa qu’il avait omis d’ouvrir l’arrivée d’essence : voilà ce qui arrive quand on est trop pressé ! Il répara son oubli et recommença à pédaler, mais sans plus de succès. Une voix rocailleuse lui fit tourner la tête :
- Alors jeune homme on a des soucis ?
Deux flics se tenaient à côté de lui. Il se figea, il ne manquait plus que ça. Comment allait-il se sortir de là ? Il fallait réagir vite.
- Des problèmes d’allumage, il faut que je change la bougie et l’antiparasite.
- Vu le bruit qu’elle fait tu n’as pas tort.
L’agent marqua un temps d’arrêt et reprit :
- Au fait elle est à toi cette Mobylette ?
- Bien sûr !
- Tu as les papiers je suppose ?
Catastrophe ! C’était à prévoir, sans hésiter il improvisa.
- Justement, j’les ai oubliés chez moi ce matin et j’me dépêchais d’aller les chercher.
- Tu habites où ?
- En bas de l’Avenue des Gobelins, à pied j’aurai pas le temps de faire l’aller et retour avant la reprise des cours.
Il sortit sa carte d’étudiant et leur tendit pour confirmer ses dires. Il jouait son va-tout, espérant que ce geste les persuaderait qu’il n’avait rien à se reprocher.
Le flic prit le document et le lut à voix haute :
- Nathan Vermont, 5, rue Claude Bernard.
Il regarda la photo puis Nathan.
- C’est bien toi. Bon, normalement tu devrais laisser ton engin ici, aller chercher les papiers et venir nous les présenter au commissariat.
Nathan sentait la sueur couler sur son visage, il était mal, pourvu qu’ils mettent ça sur le compte de ses efforts à vouloir démarrer la mob.
Avec un petit sourire l’agent lui rendit sa carte :
- Ca ira pour cette fois, dépêche-toi d’aller récupérer tes papiers, car la prochaine fois je serai moins indulgent.
- Merci Monsieur l’agent.
Les deux policiers continuèrent leur chemin en discutant avec humour de leur grande mansuétude.
Il rangea sa carte et se remit à pédaler, le moteur se mit à tourner instantanément. Nathan fit demi-tour sur le trottoir afin d’éviter de doubler les flics et d’avoir à passer devant le commissariat. Il se faufila dans la circulation à toute vitesse, et déclencha un concert d’avertisseurs qu’il ignora. Il était vraiment trop pressé, et trop stressé aussi.
par Kildar
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