Ou les mésaventures d’un adolescent au début des années 1970
Ou bien encore, Kildar assure sur sa monture.
Comme à l’accoutumée j’étais en retard pour partir travailler, comme je disais à l’époque : j’étais charrette.
A peine coiffé, mais vu la finesse de mes cheveux ce côté chevelure blonde en bataille n’était pas sans me donner un air « Professeur Nimbus quand il était à la fac », mais cela m’allait plutôt bien. Quand bien-même il en aurait été autrement j’aurais tout de même éviter la brosse ou le peigne de la même manière !
Dernier check-up avant de refermer la porte derrière moi :
- Sac à dos ? OK
- Portefeuille ? OK
- Argent dans le portefeuille ? OK
- Papiers d’identité ? OK
- Papiers de la mob ? OK
- Blouson ? OK
- Casque ? OK
- Gants ? Dans le casque
… J’arrêtais là un regard vers la pendule murale de la cuisine m’informa qu’il me restait exactement 15 minutes pour descendre les 4 étages, récupérer ma bécane au garage du sous-sol et arriver à mon bureau situé à presque 10 km.
Apparemment tout était en ordre et tant pis si j’avais pas de kleenex, je m’en ferai prêter par l’une de ces charmantes femmes mures qui travaillaient avec moi..
De l’avantage de la jeunesse dans un milieu totalement féminin quand on est un jeune homme d’à peine 17 ans.
Je claquais la porte et descendais, ou plutôt survolais, les marches quatre à quatre.
Sans reprendre souffle, j’ouvrais la porte du garage, ouvrais l’ »antivol de ma mobylette, attachais celui-ci autour de la selle et je poussais l’engin dehors.
Le sac sur le dos, le casque intégral sur la tête, j’enfilais mes gants et commençais à rouler en pédalant pour démarrer la mob’.
Aie !!!! P… le c… j’étais en savates, oui j’avais oublié d’enfiler mes baskets et j’étais sorti de chez moi en mules !
Of course la porte de l’appartement n’avait pas de poignée pour l’ouvrir et se fermait en se claquant. Comme nous n’avions pas assez de clé ma mère en avait une, mon père une autre et moi aucune vu que je rentrai soit avant mon père, soit le dernier. Quoi qu’il en soit partant après tout le monde je n’avais pas besoin de clé.
Bon je n’allais pas escalader la façade jusqu’au 4ème – surtout en savates – il ne me restait plus qu’à aller bosser, je n’en mourrais pas, et puis il n’était pas certain qu’elles s’en aperçoivent au bureau, c’est ça je regarde rarement les pieds des gens moi.
Alors en avant mon gars, fonce rejoindre ton lieu de travail avant d’avoir droit en plus à des réflexions à propos de pannes d’oreillers plus qu’habituelles surtout un lundi matin.
Je démarrais la « bête » et roule ma poule, je n’allais pas tarder à me rendre compte que je m’étais juste trompé d’une lettre, ce n’était pas un P mais un B, je fonçais dans les rues heureusement calmes de ma ville de banlieue.
Au premier feu rouge où je m’arrêtais cela mit moins de 10 secondes à se produire, dans la voiture à côté de moi la passagère – brune, des yeux verts d’eau, tout juste 18 ans – tourna la tête vers moi et fit descendre son regard de mon intégral rutilant à mes claquettes à carreaux beiges et marron, le summum du chic convenez-en.
Il lui fallut à elle aussi moins de 10 secondes pour éclater de rire et avertir son copain au volant qui se pencha sur elle pour admirer mon look.
Evidemment ce feu parut rester rouge des heures, lorsqu’il passa au vert j’accélérais à fond mais une Motobécane Orange 49,9 cm3 n’a pas la pêche d’un 370 Husqvarna, et mes voisins purent profiter ainsi de mes superbes mules. D’autant que, loi de Murphy aidant, je les retrouvais à chaque feu - rouge bien sûr – jusqu’à l’embranchement qui conduisait à mon bureau soit pendant 8 bon km sur les 10.
Ouf, personne dans le garage réservé aux deux roues, je garais ma bécane au fond du local et m’empressais d’attacher l’antivol avant de me précipiter aussi vite que me le permettaient mes savates à mon bureau.
L’accueil que mes collègues me réservèrent fut à la hauteur de mes « désespérances », je n’avais pas franchi la porte depuis 1 minute qu’elle s’empressèrent de me conseiller de venir le lendemain avec ma pipe et mon journal, qu’elles me trouveraient bien un bon fauteuil et un plaid bien chaud pour que je sois « bien dans mes pantoufles », et que si je voulais gagner un peu de temps afin de ne pas arriver en retard comme ce matin, que je garde mon pyjama en flanelle sur moi et que j’enfile juste par dessus un pantalon de jogging pas trop serré et un sweat bien large.
Je crois que ce fut l’une des plus longues journées de ma vie, du moins à l’époque, car il ne se passait pas un quart d’heure sans que l’une d’entre elles me propose un coussin ou pouffe de rire en me regardant.
Croyez-moi le soir même, à peine rentré chez moi, je vous passe le chemin dur retour ce fut le même qu’à l’aller, j’enfilais une paire de baskets et fonçais chez « Clés Services » pour faire un double de la clé que je payais sur mes propres deniers et avec plaisir en plus.
Il m’est arrivé des tas d’autres mésaventures depuis, mais aucune ne reste aussi vivace dans ma mémoire.
Merci Déa de m’y avoir fait repenser.