Ambre avançait à travers la foule compacte des spectateurs, essayant de ne pas perdre de vue son mari qui avançait tel un brise-glace dans l’Arctique : rien ni personne ne semblait pouvoir ralentir sa progression, vu d’au-dessus on avait l’impression que les gens s’écartaient sur son passage pour reprendre leur place juste après.
Heureusement pour elle il n’y avait pas que des inconvénients à être un « petit gabarit ». Si elle devait être le plus près possible de la scène pour pouvoir voir le spectacle, en revanche elle se faufilait aisément à travers les spectateurs qui étaient arrivés avant elle et son mari.
L’ouverture des portes était fixée à 19h30, ils étaient sortis du métro face au Palais Omnisports Paris-Bercy à 18h30 et déjà une file impressionnante serpentait devant les portes d’entrée. A voir la densité de la foule qui attendait, Ambre s’était fait la réflexion qu’effectivement les premiers devaient être arrivés bien avant midi.
Sans perdre Marc des yeux elle continua sa lente reptation afin de le rejoindre, enfin il semblait s’être arrêté : il avait trouvé la place adéquate, pas trop près des barrières de protection et avec une vue sur la scène bien dégagée.
En trois enjambées en zigzag elle le rejoignit et convint avec lui que l’endroit était parfait.
Il était 21h10 quand les lumières de la salle s’éteignirent et que les premières mesures de « La poupée qui fait non » retendirent dans les haut-parleurs. Elle serra convulsivement la main de son mari qui sursauta de surprise avant de serrer à son tour mais avec douceur la sienne.
Le rideau derrière lequel on apercevait Michel Polnareff en ombre chinoise, s’écarta lentement, la musique s’arrêta progressivement et Polnareff surgit du fond de la scène.
Quand il fut arrivé au micro posé en bord de scène les musiciens attaquèrent « Je suis un homme » et la voix tant attendue déferla dans la salle sous un tonnerre d’applaudissements qui furent rapidement remplacé par onze mille voix chantant avec lui, c’était la plus grande chorale du monde que s’offrait ainsi l’artiste aux cheveux décolorés et frisés, et aux lunettes blanches.
Placée comme elle était, elle profitait pleinement du spectacle, du chanteur.
Comme tous ses voisins de fosse, elle chantait. De temps à autre elle jetait un regard à son mari dont les mouvements de la foule l’avaient légèrement éloignée, les yeux fixés sur le spectacle, les lèvres remuant en rythme : lui aussi s‘était engagé dans « la Chorale de Polnareff ».
Alors que Michel se mettait au piano et commençait « L’homme aux larmes de verre », une main se posa sur son épaule, un souffle léger sur sa nuque et une voix qu’elle aurait reconnue entre mille lui murmura à l’oreille : Bonsoir Vous, quelle agréable surprise de vous retrouver ici parmi ces milliers de personnes.
Elle sut à l’instant même, que ce qu’elle avait espéré inconsciemment en venant à ce concert venait de se produire. Elle avait beau être ici avec Marc, c'était pour se donner bonne conscience. La réalité était là juste derrière elle, instinctivement elle recula et colla ses fesses contre le bassin de celui qui, posant délicatement ses lèvres sur sa nuque, glissait ses mains sous son tee-shirt et emprisonnait ses seins. Elle sentit la vague de chaleur qui déferlait dans son ventre la faire se cambrer plus encore, et ressentir que le désir était partagé.
Il resserra son étreinte sur ses seins : Allez viens, on s’en va.
Ambre lança un dernier regard vers Marc, il continuait de chanter sans rien remarquer.
Elle prit les mains qui caressaient sa poitrine, les éloigna doucement, et dit en se retournant :
« OK, on y va. »
Il lui prit la main et ils se dirigèrent vers la sortie.
Polnareff commençait à chanter « Je t’aime » quand ils sortirent de la salle.
Une fois encore ils s’étaient retrouvés à un carrefour de leurs destins, d’un commun accord ils avaient décidé de suivre le même chemin.
Ambre savait que demain, après demain, elle reprendrait la route jusqu’au prochain carrefour et choisirait la direction qui la ramènerait vers Marc.
Il l’attendrait elle le savait...