J'avançais d'un pas décidé, le cœur battant, dans les immenses couloirs de la clinique et d'un geste posé frappais à la porte de sa chambre et entrais.
J'aperçus, assise sur une chaise près du lit, une charmante vieille dame qui conversait à mots feutrés avec Elle, dont je ne distinguais que les jambes sous les draps.
Un mur me cachait son visage. Je me dis : "Tiens, une voisine de chambre est venue lui faire la causette, c'est sympa ici."
J'avançais dans la pièce, un sourire aux lèvres.
Je m'arrêtais net. Je n'en croyais pas mes yeux, Elle avait vieilli d'au moins 50 ans ! Je sais que les contre-coups d'une opération sont parfois usants, mais là le choc était violent...
Je murmurais :" Heu... Je cherche ma femme... Apparemment elle n'est pas là..."
La vieille dame me regardait sans rien dire, elle avait l'air aussi étonné que moi. Quant à la personne alitée, elle me fixait telle Dana Scully apercevant un extra terrestre pour la première fois.
D'une voix sourde la visiteuse me dit : " Non, ce n'est pas ici."
Je marmonnais un vague remerciement et ressortais précipitamment de la chambre.
Courant presque dans le couloir, je me rendis au bureau des infirmières. Sauvé, il y avait quelqu'un.
- Bonjour, je cherche ma femme. Elle a été opérée ce matin. Hier soir elle était dans la chambre 310.
- Ah oui la thyroïde. - je ne savais pas qu'elle se nommait ainsi ! - elle a été transférée au bâtiment C1, nous l'hébergions temporairement, le temps qu'il y ait une chambre de libre. Je ne connais pas le numéro de sa chambre, vous n'aurez qu'à demander à l'étage.
- Merci bien.
Demi-tour, vite le bâtiment C1, le bureau des infirmières.
- Bonjour, je cherche ma femme. Elle a été opérée ce matin de la thyroïde, au bâtiment B on m'a dit qu'elle était ici maintenant.
- Oui, chambre 192 au fond du couloir.
- Merci beaucoup.
Nouveau demi-tour, j'étais passé devant en arrivant. Je frappais doucement et entrais. Rien, j'étais dans une sorte de sas sombre, une seconde porte fermée en face de moi. Je frappais à peine sur cette dernière et entrais le cœur battant à 130 pulsations/minute.
Ah, c'était bien elle, et elle n'avait pas vieilli...
Cinq minutes à peine après que je sois entré, on frappait à la porte. Un homme pénétrait dans la chambre et...
- Bonjour, c'est vous la dame qui veut être transférée à la Clinique des Platanes ?
- Ah non, désolé ce n'est pas ici.
- Ah bon. Merci. Au revoir.
Je regardais ma femme : " Ils ne vont pas te faire déménager tous les jours !"
Deux minutes s'écoulèrent et re-frappement à la porte. Le même ambulancier qui revenait.
- Vous êtes sûrs que ce n'est pas ici pour le transfert à la Clinique des Platanes ?
- Oui, nous en sommes certains !
Il se gratta la tête, puis l'air dubitatif : " Bon, ben tant pis..." Et il referma la porte.
Apparemment, il a fini par trouver sa patiente car nous ne l'avons pas revu.
Il y a des jours comme ça...