Première lettre de la nouvelle saison, on y apprend ce qu'il en était de la lettre inachevée...
Le 25/04/86 - 17h00
Bonjour « Princesse des Mille Lunes »,
Reçu ta lettre il y a quinze jours déjà… Le temps passe si vite, il m’est impossible de le freiner…D’ailleurs en ai-je véritablement envie.
D’accord pour ton idée de nous retrouver en Grèce ! Ce serait un bon délire – good vibrations -, le seul fait d’imaginer ce voyage me fait frémir intérieurement.
Je te joins le début d’une lettre interrompue, je n’ai pas achevé ce voyage avec toi dans le Transvaal, on a brisé – par sonnerie de téléphone interposée – ce départ en voyage. Je n’ai pas réussi à repartir… Dommage… Ce sera pour une autre fois.
Aujourd’hui au programme de « Delirium Tour » un voyage au fin fond de l’Asie.
Embarquons ensemble dans le vaisseau des « Galerian Airways ».
En une fraction de seconde nous voilà transportés dans la jungle malaisienne. La moiteur de l’air humidifie en un instant nos chemises, la sueur s’écoule le long de nos corps, elle nous est agréablement fraîche. L’air lourd et humide envahit nos poumons. Il est difficile de respirer. Maudites cigarettes ! Un feulement au loin, les broussailles crissent, les crépitements nous entourent.
Recours immédiat à la respiration yogi. Abaissement du rythme cardiaque, voilà c’est mieux. La marche commence à devenir de moins en moins pénible. Nous sommes éblouis par un rayon de soleil qui transperce la végétation touffue. Tu te tournes vers moi à ce moment et mille feux scintillent dans tes yeux. Bruissements au-dessus de nos têtes : des oiseaux de paradis prennent leur envol en kaléidoscopant le carré de ciel d’une clairière où se repose un félin fauve et racé.
Il ouvre les yeux : nos cœurs semblent vouloir jaillir de nos poitrines. Il nous regarde : nous frémissons. Un souffle de vent nous fait trembler : nous avons froid soudain.
Il se lève et se dirige vers une zone d’ombre. Un dernier regard vers nous et il s’enfonce dans la jungle. C’est un signe : sans hésiter nous marchons sur ses traces.
Nous suivons un sentier de plus en plus sombre et étroit, mais nous avons la certitude d’être sur la « voie ». Des perroquets couleur d’arc-en-ciel semblent nous parler. Ils nous disent : « Go on ! Never mind, you’re on the right way ! » Le language n’existe plus. Il a repris sa forme originelle. Enfin l’osmose de la compréhension s’est établie entre les animaux et les hommes.
Le chemin se sépare en deux, le félin nous attend à la fourche. Sans se retourner, il sait que nous sommes juste derrière lui, et il repart.
Au détour de la piste un marais nous barre la route. Le fauve est déjà engagé dans l’eau trouble. Sans hésiter nous y pénétrons à sa suite. L’eau est tiède et épaisse comme l’atmosphère, le fond est moelleux, presque agréable. La traversée n’est pas pénible du tout. De l’autre côté mille senteurs nous enveloppent. Nous aspirons à plein poumons ces odeurs parfumées, épicées, qui parfois nous enivrent. La tête nous tourner un peu, just a bit stone : c’est parfait. Les couleurs de la végétation qui nous entoure sont de plus en plus chatoyantes, la sensation d’être presque arrivé au but nous étreint.
Brusquement le ciel s’éclaircit au-dessus de nos têtes comme si les arbres s’écartaient sur notre passage. Au centre d’une clairière un temple vieux d’au moins 10.000 ans nous attend. Le félin est couché sur les marches qui y accèdent, il semble nous dire d’entrer. C’est chose faite.
Un délire de couleurs éblouit nos rétines. Mille soieries chamarrées émerveillent nos doigts. Mille pierres luminescentes irradient ce temple. Il n’y a qu’une seule salle et ce sont ces « cailloux » qui l’éclairent. Leur scintillement s’intensifie au fur et à mesure que nous avons vers le centre de la pièce. L’endroit le plus irradié est une fontaine où s’écoule inlassablement le filet d’une eau cristalline. Une voix vieille comme le monde nous parle intérieurement, elle nous murmure au creux de l’âme : « Buvez et vous verrez ! ». Nos mains se rejoignent sous l’eau et nous buvons le liquide de science.
Mille tonnerres résonnent, des tourbillons aux couleurs chatoyantes vibrent dans nos têtes : nous avons bu à la fontaine de la connaissance.
C’est tout ce dont nous nous souviendrons à notre réveil.
A très bientôt sur nos lignes.
Bisous xxx
4lain.