Sa main semblait s'être égarée dans la chevelure presque blanche de cet homme sans âge.
Elle était hésitante, parfois tendre et douce, traçant un circuit elliptique dans les boucles rebelles, soudain presque mécanique comme la caresse qu'on prodigue à son chien.
En fait les mouvements de sa main suivaient les errances de ses pensées.
Elle était arrivée la veille en fin d'après-midi dans cette étrange demeure entourée d'un fossé qui n'était pas sans rappeler les douves féodales du chateau d'un noble provincial.
Et ce n'était pas l'apparence du propriétaire des lieux - il lui fit immédiatement penser à un mage elfe des bois qui était le personnage favori de son jeune frère amateur de "Donjons & Dragons" lorsqu'il vint lui ouvrir la porte - qui pouvait modifier cette impression.
L'expression arrogante et suffisante qu’arborait son visage quand il la détailla de la tête aux pieds avant de lui faire signe d’entrer confirmait ce qu’elle avait ressentit au téléphone lorsqu’elle avait pris rendez-vous : elle avait en face d’elle une personne tellement imbue d’elle-même que c’en était presque risible. Presque…oui mais seulement « presque ». Il se dégageait de lui une telle sensation de violence qu’elle ne pouvait l’ignorer. Le rire si rire il y avait eu aurait été plutôt jaune…
Elle continuait à se demander inlassablement comment quelqu’un comme elle, après tout ce qu’elle avait vécu et enduré pour se hisser à la place où elle était, pouvait se retrouver assise sur les genoux d’un vieillard arrogant, en train d’agiter un fanion jauni comme si c’était un éventail tout en lui caressant les cheveux.
Mais en y réfléchissant bien elle devait bien admettre qu’elle s’en foutait royalement.
Elle était pas si mal là où elle était, et qu’importe ce qu’aurait pu en penser sa mère : elle ne remettrait jamais les pieds chez ses parents.
Les mots donnés par Faux Rêveur étaient : Caresse - Fanion - Age - Circuit - Veille - Imbue - Fossé - Mage - Violence - Ignorer.