Mes écrits, mes "dessins", mes coups de coeur, mes humeurs,... Bref ce qui transparait de moi à travers mes "créations"
Recroquevillée dans un fauteuil et emmitouflée dans l’unique pull-over qu’elle avait mis dans sa valise, Diane observait Michael par la fenêtre.
Uniquement vêtu de son maillot de bain il était debout au centre du « jardin privatif » comme indiqué sur l’annonce - comprendre carré de mauvaises herbes - et s’efforçait de renvoyer avec vigueur la balle rouge de son Jokari. Il le faisait avec une telle application qu’elle était persuadée qu’en utilisant la paire de jumelles marines qu’il avait tenu à mettre dans sa valise, elle le verrait tirer la langue tel un écolier du Cours Préparatoire faisant sa première page d’écriture avec un stylo-plume.
Elle se tenait confinée derrière la baie vitrée, grelottante de fièvre, les yeux brillants mais pas vraiment de plaisir, et c’était seulement le deuxième jour des vacances, les premières qu’ils s’offraient ensemble depuis trois ans, et le médecin lui avait « conseillé » de rester au chaud pendant huit jours.
A la radio « Give me a reason to love you » entraîna ses réflexions dans une direction à laquelle elle ne s’était pas attendue... enfin consciemment. Il lui fallait être honnête, au moins avec elle-même, sa relation avec Michael n’était plus celle de leurs débuts, la passion s’était dissoute dans le quotidien sans pour cela être remplacée par une complicité, un amour basé sur la connaissance de l’autre, la connivence avec lui, et avait laissé la place à l’ennui à deux, à "on a plus rien en commun et encore moins à se dire".
Cette constatation l’amena à se poser une question qui l’aurait assommée si la fièvre ne l’avait pas déjà fait : Serait-elle une "maudite de l"amour" ?
Question qu’elle reformula sous diverses formes tant son angoisse était croissante :
Aurait-elle reçu une malédiction ? Lui aurait-on jeté un sort maléfique ? Allait-elle devoir "consulter" un marabout pour pouvoir aimer sereinement ?
Son premier mari l’avait quittée après deux ans de vie commune pour s’installer chez, non pas sa meilleure amie cela aurait été trop prévisible, mais chez SON meilleur ami celui-ci ayant été son premier amour d’adolescente et surtout son premier amant.
Son deuxième époux était parti vivre dans une lamaserie au Tibet pendant qu’elle était à la clinique en plein accouchement de son premier et unique enfant, bébé qui avait été confié aux parents de son mari tandis qu’elle se remettait d’une solide et coriace dépression nerveuse consécutive à cet abandon. Diane n’avait jamais revu son fils mais il fallait avouer elle n’avait rien fait non plus pour le retrouver.
Quant au troisième et dernier en date, c’était celui qu’elle observait par la fenêtre.
Il était temps pour elle de reprendre sa vie en main.
Elle attrapa sa valise juchée sur l’armoire normande qui occupait la moitié de la chambre à coucher, y fourra pêle-mêle les rares vêtements qu’elle avait utilisés, ajouta ses affaires de toilettes, et la referma avant de la poser à côté de la porte d’entrée. Elle décrocha le téléphone et composa un numéro qu’elle connaissait par cœur, à force de l’avoir lu et relu sur un « pense-bête » accroché au mur prés de la fenêtre lorsqu'elle observait Michaël.
- Allo les Taxis de la Côte d’Emeraude, pourriez vous m’envoyer une voiture..., oui pour aller à la gare et le plus tôt sera le mieux...