Elle se leva, déposa cinquante euros sur le bureau, enfila son manteau et attendit près de la porte qu’il la raccompagna.
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Alors qu’elle posait délicatement son manteau sur le bras du fauteuil faisant face à son bureau, avant de s’installer sur le divan, il se demanda avec à la fois
impatience et anxiété si elle allait répondre aux deux questions qu’il lui avait plus que suggérées de se poser lors de la dernière séance.
Séance qui remontait à quinze jours : elle avait annulé celle de la semaine précédente d’un simple coup de téléphone la veille de celle-ci. Il se doutait bien
que les réponses n’étaient pas évidentes à trouver et à formuler, et encore moins à « avouer » à quelqu’un d’autreS même s’il s’agissait de son analyste.
Dans le même temps il prit conscience que cette impatience et plus encore cette anxiété n’appartenait pas à la relation entre un analyste et son patient qui était
censée gouverner leurs rapports.
Et alors se dit-il, alors rien ! Il n’avait qu’une envie c’était de s’asseoir à côté d’elle sur le divan, de lui prendre la main, de plonger son regard dans le
sien et de l’embrasser passionnément avant de la posséder comme si l’un comme l’autre ils avaient été privés de « sexe » - car c’était bien de cela dont il était question – depuis des
mois. Pour elle il ne savait pas mais en ce qui le concernait, il avait fait l’amour avec sa dernière copine en date l’avant-veille au soir.
Peut-être serait-il passé à l’acte mais elle ne lui en laissa pas le temps ni la possibilité.
Il était encore debout près de la porte d’entrée de son cabinet qu’elle démarrait bille en tête :
« Bon c’est pas le tout, on a assez perdu de temps comme ça, allons-y Alonzo ! »
Plus le temps de fantasmer, il s’assit rapidement dans son fauteuil et écouta avec la plus grande attention ce qu’elle avait à dire.
Vous m’avez demandé de répondre à deux questions il y a 15 jours, c’est d’ailleurs pourquoi j’ai annulé la séance de la semaine dernière, je n’avais pas fini de
le faire. Mais maintenant j’y suis parvenu ou plutôt j’ai des réponses et j’ai envie de … comment dire … les approfondir avec vous.
Alors voilà vous vouliez savoir pourquoi je ne l’avais pas éliminé de la même façon que j’avais viré les précédents, et bien tout « simplement » parce
qu’il m’intriguait. Je ressentais derrière les phrases échangées lors de nos premiers échanges une zone d’ombre que je voulais découvrir. J’ai dit qu’il m’intriguait mais en fait c’était plus
fort que ça : il m’attirait. Je n’en étais pas consciente et j’aurais été moins encore capable de l’expliquer. La prédatrice que je me persuadais d’être sentait que cette proie était
particulièrement intéressante, j’allais me régaler.
Bien évidemment et avec le recul je m’aperçois que si lui aussi ne m’avait pas trouvée attirante rien de tout cela ne serait arrivé et je ne serais pas allongée
là.
« Croyez-vous ? »
Elle s’arrêta net. Il avait prononcé ces mots sur un ton plus incisif qu’interrogatif, et lorsqu’elle tourna la tête pour le regarder, il arborait un petit sourire
satisfait qui lui fit monter le rouge aux joues, autant par colère que par embarras et celui-ci ne fit qu’augmenter sa rage.
Bien sur que je le crois. J’en suis persuadée même ! Vous croyez que si ce salopard ne m’avait pas détruite sue le plan affectif je serais venue vous
voir ! Et bien non figurez-vous. A l’heure qu’il est je serais ailleurs et c’est une autre que moi qui vous raconterait ses petits malheurs et ses névroses liées à la fameuse « crise de
la « quarantaine » dont nous pauvres femmes serions toutes affligées selon nos gentils psy.
Aussi rapidement qu’elle avait jailli sa colère redescendit. Elle était assez intelligente pour comprendre que s’il n’y avait pas eu une grande part de vérité dans
le commentaire de son psy, elle ne serait pas montée sur ses grands chevaux de cette façon.
Excusez-moi vous avez sans doute raison. Mais on abordera ce sujet plus tard. Je voudrais d’abord en terminer avec les deux questions que vous m’avez posées…
Enfin tout du moins avec mes réponses… Mais bien sur nous en reparlerons et je suis persuadée que nous les étofferons ensemble.
Oui je le reconnais j’ai été à la fois attirée par lui et ce que cette « aventure » représentait, et aussi excitée - autant intellectuellement que
physiquement – de ce qu’il allait m’arriver, jusqu’où j’irais et surtout je me sentais prête à tout pour continuer à ressentir ce grand frisson qui n’était pas que dans ma tête. J’avais
réellement la chair de poule quand j’apercevais son pseudo sur MSN. J’avais beau savoir que nous avions « rendez-vous », que nos rencontres sur le Net étaient prévues, je frissonnais à
chaque fois.
Alors oui sans aucun doute je n’ai pas été la malheureuse victime du vilain manipulateur. Non il n’a pas abusé de ma naïveté de faible femme seule dans une
maison devenue trop grande et trop vide pour elle depuis que les enfants ont grandi.
Nous avons été deux à jouer, et je crois que même aujourd’hui je ne suis pas certaine de savoir qui a gagné… Si tant est qu’il y ait eu un gagnant…
Cependant tout n’est pas aussi simple, je pense qu’il m’a manipulée, et que consciemment ou pas, je me suis laissée faire.
Et de la même façon je l’ai attiré dans mes filets et il m’a laissée agir en connaissance de cause.
La vraie question à poser et à se – ou plutôt me – poser est celle ci :
Pourquoi ai-je laissé cette histoire durer aussi longtemps ?
Le plaisir était plus intellectuel que physique, du moins les six premiers mois, après nos rencontres réelles eurent toutes lieu dans une chambre d’hôtel à Paris
ou à Lyon.
Mais aucun de ces « plans cul » n’eut l’intensité presque bestiale de notre seconde rencontre.
Le psy se redressa imperceptiblement dans son fauteuil, son écoute se fit plus attentive.
La première fois, vous vous souvenez, au dernier moment nous avions décidé – enfin surtout lui – de ne pas faire l’amour, que notre histoire n’était pas une
banale histoire de fesses mais quelque chose de plus beau, de plus romantique, bref on s’aimait et on avait tout le temps pour se découvrir petit à petit.
Tu parles Charles !
La deuxième fois que nous nous sommes retrouvés c’était environ deux mois plus tard, juste avant la rentrée scolaire. Nos enfants respectifs étaient chez leurs
grands-parents pour le week-end et quant à nos conjoints ils les avaient accompagnés puisqu’il s’agissait de leurs parents.
J’avais dit à mon mari que j’en profiterais pour aller rendre visite à une amie de pensionnat qui vivait à Paris et que j’avais pas revue depuis plus de dix
ans.
Celui qui allait devenir mon amant – il l’était déjà dans ma tête – avait réservé une chambre dans un petit hôtel près de la Gare de Lyon. Il était venu
m’attendre à la descente du train. Nous nous sommes embrassés passionnément sur le quai puis il m’a pris la main et c’est presque en courant que nous sommes allés jusqu’à l’hôtel.
A peine arrivés dans la chambre nous nous sommes jetés l’un sur l’autre avant de nous retrouver l’un dans l’autre. Nous ressemblions plus à des animaux en rut
qu’à des amants romantiques. Les échanges amoureux sur Internet étaient loin derrière nous. J’avais l’impression que nous étions les acteurs du film lauréat du « Hot d’Or » de
l’année, que nous participions au concours de baise ininterrompue la plus longue possible.
Nous avons fait l’amour dans toutes positions, dans tous les sens, sur le lit, sur la moquette, dans la baignoire, sous la douche, debout dans l’entrée de la
chambre, dans sa voiture dans un parking souterrain de centre commercial. On avait retrouvé nos vingt ans et, chose impensable avant que cela se produise, je l’ai pris dans ma bouche alors que
même avec mon mari je ne l’avais fait. D’ailleurs même aujourd’hui ce plaisir je ne l’ai jamais donné à quelqu’un autre et surtout pas à mon époux.
Ce fut deux jours de sexe et de sexe.
Nous sommes restés au lit quasiment tout le week-end, prenant à peine le temps de manger, puis il m’a raccompagnée à la gare le dimanche soir dix minutes avant
le départ de mon train.
Les adieux sur le quai furent brefs et rapides, de peur que si nous attardions trop nous ne puissions plus nous quitter.
Vous imaginez bien qu’après, nos conversations sur le Web ne furent plus jamais les mêmes, le romantisme en avait pris un sacré coup dans son image, et nous
aussi par la même occasion.
Et pourtant cela ne s’est jamais reproduit, en tout cas jamais avec la même intensité et la même « bestialité »… et j’avoue que je le regrette
parfois.
Elle resta silencieuse un instant, puis elle se redressa, s’assit sur le divan, attrapa son sac et dit en sortant son portefeuille :
« Bon le temps qui m’était imparti touche à sa fin, nous reprendrons cela lors de la prochaine séance. »
Elle se leva, déposa cinquante euros sur le bureau, enfila son manteau et attendit près de la porte qu’il la raccompagna.
par Kildar
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