L’initiation était derrière nous et j’avais survécu à la première élimination ; au choc de cette expérience succéda une période d’accablement à laquelle aucun d’entre nous n’échappa.
J’essayais de me reposer un moment comme le reste de mes « camarades », nous savions pertinemment qu’il nous fallait continuer à progresser si nous ne voulions pas mourir sur le bord du chemin comme tant d’autres déjà.
Rien ne nous avait préparé à cette terrible épreuve. Pourtant dans nos gênes se trouvait l’information, la connaissance innée de ce que nous devions faire.
Nous étions partis nombreux et soudés dans la même direction, avec tous autant que nous étions le même but : Etre le premier !
Pourtant il n’y avait aucun esprit de compétition entre nous, nous voulions tous arriver le premier et surtout pénétrer le premier dans la citadelle vers laquelle nous nous dirigions instinctivement.
Je regardais périr une nouvelle vague de mes compagnons de route, dévorer par la Camarde alors qu’ils avançaient courageusement et sans frémir ni reculer.
Je ne ralentissais pas ma course pour autant, le nombre de mes camarades avait rétréci comme neige au soleil – bien que je ne savais pas ce que signifiait cette expression – nous n’étions plus qu’une poignée de quelques dizaines de milliers à être toujours dans la course.
Il ne fallait pas faiblir, le but n’avait jamais été aussi près. J’accélérais le mouvement et aperçus enfin le Graal au détour d’un virage : il était là, il semblait n’attendre que moi.
Je dépassais mes derniers compagnons et prenait d’assaut cette forteresse inexpugnable qui était l’unique but de mon existence.
Juste avant la fusion entre l'ovule et moi celui-ci prit le visage de Daphné et se mit à gémir :
« Ouiiiiiii…. Viens…. Maintenant…. Ouiiiii…. »
J’ouvris les yeux : ce n'était qu'un rêve !
Mais pas totalement, Daphné - mon amie, mon amante - me chevauchait avec ardeur.
Comme à son habitude elle avait dû être réveillée par un rêve érotique un peu trop réaliste et n’avait pas pu ni attendre le matin, ni se rendormir pour calmer le feu qu'il avait allumé dans son ventre.
Me voyant les yeux ouverts elle sourit et accéléra la cadence tout en me demandant de la rejoindre. Mais j’étais trop fatigué et malgré tous ses efforts mes yeux se refermaient.
J’aurais voulu me raccrocher à ses paroles, mais elles étaient trop glissantes et je retombais dans des cauchemars ordinaires.