Mes écrits, mes "dessins", mes coups de coeur, mes humeurs,... Bref ce qui transparait de moi à travers mes "créations"
Dans son appartement du 6ème étage sous les toits Sophie s’apprêtait à aller retrouver ses copines du club de broderie. Elle jeta un œil à la pendule comtoise qui occupait beaucoup trop de place dans son minuscule studio mais elle y était particulièrement attachée, sa grand-mère lui en avait fait cadeau une semaine avant de mourir. Elle s’était éteinte dans son sommeil : le cœur usé avait cessé de battre, il s’était arrêté comme une pendule que l’on aurait oublié de remonter.
20H30 : Il était temps de préparer ses affaires. Sophie prit le sac de cuir tanné et usé qu’elle avait acheté dans une brocante un mois auparavant, l’ouvrit et avec ordre et précision y rangea la panoplie de la parfaite brodeuse :
- une paire de ciseaux à broder dans sa châtelaine en argent,
- de nombreuses échevettes de fils de coton et de soie,
- un assortiment complet d’aiguilles en or et platine,
- des grilles de broderies en cours ou à commencer, voire même terminées pour les prêter à d’autres brodeuses,
- plusieurs ouvrages de différentes tailles et à différents stades d’avancement,
- une lampe « daylight » de voyage,
- un nuancier DMC avec tableau de correspondance ANCHOR,
- une chemise en carton rigide contenant une calculatrice pour les conversions de pouces en centimètres, des feuilles, blanches, un stylo à bille, un crayon à papier et une gomme,
- une tube de crème pour hydrater et assouplir les mains avant de travailler avec des fils de soie et éviter ainsi qu’ils s’effilochent,
- un ordinateur portable avec modem pour se connecter sur Internet et « tchatcher » avec les copines du monde entier et y échanger divers conseils de broderie mais aussi des recettes de cuisine,
- un thermos de thé à la bergamote,
- une boite en métal remplie de biscuits et gâteaux secs pour accompagner le thé.
Elle referma son sac avec précaution enfila sa veste en cuir et se dirigea vers la porte palière.
En passant devant le pouf où Drawn Thread son chat persan blanc somnolait elle lui gratta délicatement la tête, celui-ci ne daigna pas ouvrir les yeux, il avait toujours été le champion de l’indifférence feinte.
D’un dernier regard Sophie vérifia qu’il ne lui manquait rien, éteignit les lumières et sortit de son appartement.
Elle était heureuse à l’idée de revoir ses copines comme tous les jeudis depuis trois mois et de pouvoir oublier pendant quelques heures les autres soirs de la semaine où elle se prostituait dans les ruelles sombres du quartier de la gare.