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Samedi 10 mai 2008


Dans un lieu isolé, au milieu de hautes cimes enneigées, je médite en ermite.

La froideur extérieure n'a d'égale que celle qui m'est intérieure.

Je me suis même isolé du papier et stylo en recouvrant mes mains de gants de soie noire.

Il y a plus de cent personnes dans ce chalet, mais rien ne m'empêche de vivre ma solitude. Elle est douce et propice à la réflexion.

J'aimerais me microcosmer pour visiter le monde l'infiniment petit.

Il doit faire bon vivre ailleurs, dans un lieu inaccessible aux humains barbaroïdes.

Etre un atome parmi les molécules de mon être.

Ressentir mon vécu en temps que corps de l'existant et non pas l'existant.

Etre une cellule de mon cerveau quand mon sang chargé d'héroïne vient y déferler. ;

Etre mes poumons lorsque la fumée d'un pétard y stagne.

Me sentir Moi, me ressentir, m'imprégner intimement des éléments externes.

Etre globule rouge de mon sang pulsé au rythme des battements de mon cœur.

Visiter mon corps dans son intégralité, me charger de toxines et aller me purifier dans mes bronches, dans mes reins, dans mon foie déjà corrompu par ce  maudit virus.

Etre la toxine rejetée par ma vessie projetée sur l'ardoise spongieuse d'un vieil urinoir de campagne.

Etre le spermatozoïde véloce fécondant l'ovule tentaculaire d'une matrice accueillante.

Etre l'atome d'oxygène qui purifie mon sang.

Etre celui du dioxyde de carbone rejeté dans l'air vicié de cette minuscule chambre sous les toits.

Etre le rayon de lumière solaire qui irradie ma rétine et être aussi mon œil ébloui.

M'osmoser totalement aux particules à en devenir translucide, invisible.

Etre microcosmique à en disparaître tout en étant infiniment présent.

S'unir à l'univers ambiant en se transformant en électrons poussiéreux et lumineux.

Etre les pulsions de mon cerveau symbolisant mes rêves sur l'électroencéphalogramme.

Etre les nano-secondes du temps qui passe.

Etre tellement insignifiant et pourtant tellement indispensable.

Sans ces « micro-choses » il n'y a rien de grand, rien de palpable, rien de visible, rien de vivable.

Etre mon vécu pour l'apprécier dans sa réalité intrinsèque.

Etre Nathan, Kevin, Jade, Vanessa, ou Alain, Elles, et tant d‘autres encore.

Etre le regard, celui qui regarde et ce qui est regardé.

Etre mes sens, ce qu'ils me font ressentir et ce qu'ils ressentent.

Etre le sommeil et celui qui dort.

Etre la Mort et celui qui meurt.

Je ne sais pas si je suis celui que je crois être.

Je sais juste que je suis heureux de l'être.

Je suis bien dans ma peau : étant bien à l'intérieur de mon corps et aussi dans me tête.

Car pour moi c'est ce qui se passe à l'intérieur qui est primordial.

L'extérieur n'a que l'importance que je veux bien lui accorder.

Et souvent il n'en a guère.

Ressentir est le verbe clé de mon existence.
par Kildar publié dans : Ecrits
Lundi 21 avril 2008

Exercice 36 - Mots imposés (Kildar)

Mouvance, Errance, Violence, Souffrance, Enfance, Instinctivement, Egoïstement, Décemment, Empiriquement, Innocemment, Boire, Rire, Danser, Recevoir, Décevoir.


Dany s'éveillait lentement, l'esprit encore embrumé par  les abus d'alcool de la veille, lorsque la sonnerie de son téléphone portable retentit sauvagement dans son oreille gauche.

Et quelle sonnerie ! Mais avec les progrès fulgurant de la technologie moderne ce n'était ni plus ni moins que le refrain musclé de « The Number of the Beast » d'Iron Maiden.

Une fois de plus il s'était endormi avec l'oreillette de son téléphone.

Ce qui eut le mérite de le faire réagir avec promptitude.

 

  • - Allo oui!
  • - Dany c'est Kate.
  • - Salut la belle, déjà levée?
  • - Me suis pas couchée, j'étais trop impatiente. C'est toujours OK pour ce midi?
  • - ....
  • - Dany tu m'entends?
  • - Oui, oui je t'entends. Hummm.... Attends un instant.

 

Dany agita la tête pour secouer ses neurones, enfin ceux qui restaient encore vaillants.

Il prenait compte de l'étendue du désastre, hier ou plutôt ce matin juste avant l'aube Kate lui avait fait écouter la musique de sa dernière compo et il lui avait promis de lui en écrire les paroles.

Il jeta un coup d'œil à sa montre : Onze heures et quart !

No comment ! Il allait devoir se remuer s'il voulait tenir sa promesse.

Ca aurait beaucoup plus facile si elle n'avait pas été aussi canon la Miss Kate, mais sublime comme elle l'était il n'avait pas le choix, s'il voulait la mettre dans son lit il allait falloir assurer. Inspirant profondément il reprit la conversation.

 

  • - Kate désolé mon chat miaulait derrière la fenêtre pour rentrer.
  • - No soucy. Alors c'est d'accord hein?
  • - Oui ça marche. En revanche je préfèrerais que ce soit plutôt 14H00 que Midi. Je veux te proposer un truc béton, alors laisse moi un peu plus de temps pour le peaufiner.
  • - Rhaaaa! T'es trop toi. Comment je vais faire pour attendre deux heures de plus...
  • - Ben t'as qu'à aller te balader au Luxembourg c'est souverain quand on est stressé, en tout cas pour moi c'est super efficace.
  • - OK on fait comme ça, mais je te préviens à deux heures pétantes je débarque chez toi et t'as intérêt à me laisser entrer et à être prêt.
  • - Promis Kate. Allez je raccroche j'ai du pain sur la planche. A toute!
  • - Bosse bien. A très bientôt.

 

Dany jeta sur téléphone sur son lit, enfila un short et alla se préparer un expresso bien serré : il allait en avoir besoin.

 

Les yeux dans le vague il se laissait emporté par la mélodie légèrement dissonante et lancinante.

Il fallut une dizaine d'écoutes avant qu'il n'ouvre les les yeux et commence à marteler son clavier comme un damné. Le cliquetis assourdi des touches ressemblait au staccato d'une mitraillette munie  d'un silencieux : un son étouffé, rythmé et régulier.

 

Il lu, corrigea, relu, corrigea, relu et corrigea encore, et ce un nombre fois considérable.

A un tel point que lorsqu'il entendit sonner à sa porte il sursauta et réalisa que cela faisait plus de deux heures qu'il s'était installé dans son fauteuil.

 

Qu'importe il avait terminé et avait hâte d'avoir l'avis de Kate.

Il posa son ordi sur la table basse et se précipita dans l'entrée avant qu'elle ne maintienne le bouton de la sonnette appuyé jusqu'à ce qui lui ouvre la porte.

 

  • - Salut Kate, pile à heure dis-moi.
  • - Je te l'avais dit. Alors c'est bon?
  • - Entre on va pas discuter de cela sur le pallier.

 

Il n'avait pas terminé sa phrase qu'elle était déjà arrivée dans le salon

Il referma la porte et alla la rejoindre.

 

  • - Tu veux boire un café ou autre chose?
  • - Allez me fait pas attendre fait moi lire ce que tu as écrit.
  • - Un peu de patience, laisse moi le temps de me servir un café. T'es certaine que tu ne veux rien?
  • - Okette si t'as un jus de fruit bien frais ça m'ira très bien.
  • - Pamplemousse ça te va?
  • - C'est parfait.

 

Dany alla chercher les boissons dans la cuisine et les posa sur la table en revenant avant de connecter son ordi à l'imprimante pour sortir un exemplaire papier de son texte et le donner à lire à Kate.

 

Ceci fait il s'installa dans son fauteuil et savoura lentement son café sans quitter de l'œil Kate installée dans le divan face à lui et qui s'était aussitôt plongée dans la lecture des paroles de la chanson.

 

Dany la regardait sans prononcer un mot, osant à peine respirer, le silence environnant étant parfois troublé par Kate fredonnant l'air de sa compo.

 

Soudain elle leva les yeux de la feuille de papier et lui demanda si il voulait bien lui prêter sa guitare : elle voulait essayer de mettre les paroles en musique.

Dany accepta en souriant et alla lui chercher l'instrument posé près de son lit.

Lorsqu'il le lui tendit elle l'attrapa, s'installa sur le bord du canapé, ferma un instant les yeux avant de les poser sur la feuille posée sur la table basse et se mettre à chanter.

 

Je me souviens de nous vivant dans la violence,

Je me rappelle surtout de cette drôle d'existence,

Nous ne vivions qu' instinctivement,

Et cherchaient la Mort égoïstement.

Quand notre Amour de la souffrance

Nous ramenait à notre enfance,

Ces jours de peine chargés de haine,

Ces nuits de peur bardées de chaînes,

Ces matins blêmes de nos errances,

Qui s'achevaient dans le silence.

On aurait tant voulu rire et danser,

Nous enivrer pour ne plus penser,

Pour enfin oublier notre peur du noir

Et à jamais ne plus nous décevoir.

 

Innocemment nous nous forcions à boire,

Nous désaltérant dans de noirs abreuvoirs

Où nous trouvions enfin l'Alzheimer convoité,

Et la paix pour nos âmes trop souvent maltraitées.

 

Nous nous étions plongés dans cette funeste mouvance,

Nous nous félicitions de cette non-espérance,

Cette auto-destruction vécue empiriquement,

Nous faisait jubiler quasi viscéralement.

Nous plonger dans le cloaque de nos nuits,

Pour y assouvir nos sombres appétits,

Nous sentir sales, vils et sans espoir,

Etres malsains aux troubles de la mémoire,

Pauvres humains aux complexes cerveaux,

Incapables d'abandonner leur caniveau.

A jamais destinés à ne rien recevoir,

Et à finir nos vies sur un bout de trottoir.

Tel était notre avenir, notre sombre présent,

Nous étions incapables de vivre décemment.

 

Innocemment nous nous forcions à boire,

Nous désaltérant dans de noirs abreuvoirs

Où nous trouvions enfin l'Alzheimer convoité,

Et la paix pour nos âmes trop souvent maltraitées.

 

Innocemment nous nous forcions à boire,

Nous désaltérant dans de noirs abreuvoirs

Où nous trouvions enfin l'Alzheimer convoité,

Et la paix pour nos âmes trop souvent maltraitées.

 

Katy laissa un instant ses doigts courir sur les cordes avant de relever la tête pour regarder Dany, elle avait les yeux brillant à la fois de larmes et de plaisir.

Elle posa délicatement la guitare sur le canapé, se leva, lui prit la main et l'entraîna dans sa chambre.

Elle lui lâcha la main le temps de fermer les volets et d'allumer la lampe Tiffany posée sur la table de nuit, puis elle s'assit sur le lit et l'attira vers elle.

 

Dany ne se fit pas prier pour la rejoindre et s'abandonner avec elle dans le maelström émotionnel où les avait emportés sa chanson.

par Kildar publié dans : Ecrits
Lundi 17 mars 2008
33 - du 04/03/2008 au 14/03/2008 - Ecriture sur Image (Dame Aga)

Juste un trait qui zèbre le ciel... Un signe... Quelque chose s'est passé... Vous pensez savoir ce que c'est...

Mais qui vous dit que vos sens, vos connaissances... Ne vous trompent pas ?...
 

Allongé sur l’herbe tendre et fraîche au bord du Lac d’Outrenève, Mullingan admirait la pureté sans égale du ciel de mai.
 
Pas un nuage, pas un avion, ni même un oiseau.
 
D’ailleurs où étaient-ils passés ces merles et autres moineaux qui pépiaient joyeusement il y a quelques minutes ? 
Ils semblaient être tous devenus aphones au même moment. 
Le vent quant à lui continuait à souffler mais bien trop doucement pour couvrir les soupirs de Lizbeth et ceux plus rauques de Thomas. 
Ses deux amis s’étaient éloignés discrètement mais apparemment pas assez pour qu’il n’ait pas l’impression d’entendre la diffusion d’un feuilleton érotique sur « W-Suggestive-FM ».
 
Soudain le vent enfla, le ciel s’ouvrit lentement une lance de feu traversa le ciel accompagnée par un grondement allant crescendo.
 
Mulligan eut juste le temps de hurler « Armaggedon » avant d’être littéralement liquéfié par la chaleur jaillie des cieux.
 
Il ne vit pas non plus la Terre se retourner sur elle-même et s’engouffrer dans la brèche qui était comme une immense balafre sur le visaf=ge du ciel avant que le soleil n’explose.

A des milliers d’années-lumière de là un jeune homme demanda à son épouse de le rejoindre sur son balcon pour lui faire remarquer qu’une étoile semblait s’être « éteinte » dans la galaxie que dans leur univers on nommait : Ahsraminda.
par Kildar publié dans : Ecrits
Jeudi 6 mars 2008

Exercice 31 - Mots imposés (Kildar)

Assassin - Crime - Viol - Défoncer - Lacérer - Immoler - Dévastation - Poignard - Napalm - Hémoglobine - Tripes - Eventration - Egorger - Piétiner - Scalp - Génocide - Massacre - Baisers - Caresse - Tendresse - Câliner - Etreinte - Enlacer - Jouir – Symbiose
 
 
Accoudé à la rambarde de son balcon Chris guettait l’arrivée sur le parking de l’immeuble de la Twingo Mauve de Virginie.
Elle serait là d’un moment à l’autre, et après deux semaines de séparation ils allaient se retrouver pour ne plus jamais se quitter.
Ils pourraient enfin échanger les baisers qu’ils s’étaient promis lorsqu’elle était partie.
Son regard fixé sur le soleil se couchant à l’horizon, il laissait dériver ses pensées au rythme des vagues, ultime caresse de l’océan à la plage de sable fin où lézardaient encore deux ou trois « accros au bronzage extrême ».
 
Il avait rencontré Virginie lors d’une soirée trash au « Bloody Coffin », une boite gothique en vogue près de la Cathédrale Saint-Étienne. Il s’était laissé convaincre par Maud – l’ex petite amie de sa sœur – de l’accompagner dans ce temple de l’hémoglobine de synthèse, ne serait-ce que pour lui changer les idées.
 
Comme si rester des heures à crever de chaud dans une salle bondée, enfumée, saturée par une musique s’apparentant plus à un concours de larsen qu’à une quelconque mélodie et où danser signifiait piétiner sur place et se faire bousculer, allait lui remonter le moral !
 
Bref cela lui donnait plutôt des envies de génocide à grande échelle, il s’imaginait décrochant un poignard de sa ceinture pour d’offrir le scalp du punk à la crête rouge qui venait de lui enfoncer son coude dans les cotes pour la quatrième fois en moins de 10 minutes. Il rêvait d’éventration, de tripes dégoulinant sur la piste de danse, de bain de napalm à la place des bains de mousse. En résumer il avait des envies de massacre dignes de la série Z la plus gore qui soit.
 
Et c’est au moment où il se voyait en train d’égorger le DJ pour lui apprendre à vivre qu’il l’aperçue, telle une sirène jaillissant d’une mer sombre et étale, elle semblait rayonner.
 
Elle traversa la foule qui s’écarta sur son passage telle les vagues sous l’étrave d’un navire et s’arrêta face à lui. Plantant son regard bleu pervenche dans le sien elle lui sourit. Elle restait immobile sans rien dire, la tête légèrement inclinée, elle semblait attendre qu’il prenne l’initiative.
 
Ils étaient à quelques dizaines de centimètres l’un de l’autre et pourtant Chris avait la sensation qu’ils n’auraient pas été plus proches en étant dans les bras l’un de l’autre.
Cet échange de regards était l’étreinte la plus vive qu’il n’avait jamais vécue.
Le mot « osmose » lui vint instantanément à l’esprit, des ondes de tendresse parcouraient l’espace qui les séparait en les enveloppant dans une bulle invisible de douceur, ils frissonnaient de plaisir à l’unisson.
 
Il lui prit la main et l’attira vers lui, non pas pour l’enlacer mais pour sentir son odeur, pour ressentir la chaleur de son corps se mêler à la sienne : c’était ça le « Jouir ».
Toutes ses envies de violence brute s’étaient évanouies, non pas par remord – les pensées ne sont pas crime – mais parce qu’elle était là avec lui et qu’il l’avait enfin trouvée.
 
Sans lui lâcher la main il l’entraîna vers la sortie. Le temps de récupérer leurs vestiaires – Virginie eut une montée d’angoisse lorsqu’elle vit les griffes métalliques tenant lieu d’ongles de la préposé saisir sa cape en soie sauvage pour la lui donner, mais elle le fit sans la lacérer – ils se retrouvèrent dans la rue sous une pluie fine mais drue.
 
Le ciel sombre et chargé de nuages lourds et gris, les zones d’ombres s’étendant entre les rares lampadaires de la ruelle, ils eurent une impression de dévastation, comme si un cataclysme s’était produit sans qu’ils s’en aperçoivent pendant qu’ils étaient à l’intérieur de la boite de nuit.
 
L’imagination de Chris lui fit « visualiser » des scènes de fin du monde dignes de film-catastrophes des années 90 : Viol collectif de Virginie par des skinheads défoncés, pendant que lui se fait immoler par le feu attaché à un lampadaire, des groupes de forcenés s’amusant à défoncer les portes et briser les vitrines, juste pour le simple plaisir de détruire.
 
Instinctivement il accéléra le pas tout en serrant plus fort la main de Virginie.
Ce ne fut que lorsqu’ils eurent rejoint l’Avenue de Metz qu’ils ralentirent leur allure et qu’ils se mirent respirer « normalement ».
Ils n’avaient toujours pas prononcé un seul mot et Virginie avait calé son pas sur celui de Chris comme si elle avait eu accès aux images issues du cerveau de celui-ci.
 
Ils récupérèrent la voiture de Chris et il les emmena près de la Gare Matabiau dans une Brasserie ouverte jusqu’à l’aube et où leurs costumes firent sensation.
 
Assis face à face au fond de la salle, les yeux dans les yeux, se tenant toujours par la main, ils commencèrent à parler et à se raconter.
Ils n’épiloguèrent pas sur le fait d’être là ensemble dans un café et se mettant à nu devant un parfait inconnu.
 
L’un pour l’autre ils n’étaient pas de parfaits inconnus, ils s’étaient trouvés, ils en étaient conscients l’un et l’autre et cela n’appelait pas de discussion et encore moins d’explication.
 
C’est là qu’ils élaborèrent en parfaite symbiose la suite de leurs existences qui allaient bientôt n’être plus qu’une.
Virginie allait prendre le prochain train pour Paris pour y régler sa vie :
 
-          Quitter son amant
-          Démissionner de son emploi de Directrice Marketing dans une entreprise d’agroalimentaire
-          Vendre tous ses meubles, ses vêtements, etc…
-          Revenir à Toulouse au volant de sa voiture pour retrouver Chris
 
Ils décidèrent d’un commun accord qu’elle serait vêtue de la tenue qu’elle portait ce soir et qu’ils pourraient alors échanger leur « Premier Baiser » et avoir tout le temps pour se câliner.
Jusque là le seul contact qu’ils se permettraient serait celui de leurs mains.
 
L’heure venue il l’accompagna jusqu’au train, mais il ne monta pas avec elle dans le wagon, et c’est sur le quai presque désert à cette heure matinale de la journée qu’ils se donnèrent rendez-vous dans 15 jours chez lui.
 
Un coup de klaxon strident le ramena à la réalité : Virginie se garait sur le parking.
 
Il se précipita dans le couloir, descendit l’escalier quatre à quatre, bouscula la voisine du dessus qui entrait dans l’immeuble et se jeta dans les bras déjà grand ouvert de Virginie.
 
Et ce fut sous le regard assassin de sa voisine qu’ils échangèrent leur premier baiser, mais il était indéniable que celui-ci n’était que le début d’une longue, très longue période de douceur, d’amour, de bonheur et surtout de plaisir.

par Kildar publié dans : Ecrits
Mercredi 14 novembre 2007

09 - 03/10/2007 - Ecriture sur image (de Martine)
 
Il s'agit pour cet exercice de s'inspirer de (certains éléments de) la photo ci-dessous pour écrire un texte, nouvelle, poésie, théatre, à votre guise. N'hésitez pas à détourner complètement l'image si vous le souhaitez, pour autant que l'on sente son influence dans ou entre vos lignes.
Précision : il n'est pas demandé de respecter le contexte "politique" de la manifestation, mais bien de s'inspirer d'éléments de cet affiche pour construire un texte qui peut être ce que vous souhaitez qu'il soit

Sacha s’avança en silence sur l’esplanade où était installée la ménagerie du cirque « Samson Royalto » qui s’était arrêté le matin même dans ce petit village des Cévennes.
 
Du haut des huit ans le garçonnet contemplait ces roulottes de couleurs vives, qui a ses yeux d’enfant ressemblaient à la Huitième Merveille du Monde.
Il allait être en retard à l’école mais pour lui cela n’avait aucune espèce d’importance : il était arrivé au Paradis point final.
 
Ce matin alors qu’il prenait son petit déjeuner – un bol de Banania avec deux tartines de gros pain de campagne recouvertes d’une épaisse couche de beurre demi-sel, qu’il ne trempait pas dans son chocolat c’est trop beurk ! - il avait vu passer la caravane multicolore à travers la fenêtre de la cuisine.
Celle-ci était précédée d’une grosse voiture avec un énorme haut-parleur sur le toit, d’où jaillissait une voix tonitruante annonçant une représentation exceptionnelle et unique du célèbre cirque « Royalto », ce soir à 18h30 sur la place du village.
Sacha s’était empressé de finir de déjeuner pour aller s’habiller vite-vite.
Il avait enfilé son imper, attrapé son cartable d’une main, et ouvrant la porte de l’autre il sortit en courant de la maison, non sans avoir envoyé un baiser à sa mère par dessus son épaule, avant de refermer derrière lui.
 
Il savait que le chemin vers l’école passait à côté du champ de foire où s’installaient toujours les gitans et autres gens du voyage transitant dans la commune.
Tout en avançant d’un pas décidé il marchait le nez en l’air observant le papillon plein de belles couleurs qui voletait devant lui. Celui-ci s’arrêta et se mit a faire du sur-place comme s’il l’attendait.
Sacha pressa le pas mais alors qu’il allait le rejoindre, l’insecte reprit son vol et se dirigea droit vers la ménagerie.
L’enfant marqua un temps d’arrêt, sa mère lui avait interdit de s’approcher des roulottes où étaient enfermés les animaux en particulier et de celles des cirques en général.
Il pesa un instant le pour et le contre – ce qui dans sa tête de gamin de huit ans se traduisit entre une brève lutte entre l’envie et la raison : cette dernière fut vaincue en moins de 5 secondes – et il reprit son chemin derrière papillon.
Au fur et à mesure qu’il avançait les odeurs se faisaient plus fortes, presque trop agressives pour un odorat aussi juvénile, mais elles avaient le parfum magique du cirque et de l’inconnu, choses fascinantes pour un enfant de son âge.
Il s’enfonça encore à l’intérieur de ce paradis fantastique qui faisait battre son petit cœur de bonheur. Il ne savait plus où donner du regard, quel que soit l’endroit où se portaient ses yeux il y avait quelque chose de merveilleux à découvrir, ici il y avait des lamas broutant l’herbe du pré, là c’était des poneys bicolores qui le regardaient en secouant leur crinière, plus loin il aperçut un chameau, ou plutôt un dromadaire rectifia-t-il immédiatement : il n’avait qu’une bosse.
Et soudain, ô plaisir sublime, il vit le papillon se poser sur le barreau d’une cage dans laquelle somnolait un tigre majestueux, bien plus beau que ceux qu’il avait vus dans les documentaires ou les reportages à la télévision.
Le seul mot qui lui vint à l’esprit fut : C’est « magnigique », contraction de magnifique et magique qui exprimait totalement l’émotion ressentie.
Il s’approcha encore, fasciné, comme hypnotisé par l’animal qui pourtant avait les yeux fermés.
Son pas se fit plus léger, il volait presque au-dessus du sol herbeux et poussiéreux du champ de foire.
Sacha était arrivé à quinze centimètre du fauve quand celui-ci ouvrit un œil et, l’attrapant d’un coup de patte, l’amena dans sa cage à travers les barreaux. L’enfant n’eut pas le temps de hurler : le tigre lui ouvrit la gorge avant même qu’il ne soit passé complètement derrière les barreaux.
Avant de commencer à manger l’animal leva la tête vers le papillon qui n’avait pas bougé de sa place et ferma son œil gauche une fraction de seconde : comme une sorte de clin d’œil pour le remercier de lui avoir apporter à déjeuner.

L’insecte remua brièvement ses ailes comme s’il lui répondait « de rien » et s’envola dans le ciel bleu et ensoleillé : la vie reprenait son cours.

par Kildar publié dans : Ecrits
Vendredi 2 novembre 2007
Depuis 2 mois nous voilà replongés dans la tourmente, le maelström qui déferle dans nos cœurs, dans nos têtes, dans nos vies.
 
Période faite de cris et de larmes, de chagrins et de douleurs. Nous nous sommes déchirés amenant notre couple au bord du gouffre. La rupture/séparation flotte autour de nous. Tu as rencontré l'amour auprès d'un autre, un amour intense et partagé qui s'est installé à la place libérée par l'usure du temps. Le temps est assassin, cette petite phrase tourne parfois en boucle dans ma tête. Je navigue sur des flots dévastateurs. A chaque fois que je crois pouvoir sortir la tête hors de l'eau, une nouvelle vague vient m'engloutir et m'entrainer au fond.
 
Besoin de respirer. Incapacité à admettre que nous sommes capables de détruire ce et ceux que nous avons construits.
 
Comment en sommes-nous arrivés là ? La réponse est l'habitude, la routine, la vie en marge de nous. Je m'en suis voulu, et m'en veux encore de ne pas avoir « vu » arriver le désastre. Toujours cette auto-flagellation mentale qui me fait murmurer en silence dans ma tête « Je suis coupable… », qui me fait me sentir responsable de ce qui nous arrive. Le côté, tu n'as eu que ce que tu méritais.
 
Heureusement pour nous : Vous regarder les enfants et toi m'empêche de disparaître, de vous laisser seuls avec mon souvenir.
 
Heureusement aussi que nous avons cette capacité à parler, à explorer en profondeur les méandres tortueux des situations, des sensations, des sentiments. Nous savons parler même si cela nous coute et nous peine. Nous y puisons la force et la volonté de construire et d'avancer. Mais parfois le découragement nous envahit sans que nous n'y puissions rien.
 
Et c'est à nouveau la plongée dans les abysses…
 
Nous sommes si complexes, cette propension que nous avons à nous mettre dans des situations inextricables où nous nous déchirons pour parfois mieux nous reconstruire nous dévaste inévitablement.
 
Je ne peux me résoudre à nous perdre, je crois en la force qui est en nous, même si parfois elle semble si faible. Je refuse de baisser les bras. Je suis certain que nous sommes capables de construire cette nouvelle vie que nous avons imaginée. Bien sûr qu'il y a un risque que cela ne fonctionne pas comme nous le pensions, qu'en réalité nous nous apercevions que ce n'était pas ce que nous croyions et qu'alors il ne nous reste plus que la pire extrémité nommée rupture/séparation. Oui, c'est vrai, mais au moins aurons-nous essayé !
 
Nous avons émis des idées, il nous faut maintenant les concrétiser, les passer dans le domaine de la réalité, et pour ce faire établir rapidement un schéma de mise en œuvre.
Construisons ensemble ces nouveaux espaces de vie. Pour ce faire, il va nous falloir de l'argent, du courage et surtout de la ténacité.
L'argent, nous le trouverons, il suffit de réfléchir aux possibilités de le trouver et à quelle échéance.
 
Le courage, puisons-le en nous et dans l'envie d'atteindre l'objectif fixé.
La ténacité, nous l'avons toi et moi, c'est une de nos composantes principales.
Alors dis-moi que tu es prête à tenter l'aventure, qu'il n'est pas trop tard.
 
Soyons forts, soyons fous, soyons nous…
par Kildar publié dans : Ecrits
Mercredi 31 octobre 2007

Non ce texte n'est pas un exercice lié à la Communauté mais un "ancien écrit" que je remonte à la surface pour vous faire patienter...

 

Adeline marchait le nez dans le ciel, émerveillée par le ballet des nuages poussés par le vent : un patchwork de formes changeantes comme un kaléidoscope sans fin. Ce spectacle rendait à la jeune femme son âme d’enfant, ses longs cheveux roux flottaient autour de son visage tels des fils de cuivre ensorcelés, ses yeux grands ouverts absorbant les images sans jamais en être rassasiés. Elle avançait si lentement qu’il fallait vraiment l’observer avec attention pour ne pas la confondre avec les statues qui décoraient le parc de ce château appartenant à sa famille depuis plus de deux siècles, depuis la tristement célèbre « Terreur » de 1793.
Robespierre avait offert ce manoir à son ancêtre Donatien en remerciements de services rendus et pour son dévouement à la République. En réalité son aïeul avait sauvé la vie du tribun lors d’une soirée chaude dans un bouge des bas quartiers parisiens, Maximilien s’était laissé emporté par la fougue verbale qui lui était coutumière lorsqu’il s’agissait de vilipender la débauche et la luxure et il n’avait dû son salut qu’à la présence d’esprit de Donatien, celui-ci l’avait promptement attrapé par le bras l’entraînant à l’extérieur, et au passage providentiel d’un fiacre devant la taverne au moment où ils s’enfuyaient.
Adeline s’allongea sur banc de pierre, s’abandonnant complètement à la contemplation des nuages en perpétuelle mutation. Elle se réfugiait dans ce spectacle afin d’oublier la douleur et la tristesse qui avait envahi son être à son réveil : sur le plateau du petit déjeuner que lui apportait la domestique elle avait trouvé une lettre de Julien son fiancé, celui-ci lui annonçait froidement qu’il avait réfléchi et qu’il ne voulait plus se marier, et cela à moins de dix jours de la date de la cérémonie.
Elle avait lu et relu la missive plusieurs fois avant de la déchirer et de jeter les morceaux par la fenêtre, les larmes coulaient lentement sur son visage tandis qu’elle regardait les fragments de papier s’envoler dans la brise matinale comme les éclats de son cœur en lambeaux.
Secouant la tête pour chasser les dernières volutes du voile noir qui recouvrait son esprit depuis la lecture de ce funeste courrier , Adeline avait revêtu une robe en lin de couleur écru sur sa peau nue et s’était enfuie dans le jardin.
C’est le même geste qu’elle refit sur le banc afin de se recentrer sur la chorégraphie nuageuse qui ne cessait de l’émerveiller.
Les formes se succédaient à la vitesse de ce vent d’altitude qui les assemblait, les modelait et les effaçait sans cesse. Un cœur, un bouquet de fleurs, un visage de fée souriante, celui d’un homme portant un haut de forme, des mains s’unissant puis s’éloignant pour se transformer en cobra dressé prêt à mordre, un crucifix tournant sur lui-même pour se stabiliser à l’envers avant s’évanouir pour laisser place à un champignon atomique, un cèpe gigantesque, une fausse oronge, une amanite phalloïde, un sexe dressé fier et droit comme une figure de proue. Cette image la fit frissonner, une vague de chaleur envahit son ventre, le nuage sembla se figer pour qu’elle profite tout à loisir, sa main se glissa sous sa robe et vint se nicher juste à l’entrée d’un antre doux et chaud qui n’avait jamais été visité par quoi que soit d’autre que ces doigts élancés et fins qui se mirent en mouvement avec lenteur et précision. Adeline ouvrit les yeux plus grands encore pour absorber cette icône licencieuse au fond de son être, son souffle s’accéléra, les battements de son cœur suivirent le mouvement, ses hanches se tendirent vers le ciel, les gémissements franchirent ses lèvres s’entrouvrant avec langueur et lorsque le plaisir à son apogée l’emporta plus loin qu’elle ne l’aurait cru, c’est son dernier soupir s’exhalant dans la brise qui sembla dissoudre le nuage.
Elle était toujours allongée sur le banc, la main sous sa robe lorsque le majordome la découvrit une heure plus tard. Adeline souffrait depuis la naissance d’une malformation cardiaque et ses parents, riches bourgeois de la région poitevine, l’avaient toujours protégée de tout effort qui aurait pu lui être fatal. Le destin en avait décidé autrement et c’était sûrement mieux ainsi.

- Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J’aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages.

Ch.Baudelaire - Petits poèmes en prose

 
par Kildar publié dans : Ecrits
Mardi 23 octobre 2007
« Choisis ton destin ».Ces mots qu’il venait de prononcer sonnaient le glas de leur amour, Gwendoline ne pouvait à présent plus reculer.
 
Elle regarda Rya-Khin, les yeux gonflés par les larmes, glissa une main dans l’échancrure de sa chemise. Elle aimait caresser sa peau, parcourir du bout des doigts ce torse dont l’infinie douceur la surprenait encore.
 
Sans le quitter des yeux, elle se serra contre lui en murmurant : «Embrasse-moi ».
Il  approcha son visage du sien, elle lui tendit ses lèvres pour un long baiser, le dernier, l’ultime.
Il sursauta légèrement lorsqu’il sentit le poignard sous sa chemise, le contact du métal froid le fit frissonner. Le moment était arrivé, elle avait choisi son destin.
Un vent glacé se leva, le ciel s’assombrit libérant des millions de flocons, qui tout en tourbillonnant vinrent se poser sur ces deux êtres enlacés, les recouvrant peu à peu d’un fin manteau de neige d’une blancheur immaculée. Etrange, il ne neigeait pas à cette période de l’année.
Mère Nature a ses mystères…
 
Rya-Khin ouvrit brusquement les yeux, un goût de sang dans la bouche. Un fin filet rouge apparut sur la neige. Gwendoline ne bougeait plus, telle une marionnette, son corps glissa sur le sol.
Pour la deuxième fois, elle lui avait fait don de sa vie.
 
Fou de douleur, il se mit à hurler. Ses cris étaient terrifiants, à vous glacer le sang.
Quelques oiseaux effrayés s’envolèrent laissant place au silence. Il regardait sa féerique maîtresse, lui caressant le visage, puis plus rien, le noir total
Il s’écroula, une pierre venait de heurter violemment son crâne.
 
Les archers de la reine accompagnés par quelques elfes surgirent des buissons. Cachés, ils avaient assisté silencieusement à la scène attendant l’instant propice pour intervenir.
Pas un minute à perdre, le vampire ne resterait pas longtemps inconscient. Ils enveloppèrent le corps de Gwendoline dans une couverture et partirent à la hâte, s’enfonçant dans la forêt où ils avaient laissés leurs chevaux.
 
Ils rejoignirent leur reine qui les attendait aux portes de la ville.
Le Conseil avait décidé d’éloigner Gwendoline, évitant ainsi d’attirer le vampire dans les parages.
Le petit groupe rejoint par la reine continua sa route en direction des collines.
Quelques paysans, amis des Fées avec lesquelles ils faisaient du commerce, vivaient dans un hameau à quelques kilomètres de là.
La reine depuis quelques années y possédait une chaumière, située à l’écart des regards, dans une clairière où coulait une paisible rivière.
Elle s’y réfugiait quand elle voulait échapper à la vie parfois trop mouvementée de son royaume.
 
La porte de la maison s’ouvrit et sur son seuil apparut une petite femme toute de blanc vêtue.
Elle fit signe à la reine, tout était prêt.
Les archers déposèrent Gwendoline sur le lit qui avait été placé dans une pièce du bas à l’arrière de la maison pour des raisons évidentes de facilité.
Aussitôt ils quittèrent les lieux, laissant les femmes à leur tâche.
 
Gwendoline respirait encore, faiblement certes mais elle était vivante. Elle avait perdu beaucoup de sang, son pouls était à peine perceptible.
Isadora, sage-femme et amie de toujours des Fées, avait mis au monde bon nombre d’entre elles dont les princesses.
Un soir, alors qu’elle s’apprêtait à se coucher, quelqu’un frappa à la porte.
Le messager personnel de la reine venait lui remettre une missive urgente, ordre lui avait été donné d’en attendre la réponse.
Elle lut les premières lignes et sans hésitation répondit par l’affirmative à la demande qui lui était faite.
 
L’état de Gwen la laissait quelque peu perplexe, tout en promettant de faire le maximum pour sa fille, elle ne cacha pas à la reine des Fées que les chances de sauver la mère et l’enfant étaient minimes.
Tout avait été organisé dans les moindres détails, la sage-femme conseilla à la reine de rentrer au château se reposer, qu’elle enverrait un des paysans la prévenir quand tout serait terminé.
 
Un long sanglot la secoua, voir sa petite Gwen allongée, sur ce lit, plus morte que vive lui brisait le cœur.
Pas le temps de pleurer se dit-elle, il est temps à présent de m’occuper d’elle.
 
Au beau milieu de la nuit, l’enfant poussa ses premiers cris.
Isadora était épuisée mais si heureuse de les avoir sauvés. Elle prépara l’enfant, la mit dans un panier en osier qu’elle déposa ensuite près de la porte.
 
La reine qu’un paysan était allé avertir n’allait pas tarder à arriver.
Pour le bien de la petite communauté, le Conseil des Anciens à l’unanimité avait décidé que si Gwendoline pouvait demeurer parmi les siens, l’enfant, elle serait confiée aux elfes.
Pour tout le monde, elle était morte à sa naissance.
 
A son réveil, trois jours plus tard, Isadora eut la lourde tâche d’annoncer la nouvelle à la princesse. Celle-ci fondit en larmes, abattue par la nouvelle.
 
Durant les mois qui suivirent Gwen peu à peu reprit des forces mais elle n’était plus la même.
Elle errait dans les couloirs du château, refusant de voir quiconque, c’est à peine si elle parlait.
La perte de cette enfant la plongeait dans une profonde tristesse, d’autant plus qu’elle n’avait aucune idée de ce que Rya-Khin était devenu.
 
Elle avait bien tenté de faire parler les archers mais en vain.
Plusieurs fois déjà, à la nuit tombée, elle s’était rendue à l’endroit où elle l’avait vu pour la dernière fois, espérant que peut-être il viendrait.
Rien ni personne, aucune trace de lui.
 
Les mois passèrent sans qu’elle ne puisse se consoler. Elle n’avait plus le goût à rien.
A quoi bon continuer à porter ce fardeau trop lourd pour ses frêles épaules ?
Cette nuit-là Gwendoline quitta le château, elle grelottait tant le vent était froid, un dernier soubresaut de l’hiver sans doute pensa-t’elle.
 
Elle traversa la forêt, sans y rencontrer âme qui vive. Tant mieux se dit-elle, personne ne saura que je suis ici.
Elle était presque arrivée qu’il se mit à neiger, comme il y a un an au même moment.
Caprices de Dame Nature, étrange coïncidence, quelques minutes suffirent pour que le sol soit recouvert par la neige.
Le silence se fit encore plus lourd, Gwendoline s’assit et sortit de sa poche, un petit flacon qu’elle avait subtilisé chez Isadora, l’ouvrit et en but le contenu, tout en s’allongeant sur le sol. La neige continuait de tomber, la  recouvrant lentement,
Elle sentit les premiers effets du poison lorsqu’elle entendit des banches craquer derrière elle.
A peine eut-elle le temps de tourner la tête qu’il était là, debout devant elle.
Elle n’en croyait pas ses yeux, il était revenu.
Rya-Khin se mit à genoux et prit la main de Gwen, qu’elle essaya mais en vain de dissimuler.
Le petit flacon s’en échappa et roula sur le sol.
« Pardonne-moi » murmura-t-elle.
A ces mots il se pencha vers elle, déposant un baiser sur son front.
Tout en la serrant dans ses bras, il dégagea délicatement sa nuque. Gwendoline s’en rendit compte mais elle ne put rien faire, le poison la paralysait quasi complètement.
« Je ne veux pas te perdre une seconde fois » lui dit-il, ce furent les derniers mots qu’elle entendit avant de sentir ses dents pénétrer dans la peau de son cou.
Puis il s’allongea et se blottit contre elle.
 
Au lever du jour, on découvrit leurs corps que la neige d’un blanc linceul avait recouverts.
 
Depuis, chaque année à pareille époque, il neige cette nuit là.
 
On racontait que les deux amants hantaient la forêt et les alentours essayant de retrouver l’enfant qu’ils savaient vivante, certains prétendaient mêmes les avoir vus.
 
Nul ne savait si c’était la vérité, pourtant d’un village à l’autre, l’histoire se racontait.
 
La Légende des Enfants de la Nuit venait de naître.


Ainsi s'achève "Les Odes de la Crypte".
Qui sait.... Peut-être un jour aurons-nous des nouvelles de Gwendoline et Rya-Khin....
Ils n'ont pas fini de nous hanter comme ils hantent la forêt qui les a vus s'unir à jamais....
par Cheeky Diablesse publié dans : Ecrits
 

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