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N° 00040288

11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 18:59

Il l'avait regardée s'installer en silence sur le divan. Suite à la séance de la semaine dernière il se devait de "recadrer les choses", dans l'intérêt de la thérapie et celui de sa patiente il fallait qu'il arrête cette dérive dans les plus brefs délais.

Avant qu'elle n'ait pu prononcer un mot il prit la parole.

 

« J’aimerais  que nous revenions sur ce vous avez appelé : Votre première fois. Qu’en pensez-vous ? »

 

Elle resta la bouche entrouverte le regardant comme s’il venait de lui proposer de s’envoyer en l’air là tout de suite sur le divan.

Elle lui faisait penser à un boxeur qui, venant de se prendre un uppercut d’entrée de jeu, reste là les yeux hagards et les bras ballants au milieu du ring.

Elle secoua la tête, prit une grande inspiration et, évitant de croiser son regard, répondit à sa question.

 

« Que pourrais-je dire en plus ? Que voulez-vous savoir ? A moins que… »

 

Redressant la tête, le regardant droit dans les yeux, ses lèvres esquissant un sourire mutin, elle reprit la parole.

 

« Hummmm… J’ai saisi… Vous désirez que je rentre dans les détails et que j’aborde le sujet de façon plus approfondie…. »

 

 Sa voix se chargea alors d’une chaude sensualité.

 

« La semaine dernière je suis passé rapidement, trop peut-être, sur les préliminaires. Reprenons au moment où il avait éteint la lumière et fermé les rideaux. »

 

Il ne lui laissa pas le temps d’aller plus loin, il n’était pas question qu’il la laisse l’entraîner sur ce terrain « glissant ».

 

« Non. Je voudrais tout simplement que vous ne mélangiez pas fantasme et réalité.

Je m’explique. Ce que vous m’avez raconté depuis le début de votre analyse concernant votre « vécu » dans le domaine de la sexualité ne cadre pas du tout avec cette « première fois » telle que vous nous l’avez racontée.  Ce ne sont pas les mêmes personnes qui se sont exprimés. Je ne dis pas que vous avez menti, juste que la jeune fille qui jalousait la liberté de mœurs de sa sœur cadette n’a pas pu se comporter ainsi lors de son premier rapport sexuel. Alors si nécessaire accordez-vous un temps de réflexion, prenez un peu de recul et essayez de nous raconter cette première fois en faisant la distinction entre ce que vous avez réellement vécu et ce que vous avez imaginé ou plutôt fantasmé. »

 

Les yeux écarquillés, les lèvres entrouvertes, pétrifiée comme la femme de Loth n’ayant pas été capable de ne pas se retourner, elle restait là muette et immobile semblant même avoir arrêté de respirer.

 

Elle ferma les yeux, serrant les paupières à tel point qu’elles formèrent une ligne horizontale en dessous de chaque sourcil, ses machoires se crispèrent créant alors une parallèle à celles-ci.

Elle était parcourue de légers tremblements comme si le divan s’était soudain retrouvé dans un courant d’air froid, les bras croisés, ses mains serrées sur ses avant-bras, la tête rentrée dans les épaules, elle  était la parfaite illustration de l’idée qu’on se faisait d’un « choc thermique. »

 

Sa patiente resta dans cette position moins de deux minutes mais cela lui parut une éternité.

Il devait rester silencieux mais à ce moment là il n’avait qu’une envie c’est d’aller la retrouver sur le canapé et la serrer très fort dans ses bras.

Comme il se plaisait à dire sur le ton de la plaisanterie en discutant avec ses confrères :

« On a pas un métier facile. »

 

Les frissons s’espacèrent peu à peu, ses mains se décrispèrent et allèrent se poser sur ses cuisses, ses épaules s’abaissèrent, elle redressa la tête et lorsqu’elle ouvrit les yeux pour le regarder les larmes que ne retenaient plus ses paupières s’écoulèrent lentement sur ses joues.

 

Ces sanglots muets exacerbèrent plus encore son envie de la rejoindre sur le divan, il était réellement à la limite du dérapage et celui-ci risquait d’être totalement « incontrôlé ».

Il réussit à rester impassible arborant un visage de marbre derrière lequel se cachait un château de sable face à la marée montante, cela devenait de plus en plus ardu mais il tenait bon, et sauf imprévu il atteindrait la fin de la séance sans fléchir.

 

Elle lui jeta un regard noir chargé de haine avant de s’asseoir sur le bord du sofa comme si elle avait décidé de partir sur-le-champ.

Mais elle n’en fit rien, respirant profondément elle prit la parole :

 

« Je vous déteste pour m’avoir fait cela. Vous le savez ou tout du moins vous devez vous en doutez. Je ne vous en veux pas de l’avoir fait mais d’avoir attendu aujourd’hui pour le faire.

Vous auriez dû me dire cela la semaine dernière à la fin de la séance.

Vous vous rendez compte que j’ai eu une semaine pour que cette histoire passe du  fantasme à la réalité. Comment vais-je faire moi maintenant ?

En fait le choix est simple : soit je me lève et je franchis cette porte pour ne plus jamais revenir, soit vous me promettez de ne plus JAMAIS me refaire un coup pareil ! »

 

 

C’était son tour d’être sonné, il avait anticipé sa réaction mais, une fois encore, elle avait réussi à le surprendre. Elle avait de la ressource, bien plus que son apparence ne le laissait supposer.

Il réussit à encaisser le choc sans le montrer et fit la seule réponse qu’il pouvait lui faire – l’idée de ne plus la revoir lui étant insupportable – il allait lui donner jurer que cela ne se reproduirait plus.

 

« Avant de vous promettre quoi que ce soit je veux être certain que vous avez bien saisi la portée de cette promesse et de ce qui pourra se produire parfois.

A partir du moment où vous me demander de ne plus vous laisser le temps de réfléchir entre deux séances sur ce qui s’est dit à la précédente, vous risquez de vous trouver confronter à vos contradictions ou à une image de vous qui ne risque de ne pas vous plaire et même de vous déstabiliser voire de vous fragiliser.

Et ce plus peut-être que vous ne serez capable de le supporter.

Je vous l’ai dit dés le début, nous allons parcourir ensemble un chemin qui ne sera pas toujours agréable, mais c’est vous qui déciderez de la direction à prendre, je ne ferai que vous accompagner.

De temps à autres il arrivera que je vous aide à prendre conscience de l’éventualité qu’une voie soit sans issue, mais en accédant à la demande que vous avez formulée ou plutôt en acceptant ce que vous avez exigé, vous n’aurez pas le temps de laisser « décanter les choses » et de ce fait plus de difficultés à assimiler et / ou accepter ce que je pourrais être amené à vous dire.

Croyez-moi cela risque d’être parfois brutal et vous aurez sûrement envie dans ces moments là de tout arrêter et de disparaître.

Alors je vous pose la question : Est-ce réellement ce que vous voulez ? »

 

Elle prit le temps de méditer sur ce qu’il venait de lui dire, examinant minutieusement les paroles prononcées, les hypothèses soulevées, les réponses qu’il y avait apportées, et prit sa décision en toute connaissance de cause, en tout cas c’est ce qu’il lui semblait.

 

« Oui c’est ce que je veux, et oui je sais que cela ne sera pas facile tous les jours, mais je peux vous assurer que je suis plus solide que vous le pensez. Alors promettez-moi que vous ne me ferez plus jamais un coup pareil et nous reprendrons la route ensemble.

Dans le cas contraire on s’arrêtera là non pas seulement pour aujourd’hui mais pour toujours. »

 

Il se redressa sur son fauteuil, la regardant droit dans les yeux et prononça les paroles qui allaient peut-être les emmener sur un chemin qui ne s’annonçait pas des plus aisés.

 

« Je vais vous faire une proposition : nous allons nous en tenir là pour aujourd’hui.

Vous allez penser à ce que je vous ai dit pendant la semaine à venir et si lors de la prochaine séance vous êtes toujours dans les même dispositions, je vous promettrai ce que vous m'avez demandé. Qu’en pensez-vous ? »

 

Elle se leva, prit son manteau sur la patère accrochée sur le mur, sortit un billet de 50 Euros de son sac à main qu’elle posa sur le bureau et ouvrit la porte
Elle s’engagea dans le couloir et, avant de refermer la porte, dit sans se retourner :

 

«  A jeudi prochain alors ! »

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Published by Kildar - dans Ecrits
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commentaires

Bool 23/12/2008 09:23

Je crois que je n'ai pas lu l'épisode précédent, je n'en ai pas le souvenir en tout cas... Je reviendrais donc plus tard car là je n'ai pas le temps de lire les deux chapitres.Et comme je ne suis pas sûre de pouvoir repasser demain, je te souhaite d'ores et déjà un merveilleux réveilllon et de très belles fêtes de Noël !Bisous !bool

Kildar 23/12/2008 17:19


Je te confirme : Tu ne l'as pas lu.. Ou en tout cas tu ne l'as pas commenté. Te connaissant je penche pour la "non lecture"... Faut dire que même si tu l'avais lu c'était il y a 18 mois... ;-)

Merci pour ton empreinte ici

Bisous pleins et Joyeux Premier Noël de femme mariée :0010:


maryno 11/12/2008 21:44

l'ennuyeux...tu nous laisses une fois de plus sur notre faim......profites de tes futurs congés pour nous concocter la suite!!..bisoux....et bon week-end!!

Kildar 12/12/2008 07:24


Ah je me disais aussi c'était trop beau pour être vrai
Ben oui je vous laisse sur votre faim...
Mais en même temps vous savez qu'il y aura une suite...
Et puis quel effet cela vous fera le jour où vous lirez le mot "FIN" à la fin de ce qui sera le dernier épisode ??? Hummm

Bisous et bon week-end too.


maryno 11/12/2008 21:31

yes!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!....ENFIN....tiens ça me rappelle quelqu'un!!...bref....je t'adore pour cette suite tant attendue!!!

Kildar 12/12/2008 07:21


Merci merci.
Quel accueil...
Si j'avais su je vous l'aurais mis en ligne plutôt