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La nuit noire, profonde et sombre comme son âme l’attendait à la sortie de la Crypte.
Les révélations de son aimée, les mots qu’elle avait prononcés résonnaient encore dans sa tête, cette sonorité lui semblait plus lugubre encore que celle d’un glas. Les paroles qu’Azerthot lui avaient murmurées la veille à l’oreille prenaient toute leur signification, Gwendoline n’était pas celle qu’elle paraissait être. Rya-Khin se sentait bafoué, elle avait trompé sa confiance. N’avait-il été pour elle qu’un vulgaire étalon reproducteur ? Etait-il possible qu’elle se soit servie de lui pour accomplir sa destinée ? Princesse héritière du Royaume des Fées elle devait assurer sa descendance il est vrai, mais elle était encore jeune et il se doutait bien qu’il ne manquait pas de prétendants pour accomplir cette « tâche »… De plus seul un enfant de sexe féminin pouvait prétendre au trône, et les fils de Dra-Khul n’engendraient que des mâles et ce depuis la nuit des temps. Assis à l’ombre d’un saule décharné il se sentait désemparé comme jamais il ne l’avait été. Un duel sans merci s’était engagé en lui : le combat de l’amour contre la raison. Ses sentiments pour elle ne faisaient aucun doute, de même que les siens pour lui. Leur fusion avait été totale et sans réticence aucune ils s’étaient ouverts et donnés l’un à l’autre. Leurs sangs ne faisaient dorénavant plus qu’un, ils s’étaient unis avec passion, fureur et aussi tendresse, trop peut-être au vu du résultat ! Dans le même temps la colère brûlait en lui, le transformant en un volcan prêt à s’éveiller et à tout détruire sur son passage. Il sentait monter en lui le désir de retourner auprès d’elle et la réduire en cendres, la vider de son sang, puis lui briser les os l’un après l’autre avant de l’immoler sur un bûcher qui serait sa dernière demeure. Et à nouveau le souvenir de leurs unions, celui de son regard qui se noyait dans le sien comme lui se fondait en elle lorsqu’ils n’étaient plus qu’un, faisait retomber son courroux.
Rya-Khin ne savait plus où il en était, sa conscience originelle issue de la réunion de celles de tous les fils de Dra-Khul depuis le commencement affrontait son instinct en un combat singulier, mais les heures s’écoulaient et aucun ne l’emportait, il restait là à secouer la tête, de sa gorge sortait une alternance de gémissements et de grondements qui avaient fait fuir tous les êtres vivants dans un rayon de mille lieues : il était réellement seul avec sa douleur et sa colère.
Il lui fallait pourtant prendre une décision, mais laquelle ? La mort de celle qu’il aimait ou juste celle du fruit de leurs amours ? Mais pourrait-il la convaincre, et lui avec, d’accepter l’élimination de cette vie qui ne tarderait pas à bouger en elle ? Ne préférerait-elle pas mourir plutôt que vivre avec le souvenir de ce crime ? Car quoi qu’il puisse en dire ou même en penser, c’était bien de cela qu’il s’agissait, en tout cas c’est ainsi que Gwendoline le ressentirait ! Le fait qu’il puisse se poser la question montrait bien qu’il n’était pas aussi détaché qu’il aurait dû l’être. Jamais un fils de Dra-Khul ne s’était embarrassé de ce type de raisonnement, et lui le premier avait prélevé son dû sur la civilisation, Peuple des Fées inclus.
Les premières lueurs de l’aube le ramenèrent à la réalité, il ne pouvait pas rester là assis à attendre que le soleil décide pour lui.
Soudain un souvenir d’enfance lui revint en mémoire. Des siècles auparavant l’un des ancêtres avait été confronté à un problème totalement différent du sien mais tout aussi insoluble, la grand-mère de Rya-Khin, qui le tenait de la sienne, qui elle-même le tenait de son aïeule, lui avait raconté qu’il était allé consulter l’Oracle des Ténèbres et celui-ci l’avait aidé à faire son choix et surtout l’accepter et vivre avec.
Il se releva d’un bond et partit en courant vers son destin.
Il pénétra dans une canalisation transportant des eaux usagées, les déversant dans une rivière aux flots tumultueux traversant la forêt.
De canalisations en égouts, d’égouts en tunnels humides, de tunnels humides en souterrains, de souterrains en galeries, de galeries en cavernes, il avançait à grands pas, réveillant en sursaut des dizaines de chauves-souris, piétinant les rats et autres rongeurs qui avaient le malheur d’être sur son chemin. Il arriva enfin dans une grotte plus grande que les autres et plus lumineuse aussi. « L’Oracle vivait en ermite au milieu de nulle part », tels avaient été les mots prononcés par son ancêtre quand elle lui avait conté cette histoire.
Celui-ci était assis sur une peau de loup dans le coin opposé à l’entrée. Il avait les yeux fermés et semblait dormir ou être presque mort tant sa respiration était ténue et lente. Il tourna la tête vers Rya-Khin et sans ouvrir les yeux, ni même les lèvres il s’adressa à lui :
« Te voilà enfin ! Je t’attendais plus tôt Rya-Khin fils de Dra-Khul, mais peut-être t’a-t-il fallu plus de temps pour comprendre ce que tu avais à faire. Aurais-tu l’esprit lent ou bien marcherais-tu lentement ? »
Le vampire restait silencieux et même s’il avait eu envie de parler il se serait tu. Les questions posées par l’Oracle n’attendaient généralement pas de réponses, et quand cela était on le savait instinctivement.
« Tu t’es embarqué dans une étrange aventure dis-moi, s’unir à la future Reine des Fées et qui plus est la féconder, j’ai rarement entendu parler d’histoire plus extravagante ! Et tout cela sans t’en apercevoir un seul instant, tu es le premier des fils de Dra-Khul qui semble être capable de perdre ses capacités prémonitoires lorsqu’il est amoureux. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : tu es amoureux. Si tu ne l’étais pas tu ne serais pas planté là devant moi à attendre que je te dise quoi faire ! »
L’Oracle des Ténèbres ouvrit les yeux et fixa son regard opaque sur Rya-Khin. Il était aveugle depuis sa naissance car il n’avait pas besoin de voir, son pouvoir divinatoire était amplement suffisant. Il hocha lentement la tête, la tournant de gauche à droite comme lorsqu’on veut exprimer un sentiment d’incrédulité face à un comportement stupide ou incompréhensible.
Puis il reprit la parole :
« Et bien mon ami il va te falloir te rendre à la raison. Je ne vais pas te dire quoi faire, je ne suis pas là pour influencer ton destin et à travers toi celui du Peuple des Ténèbres et celui des Fées. Je vais te donner le choix entre deux possibilités et t’en expliquer les conséquences, tu choisiras celle qui te semblera la plus appropriée et assumeras le destin que tu te seras ainsi fixé. »
« Quelles sont ces possibilités ? » murmura respectueusement le vampire.
« La première est celle du sang, si tu la choisis il te faudra égorger ton amante et boire son sang, puis l’éventrer et te repaître de celui du futur bébé avant de le brûler avec sa mère. Ensuite tu disperseras les cendres dans sept endroits différents et éloignés les uns des autres d’au moins cent lieues. Evidemment le Peuple des Fées cherchera à la venger, mais ce ne sera pas la première fois que tu devras affronter ces sylphides.»
Nouveau silence afin que Rya-Khin mémorise cette première prédiction.
« La seconde est celle du bannissement, si tu la choisis il te faudra quitter ton royaume et renoncer à tes prérogatives sur la succession au trône. Tu iras vivre avec ta princesse et votre futur fils, car ce sera un fils, du moins le premier, dans un autre pays, car ni les Fées ni les Vampires ne vous accueilleront. Vous serez déchus de vos royaumes respectifs mais qui sait ? Votre descendant sera peut-être le souverain d’un nouveau peuple. »
L’Oracle referma les yeux et son visage reprit l’expression qu’il affichait à l’arrivée de Rya-Khin, seul un léger sourire resta un moment sur ses lèvres avant de disparaître et qu’il ne retrouve son apparence première.
Le vampire assimila les dernières paroles de l’Oracle avant de faire demi-tour et de repartir par où il était arrivé. Il marchait lentement, absorbé dans ses pensées. Il rentrait à la Crypte, il savait qu’à son arrivée là-bas sa décision serait prise.
par Kildar
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