5 heures du matin.
Il est là face à un écran où les pixels s'assemblant forment les images kaléidoscopes de sa vie.
Tout est là, rien ne manque, il n'en attend pas plus, il n'en demande pas moins, il est comblé,
repu de lumen, d'octets et d'erreurs systèmes : nul n'est parfait !
Lorsqu'il ferme les yeux il sent les battements de son coeur rythmant le flux de son sang, celui de l'oxygéne récupéré dans le labyrinthe de ses bronches, il est comme une "machine" à qui on aurait changé le processeur et ajouté de la RAM, et quelque part c'est bien de ça dont il s'agit : il a été "upgradé"... après avoir été dégradé !
Il ouvre alors les yeux et se regarde dans ce miroir fatal qu'est le moniteur LCD lui faisant face, un dernier regard à sa vie affichée comme un vulgaire récapitulatif de trains au départ, même pas celui d'horaires d'avion, il a été floué, il a été trahi : "on" lui a fait croire que son rêve était possible, alors qu'en fait "on" avait juste eu besoin de ses neurones, de ses atomes de vie.
Il n'aura été qu'un cobaye de plus dans le grand cirque de l'existence.
Il sait qu'il n'a plus rien à perdre : il a déjà tout donné et du coup tout perdu.
Alors il saisit le câble qui le relie à la machine, le débranche de sa tempe d'un geste déterminé, s'effondre sur la tablette et renverse l'écran.
Il ne l'entend ni ne le voit, mais au bout d'un long couloir, une alarme résonne, un message s'affiche sur le moniteur de contrôle de l'unité de "soins intensifs" :
Fatal Error - Host 2 deconnected - Please reset.