Mes écrits, mes "dessins", mes coups de coeur, mes humeurs,... Bref ce qui transparait de moi à travers mes "créations"
L’Alfa s’intercala en douceur dans le flot automobile qui se déplaçait lentement. Hervé eut l’impression de se fondre à l’intérieur de l’immense serpent rouge qui se détachait sur l’horizon crépusculaire de cette fin de journée d’automne. La bête était vorace, en quelques secondes il devint un anneau anonyme du reptile cannibale.
Noyé dans la masse, le regard fixé sur les lumières vermeilles qui le précédaient, il alluma machinalement l’autoradio : pas de chance, ce fut la voix monocorde d’un speaker qui emplit l’habitacle.
" RTL il est 18hoo, le journal vous est présenté par Raymond Baltrain. ", Hervé était toujours aussi veinard... Le Moyen-Orient et ses conflits, les écolières et leurs foulards, la SNCF et ses grèves, tout cela n’avait aucun intérêt pour lui. La solution de tous ces problèmes était simple à ses yeux : On envoyait les cheminots grévistes jouer aux casques bleus au Moyen-Orient, et les écolières y seraient infirmières. Les foulards serviraient de bandages, et pour peu qu’il y ait des femmes blessées à la tête, le Coran serait respecté.
" Bon c’est pas le tout, il faut que je trouve de la musique sur cet appareil d’enfer ! " se dit-il en souriant.
Hervé sursauta : il avait pensé à voix haute et le son de sa voix s’était intercalé entre les paroles du journaliste. Le sens de sa phrase n’aurait pas été hors contexte, il aurait pu croire qu’elle provenait de l’autoradio.
Sans tourner la tête il expédia sa main droite à la recherche d’une station musicale. Evidemment sur les 6 fréquences préréglées, 3 diffusaient des informations, 2 d’inévitables rythmes technos et la dernière une retransmission d’un "concert " de la fée en chaussettes : Chantal Simplette Goya. Il ne lui restait plus qu’à trouver une cassette correcte. Bien sûr celles qui se trouvaient à sa portée ne correspondaient pas à ses aspirations musicales.
" Pute vierge ! Où donc est cette cassette ? Au fond du vide-poches, j’aurais dû m’en douter. Ah je la tiens. "
Son regard quitta un instant les feux de la voiture qui le précédait, juste le temps d’extraire la bande de sa boite et de l’introduire dans l’appareil. Le déclic d’enclenchement de la tête de lecture se confondit avec le bruit du choc : il avait heurté le véhicule qui le précédait.
Dans la fraction de seconde qui suivit celui qui était derrière lui le percuta violemment, son crâne bascula vers l’arrière et le craquement de ses vertèbres cervicales résonna dans l’habitacle. Au même moment la voix d’Higelin jaillit des haut-parleurs : c’était les premiers mots de Remember...
Inéluctablement l’Alfa fut expulsée sur le bas-côté, le serpent rouge reprit sa reptation en abandonnant l’anneau mort, immobile à présent.
Je mourrai
Dans une voiture carbonisée.
La portière ne voudra pas s'ouvrir
Et je hurlerai...
Tu apprendras ma mort
Atroce
Par un ami
Par les journaux, par la poste
Alors...
Alors tu te souviendras
Que nous avons fait l'amour
Remember .
Jacques Higelin