09 - 03/10/2007 - Ecriture sur image (de Martine)
Il s'agit pour cet exercice de s'inspirer de (certains éléments de) la photo ci-dessous pour écrire un texte, nouvelle, poésie, théatre, à votre guise. N'hésitez pas à détourner complètement l'image si vous le souhaitez, pour autant que l'on sente son influence dans ou entre vos lignes.
Précision : il n'est pas demandé de respecter le contexte "politique" de la manifestation, mais bien de s'inspirer d'éléments de cet affiche pour construire un texte qui peut être ce que vous souhaitez qu'il soit
Sacha s’avança en silence sur l’esplanade où était installée la ménagerie du cirque « Samson Royalto » qui s’était arrêté le matin même dans ce petit village des Cévennes.
Du haut des huit ans le garçonnet contemplait ces roulottes de couleurs vives, qui a ses yeux d’enfant ressemblaient à la Huitième Merveille du Monde.
Il allait être en retard à l’école mais pour lui cela n’avait aucune espèce d’importance : il était arrivé au Paradis point final.
Ce matin alors qu’il prenait son petit déjeuner – un bol de Banania avec deux tartines de gros pain de campagne recouvertes d’une épaisse couche de beurre demi-sel, qu’il ne trempait pas dans son chocolat c’est trop beurk ! - il avait vu passer la caravane multicolore à travers la fenêtre de la cuisine.
Celle-ci était précédée d’une grosse voiture avec un énorme haut-parleur sur le toit, d’où jaillissait une voix tonitruante annonçant une représentation exceptionnelle et unique du célèbre cirque « Royalto », ce soir à 18h30 sur la place du village.
Sacha s’était empressé de finir de déjeuner pour aller s’habiller vite-vite.
Il avait enfilé son imper, attrapé son cartable d’une main, et ouvrant la porte de l’autre il sortit en courant de la maison, non sans avoir envoyé un baiser à sa mère par dessus son épaule, avant de refermer derrière lui.
Il savait que le chemin vers l’école passait à côté du champ de foire où s’installaient toujours les gitans et autres gens du voyage transitant dans la commune.
Tout en avançant d’un pas décidé il marchait le nez en l’air observant le papillon plein de belles couleurs qui voletait devant lui. Celui-ci s’arrêta et se mit a faire du sur-place comme s’il l’attendait.
Sacha pressa le pas mais alors qu’il allait le rejoindre, l’insecte reprit son vol et se dirigea droit vers la ménagerie.
L’enfant marqua un temps d’arrêt, sa mère lui avait interdit de s’approcher des roulottes où étaient enfermés les animaux en particulier et de celles des cirques en général.
Il pesa un instant le pour et le contre – ce qui dans sa tête de gamin de huit ans se traduisit entre une brève lutte entre l’envie et la raison : cette dernière fut vaincue en moins de 5 secondes – et il reprit son chemin derrière papillon.
Au fur et à mesure qu’il avançait les odeurs se faisaient plus fortes, presque trop agressives pour un odorat aussi juvénile, mais elles avaient le parfum magique du cirque et de l’inconnu, choses fascinantes pour un enfant de son âge.
Il s’enfonça encore à l’intérieur de ce paradis fantastique qui faisait battre son petit cœur de bonheur. Il ne savait plus où donner du regard, quel que soit l’endroit où se portaient ses yeux il y avait quelque chose de merveilleux à découvrir, ici il y avait des lamas broutant l’herbe du pré, là c’était des poneys bicolores qui le regardaient en secouant leur crinière, plus loin il aperçut un chameau, ou plutôt un dromadaire rectifia-t-il immédiatement : il n’avait qu’une bosse.
Et soudain, ô plaisir sublime, il vit le papillon se poser sur le barreau d’une cage dans laquelle somnolait un tigre majestueux, bien plus beau que ceux qu’il avait vus dans les documentaires ou les reportages à la télévision.
Le seul mot qui lui vint à l’esprit fut : C’est « magnigique », contraction de magnifique et magique qui exprimait totalement l’émotion ressentie.
Il s’approcha encore, fasciné, comme hypnotisé par l’animal qui pourtant avait les yeux fermés.
Son pas se fit plus léger, il volait presque au-dessus du sol herbeux et poussiéreux du champ de foire.
Sacha était arrivé à quinze centimètre du fauve quand celui-ci ouvrit un œil et, l’attrapant d’un coup de patte, l’amena dans sa cage à travers les barreaux. L’enfant n’eut pas le temps de hurler : le tigre lui ouvrit la gorge avant même qu’il ne soit passé complètement derrière les barreaux.
Avant de commencer à manger l’animal leva la tête vers le papillon qui n’avait pas bougé de sa place et ferma son œil gauche une fraction de seconde : comme une sorte de clin d’œil pour le remercier de lui avoir apporter à déjeuner.
L’insecte remua brièvement ses ailes comme s’il lui répondait « de rien » et s’envola dans le ciel bleu et ensoleillé : la vie reprenait son cours.