« Mike on ne peut rien te dire sans que tu partes en vrille, tu as la sensibilité à fleur de peau, tu es limite parano. Tu vis sur les nerfs : il faut que tu dormes. Regarde-toi, tu as les mains qui tremblent. Il faut que tu dormes la nuit et pas seulement de trois heures à cinq heures du matin. Tu as l’air d’être perpétuellement dans le brouillard et les deux heures de sieste que tu fais l’après-midi – je devrais plutôt dire où tu t’écroules – ne sont pas suffisantes pour te remettre d’aplomb. Crois moi il va falloir que tu te reprennes et que tu t’obliges à récupérer un rythme de sommeil normal. Force toi à te coucher à minuit au plus tard et tache de dormir un minimum de sept heures par nuit. T’es sur la pente savonneuse qui mène droit à la dépression. »
Mike lança à Kevin un regard chargé de colère, serrant les mâchoires il se contenait avec difficultés, il n’avait qu’une envie : celle de lui mettre son poing dans la figure et de le jeter dehors.
Le temps où ils échangeaient des caresses à la lueur d’une bougie confortablement installés sur l’épais tapis de laine qui recouvrait presque totalement le plancher de son salon lui semblait loin maintenant.
Il n’avait pas oublié cette soirée d’été où Kevin l’avait initié aux plaisirs « gay ».
Ils s’étaient rencontrés à l’Exposition photos organisée par le Comité d’Etablissement de l’entreprise où ils travaillaient tous les deux.
Mike était en admiration devant la photo d’un coucher de soleil sur la Mer Egée, émerveillé par l’abondance de nuances et l’explosion des couleurs qui semblaient sortir de l’image, quand une main se posa délicatement sur son épaule et qu’une voix mélodieuse et suave lui murmura à l’oreille :
« Elle vous plait ? »
Il se retourna et découvrit que la voix appartenait à un jeune homme qui paraissait tout juste sorti de l’adolescence et arborait un sourire lumineux.
« Bonsoir je m’appelle Kevin, je suis « l’auteur » de cette photo. »
Mike resta silencieux un court instant avant de présenter à son tour.
Il ne savait pas ce qui l’émerveillait le plus : Le coucher de soleil où les yeux myosotis encadrés par une chevelure blonde aux reflets de miel.
Ils avaient continué à parler tout en visitant l’expo, découvrant peu à peu qu’ils avaient les mêmes goûts en termes de photos et nombre de points communs. Le plus « drôle » étant que ni l’un ni l’autre ne semblait surpris. Et quand Kevin proposa à Mike de venir chez lui boire un « dernier verre » celui-ci accepta sans hésiter un seul instant, il se sentait bien, mieux même qu’il ne s’était senti depuis des mois, et peut-être même des années pensa-t-il en souriant intérieurement.
Les murs du studio de Kevin étaient recouverts de photos, rien que des paysages marins. Le photographe avait réussi à capter des centaines de nuances dans les teintes pour chacune d’elles.
Mike fit lentement le tour de la pièce s’émerveillant à chaque fois de la qualité du travail artistique, mais la photo qui le séduit au delà de tout, représentait une paire d’escarpins violet posée sur un coussin vert pâle, rien d’autre que ces souliers, mais ils semblaient réels, comme si au lieu d’être un simple cadre il s’agissait d’un coffre accroché au mur dans lequel ils auraient été posés.
Il se tourna vers Kevin qui était venu le rejoindre et le regarda d’un air interrogateur.
« Ces chaussures appartenaient à ma mère, elles lui avaient été offertes par son père pour son premier et unique bal. Elle y a rencontré celui qui allait devenir son mari et mon père.
J’ai pris cette photo le jour où elle me les a données, je les ai rangées dans leur boite et mit celle-ci en haut de mon armoire. Si tu es sage je te les montrerai. »
Puis Kevin le prit par la main et l’emmena s’asseoir avec lui sur le canapé.
Mike avait une musique dans la tête depuis qu’il était entré dans le studio, par moment elle paraissait plus forte, puis le son baissait comme si quelqu’un dans sa tête avait baissé le volume. Mais étrangement il n’arrivait pas à l’identifier. Cependant quand Kevin se pencha sur le côté droit du sofa et mit la chaine stéréo en marche, il ne s’étonna pas d’entendre cette musique sortir des hauts-parleurs, et moins encore d’avoir soudain envie de l’embrasser.
Quand Kevin approcha ses lèvres des siennes il se serra contre lui et ferma les yeux.
Chassant ses souvenirs d’un léger mouvement de la tête, Mike regarda à nouveau Kevin et dit :
« T’as raison il est déjà tard et je suis fatigué : Allons nous coucher. »
Les mots sont ceux proposés par Wassy sur le Blog de Faux Rêveur, à savoir :
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