Mes écrits, mes "dessins", mes coups de coeur, mes humeurs,... Bref ce qui transparait de moi à travers mes "créations"
Atypique – Dommage – Mort – Pieu – Sang – Simple – Mains – Sentiments – Recherche – Attente – Liqueur – Corsage – Assaillir - Clan - Pathétique
Noriah regardait ses mains depuis bientôt une heure sans faire un mouvement, si ce n’était le frémissement erratique de ses paupières
Il faut bien avouer que se retrouver assise dans un fauteuil d’osier qui lui était tout aussi inconnu que la pièce où elle se trouvait et ce sans savoir comment elle y était arrivée avait de quoi vous « déstabiliser »…
Elle n’avait pas la moindre idée de comment elle s’était retrouvée là, encore moins de pourquoi elle était attachée sur ce fauteuil et surtout d’où venait ce sang qui maculait ses doigts. Pour les traces sur son corsage c’était beaucoup plus facile, son premier geste à son « réveil » avait été de d’essuyer sur celui-ci ce qu’elle avait tout d’abord pris pour de la liqueur de framboise, avant de porter un doigt à ses lèvres et de découvrir que cette saveur acre et cuivrée à la fois n’était pas celle d’un fruit même alcoolisé.
A partir de ce moment une foultitude de sentiments l’avait envahie :
Le dégoût tout d’abord, immédiatement suivi d’une nausée, puis l’incompréhension précédant d’une fraction de seconde la peur, frayeur qui redoubla d’intensité lorsqu‘elle s’aperçut qu’elle était ligotée et qu’aucun son ne sortit de sa gorge quand elle voulut pousser un hurlement, c’est ce silence forcé qui la terrorisa le plus la pétrifiant sur place.
Ce n’est pas parce qu’elle était aussi immobile qu’une statue de marbre dans les Jardins du Luxembourg que ses neurones restaient inactifs, loin s’en fallait !
L’existence de Noriah était tout sauf compliquée, le premier qualificatif qui vous serait venu à l’esprit si on vous avait demandé de la décrire était le mot « simple ».
A la limite vous l’auriez qualifiée de « pathétique » tellement sa vie était lisse et atone, presque insignifiante.
Fille unique, arrivée sur le tard, d’un couple de commerçants poitevins « montés » à Paris quelques mois après sa naissance lorsqu’ils avaient hérité d’un magasin d’antiquités dans le quartier du Marais à la mort du frère de sa mère.
Trente ans s’étaient écoulés depuis, ses parents avaient pris leur retraite l’année dernière et étaient retournées dans leur province natale en lui laissant la gestion de la boutique, cela en parfaite conformité avec l’esprit de clan qui régnait dans sa famille depuis le 18ème siècle : Chouans en avant !
Rien de bien extraordinaire ni même de rarissime, des événements courants dans l’existence de milliers de gens.
En tout état de cause rien qui ne pouvait laisser présager qu’elle allait se retrouver dans une telle situation, et c’était en cela qu’elle était atypique.
Noriah se décida enfin à bouger, elle n’allait pas rester là sans rien faire : ce n’est pas dans l’attente et l’immobilisme qu’elle allait trouver la solution.
Elle se dit que c’était bien dommage qu’il lui ait fallu autant de temps pour en prendre conscience.
Tout d’abord il lui fallait se mettre à la recherche d’un moyen de se sortir de là. Elle devait sortir du fauteuil, c'est-à-dire se débarrasser de la corde qui la retenait prisonnière, ensuite sortir d’ici et ce le plus rapidement possible. Elle s’occuperait du sang et de sa provenance une fois de retour chez elle, à l’abri dans son « nid », c’est ainsi qu’elle appelait l’appartement au dessus du magasin où elle avait grandi.
Elle en était là de ses réflexions lorsqu’elle entendit un bruit de verre brisé juste derrière elle suivi de celui d’une fenêtre qui s’ouvre, mais même en se tordant la tête au maximum il lui était impossible de voir ce qui se passait.
Des pas étouffés comme si l’on marchait sur un tapis épais lui parvinrent avant de s’arrêter net.
Elle essayait encore de tourner la tête pour apercevoir qui arrivait lorsqu’elle entendit une voix qu’elle aurait reconnu entre mille : c’était celle de Gregor, son ami antiquaire qui possédait le magasin en face du sien.
« Ah enfin je t’ai retrouvée ! Ca fait deux heures que je te cherche partout. Heureusement que je me suis souvenu de l’existence de cet endroit. »
Noriah sentit son cœur bondir de joie dans sa poitrine, il allait la détacher et ils allaient fuir cet endroit le plus vite possible. Une fois chez elle Gregor aurait tout le temps de lui expliquer ce qui s’était passé.
« Reste tranquille que je coupe tes liens, je ne voudrais pas te blesser alors que je viens à peine de te retrouver. »
Alors qu’elle l’entendait se rapprocher d’elle – et sans savoir vraiment pourquoi d’ailleurs, peut-être le ton de sa voix – la peur et le doute vinrent l’assaillir, elle essaya de basculer son fauteuil en avant dans un geste désespéré, elle voulait s’enfuir.
Mais il était trop tard, il l’attrapa par les cheveux pour la ramener à lui et lui planta un pieu en olivier droit dans le cœur.
Le plus ironique dans tout cela - aurait-elle pu se dire si elle en avait eu le temps avant de mourir - c’était que c’est elle qui lui avait offert cet objet du 18ème siècle, elle l’avait acheté à une vente aux enchères à Londres le mois dernier en pensant à lui et à sa passion pour les histoires de vampire et autres créatures des ténèbres.