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Le soleil commençait à peine à poindre au-dessus de la ligne d’horizon lorsqu’il sortit de la Crypte. La nuit avait été calme et apaisante, ils s’étaient enivrés l’un l’autre de leur sang, avant de ne former qu’un seul être par la magie de la communion de leur fluide vital et celle de l’amour. Elle dormait encore alors il referma lentement la grille, l’empêchant de grincer pour ne pas la réveiller.
Dans son ample manteau, sa capuche couvrant parfaitement son visage émacié, il était bien à l’abri des rayons qui, s’ils ne pouvaient pas le tuer, pouvaient toutefois le blesser et l’entraver dans la poursuite de sa mission.
Il s’était éveillé avec l’ultime image de son rêve encore présente devant les yeux : il se trouvait à l’intérieur d’un temple, agenouillé devant un autel païen, attendant que Dra-Khul, leur père à tous s’adressa à lui.
Immédiatement il avait su quel était ce temple et ce que songe signifiait.
Sans hésiter il s’élança dans la forêt environnante étrangement silencieuse depuis qu’il y avait pénétré, plus un seul cri d’oiseau ni bourdonnement d’aucun insecte, aucune branche ni même une feuille ne bruissait, le vent semblait s’être arrêté de souffler comme si le temps était soudain suspendu. Il avançait à grands pas suivant un sentier invisible à tous sauf à lui, ses bottes donnaient l’impression de flotter à quelques centimètres au-dessus du sol
Il bifurqua brusquement vers la droite et se dirigea vers un inextricable amas de broussailles paraissant infranchissable et surtout ne menant nulle part. Il resserra les pans de sa cape autour de lui et sans hésitation il s’enfonça dans les fourrés dont les nombreuses épines accrochaient ses manches sans pour autant ralentir sa progression. Dix minutes plus tard il débouchait dans une minuscule clairière, refuge insolite dans l’enchevêtrement de buissons environnant, il marqua un temps d’arrêt, juste de quoi reprendre son souffle avant de continuer. Les fourrés laissèrent bientôt la place à des halliers d’arbres morts dont les branches semblaient se tendre vers lui pour l’empêcher d’avancer. Il devait sans arrêt baisser la tête, se pencher à droite puis à gauche, se mettre de profil et même à un certain moment s’accroupir et ramper sous les branchages presque à ras du sol.
Il n’avait aucune idée du temps qui s’était écoulé depuis son départ : la ramure des arbres qui, si elle le protégeait de la lumière du jour, lui interdisait de voir la position du soleil.
Sa persévérance fut enfin récompensée lorsqu’il aperçut l’entrée du temple entre deux troncs immenses de chênes millénaires, dressés de part et d’autre comme les gardiens protégeant l’accès au palais d’un tyran de l’ancienne Mésopotamie.
Il abaissa sa capuche et pénétra dans ce qui ressemblait plus à un mausolée qu’à un lieu de culte. Il avançait rapidement à la lueur de flambeaux accrochés aux murs d’un long couloir qui serpentait et descendait dans les profondeurs du bâtiment. Il arriva alors dans une vaste salle éclairée par de gigantesques gemmes projetant une lueur verdâtre en cercles concentriques.
Au centre de la pièce se dressait un autel massif en pierre sombre sur lequel reposait une jeune femme. S’approchant il vit qu’elle était attachée par les poignets et les chevilles, à l’aide d’étranges menottes de métal à l’intérieur desquelles un clou épais transperçait le membre auquel elles étaient fixées. Sa tête était tirée vers l’arrière par une lanière de cuir passée dans sa chevelure, offrant ainsi sa gorge à la morsure ou à la lame d’un couteau sacrificiel.
Deux serviteurs d’un sombre dieu quelconque s’apprêtaient d’ailleurs à procéder à la cérémonie. D’un bond il franchit la distance qui le séparait de l’autel et les saisissants chacun par les cheveux il leur cogna le crâne l’un contre l’autre les assommant proprement. Il laissa tomber les deux hommes et se pencha vers la jeune femme dont les yeux agrandis par la terreur le fixaient sans savoir s’il était son sauveur ou son bourreau.
Elle n’eut pas longtemps à se poser la question, d’un mouvement rapide il planta ses crocs dans le cou offert et se rassasia à grands traits, plus par besoin de récupérer ses forces que par plaisir, le chemin pour parvenir jusqu’ici l’avait passablement épuisé.
Il ne put s’empêcher de comparer la saveur du fluide vital de celle-ci avec celle de son aimée, plus le temps passait et moins il avait envie de boire d’autre sang que le sien.
Une vibration résonna soudain accompagnée d’un sifflement, comme une masse d’air qui se déplacerait, il se redressa et aperçut un démon des plans inférieurs qui venait d’apparaître dans un nuage de fumée, il le reconnut sur-le-champ c’était Azerthot, il avait croisé son chemin plusieurs fois déjà auparavant et il ne le craignait pas, chacun deux « officiant » dans des mondes biens séparés.
« Bonsoir Azerthot, ambassadeur du Monde d’en Dessous » le salua-t-il suivant le rituel en vigueur au Royaume des Ténèbres.
« Bonsoir Rya-Khin, fils de Dra-Khul » lui répondit le démon.
Puis celui-ci se pencha vers le corps exsangue allongé sur l’autel et l’examina attentivement avant de le remercier de lui avoir fait gagner du temps. En effet il ne pouvait dévorer que des victimes vidées de leur sang et la « méthode » employée par un vampire était non seulement plus propre, mais aussi plus rapide que l’égorgement traditionnel. D’ailleurs si il en avait envie il lui proposait de s’allier pour former un duo où chacun y trouverait son compte l’un le sang frais et l’autre la chair fraîche.
Le vampire déclina l’offre avec amabilité, il était déjà lié avec une autre de ses semblables et pour l’éternité.
Le démon lui adressa un sourire plus proche du rictus que de la manifestation de joie avant de murmurer à son oreille que celle-ci n’était pas forcément celle qu’il croyait. Elle lui cachait un fait important, même à lui elle avait tut son secret, il devrait rester prudent et attendre d’en savoir plus avant de s’engager plus loin. Puis sans rien dire de plus Azerthot commença à dévorer le cadavre de la jeune femme comme si de rien n’était.
Les paroles prononcées par le démon lui tournaient dans la tête. Il n’était pas inquiet ni n’éprouvait de doute d’aucune sorte mais il sentait qu’il devait faire preuve de prudence. Il avait toute confiance en elle et il était certain des sentiments qui les unissaient, cela étant il devait avoir une conversation avec elle.
Sa décision était prise : il allait rentrer à la Crypte et lui poser ouvertement la question à propos de ce secret.
Sans plus attendre il quitta le temple et retourna dans son antre aussi vite qu’il le pouvait, le soleil étant presque couché il n’en aurait pas pour très longtemps.
par Kildar
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