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Rya-Khin avançait à travers les broussailles, franchissant les branches basses des arbustes qui obstruaient son chemin aussi facilement que si ses bras avaient été des machettes. Il suivait un sentier que lui seul voyait. Les paroles de l’Oracle résonnaient encore à ses oreilles, la voix qui semblait ne jamais vouloir s’arrêter lui répétait inlassablement qu’il était maître de son choix, que personne ne déciderait à sa place de ce qu’il lui faudrait faire. Il n’y aurait ni bonne ni mauvaise décision : il y aurait La Décision ou plutôt Sa Décision.
La crypte était presque à portée de vue lorsqu’il s’arrêta soudain comme s’il avait croisé le regard de la Méduse, il venait de comprendre que Gwendoline n’était pas restée dans leur antre à attendre qu’il revienne procéder au sacrifice, elle était partie pour le seul endroit où elle pouvait espérer être en sécurité : le territoire des Fées, son royaume.
Il releva la tête, regarda la Lune ronde et pleine qui emplissait le ciel, et poussa un long cri de colère et de frustration teintée de désespoir. Il n’avait plus une minute à perdre, il fit un quart de tour et partit à la vitesse du vent vers le Royaume de sa bien-aimée, il lui fallait la rattraper avant qu’il ne soit trop tard.
Rya-Khin courut et courut encore, rien ne semblait pouvoir l’empêcher d’atteindre son but, ni les arbres, ni les plantes rampantes traîtresses qui paraissaient essayer de le faire tomber en tentant de s’enrouler autour de ses chevilles. Il était animé par la force inexorable de la volonté, celle d’accomplir son destin. Pourtant petit à petit sa foulée ralentit, ses enjambées se firent plus courtes, son pas moins sur : le manque sommeil commençait à se faire sentir. Il n’avait que deux solutions : soit il s'arrêter et dormir une heure ou deux, soit trouver une source pour s’abreuver, c’est à dire un être humain. Il faut croire que Dra-Khul avait décidé de donner un coup de pouce au destin car Rya-Khin aperçut une jeune femme, dormant paisiblement au pied d’un énorme chêne à quelques mètres de lui, il n’aurait pas ralenti sa course quelques minutes plus tôt, elle aurait probablement été réveillée par le bruit de ses pas et aurait ainsi eu le temps de s’enfuir.
Le vampire s’approcha silencieusement de sa proie, il bondit sur elle et d’un geste rapide la bâillonna de la main gauche tandis que de la droite il repoussait ses longs cheveux blonds pour lui découvrir la gorge. Lorsqu’elle recula la tête pour essayer de se dégager de la funeste étreinte de ses bras, il la reconnut et fut plus encore persuadé que c’était bien Dra-Khul qui l’avait mise sur sa route : c’était Sarenna la cousine de la reine des fées, celle qui aurait accès au trône si Gwendoline venait à mourir. C’était bien là la signature du père des Vampires, il n’y avait que lui pour avoir un tel sens de l’humour teinté de cynisme. Quoi qu’il en soit les dés étaient jetés. Rya-Khin planta des canines acérées dans le cou de la jeune femme et se rassasia de son fluide vital sans plus attendre. Ceci fait il lui brisa la nuque d’un mouvement sec du poignet et l’allongea délicatement sur le sol avant de la recouvrir d’une brassée de fougères. Il ne tenait pas à la voir vivre, une fée-vampire c’était plus que suffisant.
Rya-Khin reprit sa course, galvanisé par l’énergie que lui avait apportée le nectar chaud et vivifiant de Sarenna. Il savait qu’il n’était pas au bout de ses peines, même s’il s’était ainsi ressourcé, il n’avait aucune certitude quant au fait qu’il arriverait à rattraper sa bien-aimée avant qu’elle n’ait rejoint son peuple. S’il arrivait trop tard, alors accomplir son destin serait beaucoup plus compliqué, il n’était pas sûr de pouvoir alors s’approcher suffisamment près de Gwendoline. Non il n’avait plus une minute à perdre, il accéléra encore l’allure, il courrait sur les ailes du vent, bondissant au-dessus des buissons, évitant les arbres à la dernière seconde : il était mu par l’énergie du désespoir et rien ne pourrait plus l’arrêter.
Soudain une flèche siffla à ses oreilles, il se jeta instinctivement sur le sol et roulant sur lui-même il chercha du regard la provenance de celle-ci. Du coin de l’œil il aperçut une fée perchée en haut d’un arbre encochant une seconde flèche à son arc, il se déporta brusquement sur la gauche afin d’éviter ce deuxième projectile. Saisissant le poignard caché dans sa botte de la main droite, il le lança d’un geste assuré vers la fée avant de plonger sous un épais massif de broussailles. La troisième flèche se planta exactement à l’endroit qu’il occupait l’instant d’avant. La fée dégringola de sa branche et s’écrasa sur le sol avec un bruit sourd. Le silence qui suivit le bruit de la chute avait quelque chose de surnaturel, rien pas même un souffle de vent, le cri d’un oiseau ou le bourdonnement d’une abeille ne vint le troubler.
Le vampire s’approcha lentement de sa victime allongée face contre terre et la retourna de la pointe du pied : elle était morte et semblait le regarder d’un œil grand ouvert alors que de l’autre, où était planté son couteau, s’échappait un mince filet de sang coulant sur sa joue. Il récupéra son poignard et l’essuya sur la tunique de la fée avant de le remettre dans sa botte. Puis comme si de rien n’était, il reprit sa course contre le temps.
L’image de Gwendoline le regardant alors que le plaisir brillait de mille feux dans ses yeux jaillit dans sa mémoire et vint parasiter ses pensées un court instant, le temps qu’il le chasse de son esprit il était trop tard : il se prit les pieds dans une liane fixée entre deux arbres et s’étala de tout son long sur les herbes humides. Lorsqu’il se releva il vit qu’il était encerclé par quatre gardiennes du Royaume des Fées, il était plus proche du territoire de celles-ci qu’il ne le pensait et l’intervalle le séparant du moment fatidique n’était plus qu’une question de minutes, il allait devoir combattre une fois encore pour sauver sa vie, mais il n’était plus vraiment certain d’en avoir envie.
Les combattantes se mirent en mouvement simultanément, s’approchant de lui tout en dégainant leurs dagues, il devait agir maintenant ou bien il mourrait.
Le vampire ne pouvait se faire à l’idée de ne pas revoir son amante une dernière fois, alors il se mit à tourner sur lui-même, la danse de la mort s’empara de lui à nouveau, il esquiva la lame de la fée située à sa gauche, s’enroulant d’un mouvement fluide autour d’elle il lui saisit le bras et la projetant sur la gardienne de droite il l’embrocha sur la dague de sa compagne. Sans perdre un instant il se coucha sur le sol et faucha la fée lui faisant face avant de l’assommer d’un coup de poing sur la tempe, puis évitant au dernier moment l’épée de la quatrième guerrière il lui brisa la nuque avant de faire face à la dernière gardienne qui venait juste de retirer sa lame du corps de sa compagne. Elle n’eut pas le temps de lui porter le coup qu’elle lui destinait, il lui trancha la gorge avec son poignard qu’il avait sorti de sa botte en se relevant.
Le combat l’avait épuisé, il s’approcha de la fée qu’il avait assommée et se ressourça à la gorge de celle-ci avant de l’achever en la décapitant avec sa propre dague.
La lune était de plus en plus basse, il fallait qu’il se dépêche.
Rya-Khin n’avait pas parcouru plus de deux cent mètres lorsqu’il aperçut Gwendoline allongée au centre d’une clairière, son visage était plus pâle qu’un masque de théâtre japonais, elle était inanimée et s’approchant d’elle il vit sa figure exsangue. Il n’hésita pas un seul instant, il prit sa bien-aimée dans des bras et lui caressant délicatement les cheveux il s’entailla le cou de la pointe de son couteau avant de poser les lèvres de sa bien-aimée sur la coupure. L’odeur âcre du sang la sortit de son évanouissement et elle se mit à boire ardemment le fluide qui s’écoulait sur sa langue.
Lorsqu’il sentit son amante se faire plus chaude contre lui il sut qu’elle avait récupéré assez d’énergie, alors il la repoussa lentement. Elle ouvrit les yeux et il vit dans son regard la surprise et la peur étroitement mêlées.
Rya-Khin ouvrit sa chemise puis, prenant le stylet en argent qu’il portait à la ceinture, il le lui mit dans la main et, posant la pointe sur sa propre poitrine, lui dit :
par Kildar
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