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Le regard de Nathan s’arrêta sur une Mobylette grise, semblable à celle qu’il avait en mémoire, l’amusante coïncidence le fit sourire. Tout en continuant son chemin un autre souvenir de cette même période lui revint.
Alex et lui étaient allongés sur les pelouses du Luxembourg, et profitaient des premiers rayons de soleil printanier. A la suite d’une longue discussion ils avaient décidé de leur destinée : ils seraient des « Sales Mecs Pourris ». Ce qu’ils avaient abrégé en « SMP » comme ils auraient dit « PDG » ou « VRP ».
La mère d’Alex était comédienne. Le milieu « bon chic bon genre » dans lequel elle évoluait avait permis à son fils de rencontrer de jeunes bourgeoises, que les parents trop souvent absents laissaient seules dans leurs immenses appartements du 7ème arrondissement, et bien évidemment il les avait présentées à Nathan.
Les images que Nathan s’était faites des soirées passées chez elles avaient agrémenté nombre de ses plaisirs solitaires.
Ces filles ne demandaient rien d’autre que de s’éclater avec des garçons pas trop moches et surtout pas coincés par leurs principes. Avec Alex et lui elles avaient gagné le gros lot. Leur credo c’était : « Fric, sexe et plaisir » et ce dans n’importe quel ordre. Ils n’avaient aucun scrupule à les aider à dépenser leur argent de poche hebdomadaire, équivalant au salaire mensuel d’un instituteur en fin de carrière, et à se vautrer avec elles dans le stupre et la débauche. Ils étaient toujours prêts, scouts de la luxure et de l’immoralité, et elles adoraient ça.
Ils s’en étaient donnés à cœur joie pendant plusieurs mois, puis l’été arrivant, les filles étaient parties dans leurs résidences de bord de mer près d’Antibes, et eux n’y avaient pas leur place.
Alex et Nathan après réflexion avaient conclu qu’ils n’étaient pas fait pour être des « SMP », ils en avaient bien profité et ça leur ferait des chouettes souvenirs à partager dans quelques années.
Nathan s’arrêta, il venait de réaliser que son comportement avec Louise concordait en tout point avec cette période de son adolescence. Il ne s’était pas fait entretenir bien sûr, mais pour le reste il avait vraiment collé à la peau du personnage. Le discours de Karine lui revint en mémoire, et avec lui cette impression de porte-à-faux. Elle n’avait pas tout à fait tort, ni entièrement raison non plus. Il s’était peut-être conduit comme un salaud, mais s’il avait rompu hier c’était pour le bien de Louise.
S’il avait été vraiment honnête il aurait admis que c’était aussi et surtout pour le sien.
Revenant sur terre il s’aperçut qu’il était presque arrivé, il ne lui restait plus qu’à traverser le Grand Rond pour rejoindre le Jardin des Plantes. Il s’engagea dans les Allées Jules Guesde l’âme sereine, il savait que sa décision était la bonne.
Une fois dans le square il alla s’asseoir au pied d’une statue représentant une Vénus callipyge. Adossé au socle il regardait des enfants s’amusant dans le bac à sable et sur les balançoires sous le regard attentif de leurs mères. A l’ombre d’un magnolia un couple s’embrassait tendrement sur un banc, un peu plus loin deux hommes jouaient aux dames sans que les cris des marmots ne semblent les déranger. Ils avaient dépassé la soixantaine depuis longtemps, mais ils possédaient le charme des personnes âgées qui ont toujours cette vivacité dans le regard, et cette sagesse acquise au fil des ans. Le soleil mettait en valeur leur chevelure blanche qu’une brise légère faisait frémir. Aux yeux de Nathan ils étaient l’image de la beauté vraie, il espérait leur ressembler lorsqu’il aurait leur age.
Il s’installa plus confortablement et sortit un livre de sa poche.
Dès qu’il avait su lire il en avait toujours eu un sur lui et ce où qu’il aille. Quand il devait accompagner ses parents chez des amis, il s’asseyait sur une chaise, un fauteuil, un canapé et lisait jusqu’à ce que son père ou sa mère le secoue patiemment pour lui dire qu’il était l’heure de rentrer à la maison.
Il se plongea dans la lecture d’un roman d’Yves Simon « Le prochain amour », cette histoire d’un écrivain se croyant à l’abri de la folie d’aimer et qui rencontre la femme-paradoxe, une fille futile aux étranges blessures. Ce récit le passionnait et il voulait savoir comment ça allait finir, tout en ne le voulant pas.
par Kildar
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Vue d'en face
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