Très bien, je crois qu’on va s’arrêter là pour aujourd’hui, nous poursuivrons la semaine prochaine.
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Fauteuil identique, divan inchangé et les mêmes protagonistes : l’histoire pouvait continuer.
L’hématome sur sa pommette s’était considérablement estompé depuis la semaine dernière, une fine couche de fond de teint n’y était pas étrangère. Lorsqu’elle avait
repoussé ses cheveux en arrière pour poser sa tête sur le coussin du sofa, il avait remarqué une curieuse marque rouge presque violette, qui ressemblait plus à la trace laissée par le baiser d’un
vampire qu’à celle d’une piqûre de moustique, ou bien alors elle avait fait un voyage express dans la forêt amazonienne depuis sa dernière séance. Cette charmante jeune femme semblait avoir une
existence mouvementée entre deux rendez-vous à son cabinet, et ce n’était pas ce qu’elle lui révélait qui aurait pu le faire penser autrement. Il s’installa confortablement et prêta attention à
ses paroles. La séance démarrait en fanfare.
Dans ma quête de celui qui m’entrainerait sur le chemin des amours coupables, il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour trouver « ce que je
cherchais », en moins d’une semaine j’avais ramené dans mes filets deux ou trois poissons totalement conformes à l’image que je m’étais faite de ma future proie. J’éliminais ma
première prise rapidement, un représentant en matériaux de chauffage Mulhouse à la recherche de femmes mariées en quête d’aventures pour la nuit. Il était sur les routes du lundi au vendredi et,
n’aimant pas dormir seul dans sa chambre d’hotel, il se constituait un « cheptel » de compagnes disponibles lors de ses séjours loin de son domicile. La région lyonnaise faisant partie
de son secteur depuis peu il m’avait approchée dès qu’il avait découvert que le « 69 » de mon pseudo ne signifiait pas un penchant sexuel mais mon département. Ne l’ayant pas découragé
de prime abord, j’aimais sa manière de dialoguer et l’ambiguïté des mots qu’il utilisait, Il me proposa de m’envoyer sa photo par mail afin de faire plus ample connaissance. En contrepartie je
m’engageais à lui faire parvenir la mienne. Un frisson d’excitation m’envahit lorsque mon Outlook m’annonça l’arrivée d’un nouveau message. Mon émoi disparut dès que je découvris le portrait de
mon amant potentiel. La photo avait été prise pendant ses vacances à Noirmoutier, debout sur la plage face à la mer il fixait l’objectif avec un regard plus proche de celui d’une vache admirant
le passage d’un train que du séducteur que j’avais imaginé en discutant avec lui sur MSN. Son maillot de bain, en lycra noir moulant soulignait l’ampleur de ses parties génitales, lui arrivait
sous un ventre proéminent, lequel débordait largement au-dessus de l’élastique du slip.
Et en plus il était plus que dégarni ! Le vent donnant l’apparence d’une paire de cornes au peu de cheveux qui lui restaient. Bref, il était définitivement
recalé. Je ne lui envoyais pas ma photo et je classais son pseudo dans les contacts indésirables. Au suivant !
Qu’est ce qui vous fait sourire ?
Dans ses yeux la colère brillait à nouveau, elle le fixait en attendant une réponse qui ne viendrait pas. Il la regardait, imperturbable, il ne répondrait pas et
elle le savait bien. Il ne lui dirait pas qu’il avait visualisé l’amant, l’imaginant sous les traits d’un acteur de série B, un second rôle dans « Le salaire de la peur »,
l’épicier qui refusait de vendre de l’essence à Lino Ventura au cœur du désert, un personnage adipeux aux cheveux gras et à la transpiration plus qu’abondante. Non il se tairait et garderait ça
pour lui, l’éthique de sa profession le lui interdisant, et cela l’arrangeait. Il avait juste envie qu’elle continue, brûlant d’impatience de savoir à quoi ressemblerait le deuxième candidat au
titre de premier amant de cette femme qui, il devait le reconnaître, ne le laissait pas indifférent. Il s’installa plus confortablement au fond de son fauteuil et attendit.
Evidemment vous n’allez pas répondre j’aurais dû m’en douter, je suis vraiment naïve parfois. Si ça vous amuse tant mieux pour vous ! Et tant pis pour
moi.
Elle reprit son monologue comme si l’interruption n’avait pas eu lieu.
Après ce premier « échec » je décidais de m’intéresser à mon second prétendant. Lui non plus ne resta pas longtemps dans cette course dont mon cul
était le premier prix, enfin pas seulement, tant qu’à plonger dans le stupre autant le faire complètement. Il habitait et travaillait à Montpellier, était célibataire et tous les lundis il venait
passer la journée à Lyon où se trouvait le siège social de son entreprise de services informatiques, et il n’en repartait que le lendemain matin. Enfin dans l’hypothèse où nous passerions la nuit
ensemble. J’aimais son côté conquérant et sûr de lui : il avait l’air de savoir ce qu’il voulait et ce n’était pas pour me déplaire, restait à savoir à quoi il ressemblait. Chose on ne peut
plus aisée, on vient de le voir, avec la magie de l’informatique. Deux minutes après que je lui ai posé la question sa photo arrivait sur mon ordinateur. Nouvel instant « d’angoisse
excitée », je prenais ma respiration et ouvrait la pièce jointe à son mail, modestement intitulée « Moi rien que pour Toi » : ça se passait de tout commentaire.
Woahhhh ! Le beau mec dans toute sa splendeur, un mélange de Top Model et de Guerrier Viking, je fondais littéralement, mon ventre m’informait que c’était
quand il voudrait et où il voudrait, et quand je dis que je fondais ce n’est pas une simple figure de style, j’avais l’impression d’avoir un volcan en éruption entre les cuisses. Le cliché
s’arrêtait à la taille et j’adressais une courte prière à Eros pour qu’il ne soit pas cul-de-jatte. Il avait joint son numéro de téléphone à son message titré « Call Me ! » :
ce que je m’empressais de faire.
Le son était à la hauteur de l’image, une voix chaude aux intonations chantantes, je dois avouer que j’ai toujours eu un faible pour l’accent du Sud, c’était
comme si du velours caressait mes tympans. J’étais conquise, il n’avait qu’un mot à dire et je sautais dans le premier train pour venir me blottir dans ses bras. Malheureusement ce moment
d’extase ne dura qu’un bref instant, les mots qu’il prononça lorsqu’ils franchirent la barrière de béatitude procurée par le timbre de sa voix pour parvenir à mon cerveau, me ramenèrent
immédiatement à la réalité, finis les rêves de départ impulsif, finies les douces images de passions sur une plage déserte sous le soleil de minuit : il voulait que je quitte mon mari et mes
enfants pour être tout à lui. Attention il ne me proposait pas de venir vivre avec lui, loin s’en faut : il ne voulait pas mettre la charrue avant les bœufs. Il m’expliqua posément
qu’il était amoureux de moi, que je l’avais totalement séduit lors de nos échanges sur MSN, qu’il avait capté la sincérité dans mes propos : j’avais une telle grandeur d’âme qu’il me voulait
telle que j’étais mais refusait de me partager avec quiconque, même mon mari. Cela étant il fallait, d’après lui, que je prenne un appartement à Lyon, il paierait le loyer que je ne m’inquiète
pas, et que nous nous retrouvions du vendredi soir au mardi matin dans ce nid d’amour pour y vivre cette passion superbe. Nous aurions ainsi le temps de voir si nous étions réellement faits l’un
pour l’autre, ce dont il ne doutait pas, et alors nous pourrions envisager de vivre ensemble et d’avoir des enfants, enfin si j’y tenais car de son côté il n’était pas certain d’en avoir
envie.
Tout quitter pour un bellâtre qui me consacrerait généreusement trois jours et quatre nuits. Il se prenait et surtout il me prenait pour qui !
Ma réponse fut claire, nette et sans ambiguïté : Va te faire foutre connard !
Et hop ! A la trappe le Mannequin Viking. Il me restait un poisson dans mon filet, le plus étrange de tous, je n’étais pas vraiment certaine qu’il était
bien accroché. Mais pourtant sans pouvoir me l’expliquer, j’avais envie d’aller plus loin, ne serait ce que pour vérifier que mon instinct de prédatrice ne m’avait pas trompée et qu’il était une
proie potentielle.
Il consulta sa montre, malgré tout l’intérêt qu’il portait à l’histoire la séance était terminée.
Très bien, je crois qu’on va s’arrêter là pour aujourd’hui, nous poursuivrons la semaine prochaine.
par Kildar
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Ecrits
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