Marc s’apprêtait à embarquer sur le ferry qui reliait Calais à Douvres.
De là il gagnerait Londres où il devait retrouver Charlotte , une gentille fille, douce et accommodante, comme il se plaisait à la décrire lorsqu’il parlait d’elle, pour aller assister à la première d’une comédie musicale nommée « Au sein d’un saint ou le Paradis est-il un endroit sain ? ».
Celle-ci en avait écrit les dialogues et participer à l’écriture du script : sa connaissance de la Genèse avait été un atout majeur à la réussite du projet.
Charlotte avait commencé sa carrière à Nashville (Tennessee) comme chanteuse de Gospel, elle avait alors été remarquée par un grand producteur hollywoodien renommé pour ses facultés à découvrir des talents nouveaux sur lesquels il n’hésitait pas à investir et à chaque fois il voyait sa fortune s’accroître.
Mais elle descendit rapidement du petit nuage où cette gloire « éclair » l’avait transportée.
Dès que son « mécène » s’aperçut que le filon des films musicaux commençait à décliner et que le « retour sur investissement » n’était plus à la hauteur de ce qu’il escomptait, il l’appela au téléphone pour lui dire que son contrat était rompu et qu’elle devait quitter sa maison de Beverly Hills qui était un logement de fonction. Il lui envoyait son secrétaire et son chauffeur pour l’aider à faire ses valises et l’accompagner dans un petit studio sur Sunset Boulevard dont il avait payé 3 mois de loyer d’avance, le temps qu’elle puisse se retourner.
Pour être retournée elle l’était, mais il ne la connaissait pas autant qu’il le croyait.
Dans son village du Tennessee son côté rancunier était bien connu et il était notoire qu’il valait mieux qu’elle vous considère comme son ami plutôt que son ennemi.
Charlotte ne dit rien, ses valises étaient prêtes lorsque la voiture arriva et elle avait déposé sur le guéridon de l’entrée la totalité des bijoux et autres cadeaux qu’il lui avait offerts durant les 2 ans qu’ils avaient été « ensemble ».
Pendant que le chauffeur rangeait ses bagages dans le coffre de la limousine elle expliqua au secrétaire qu’elle ne souhaitait pas aller au studio mais être emmenée à l’aéroport, elle avait téléphoné à son frère qui habitait en Espagne et avait réservé une place sur le vol Los Angeles – Madrid qui décollait dans deux heures, ils avaient largement le temps d’y être.
Confortablement installée à bord de l’Airbus A340-500 des Virgin Airlines Charlotte alluma son ordinateur portable tout en sirotant le Mint Julep que l’hôtesse venait de lui amener. Elle ouvrit le dossier « Tomkid », il était protégé par un mot de passe, elle entra celui qui lui avait été donné par le secrétaire de son ancien « protecteur » en même temps que le dossier.
Jetant un coup d’œil autour d’elle pour vérifier que personne ne pouvait voir l’écran de son ordinateur elle lança le mode diaporama pour faire défiler les photos qui s’y trouvaient. Malgré que ce ne fût pas la première fois qu’elle les voyait elle ne put s’empêcher d’avoir une moue de dégout : elles étaient plus qu’explicites !
On y voyait son ex-producteur sous tous les angles en compagnie de frêles jeunes filles dont la plus âgée avait à peine 14 ans et la plus jeune tout juste 10. Il avait toujours eu un faible pour les femmes plus jeunes que lui et sa peur de vieillir faisait que plus le temps passait plus il choisissait des « partenaires » de plus en plus juvéniles. Ces derniers mois il avait franchi les limites de la morale et s’était enfoncé de plus en plus dans la débauche.
Charlotte n’avait jamais prôné ni demandé un amour exclusif mais elle avait atteint le seuil de tolérance qui était le sien. Elle s’apprêtait à le quitter lorsqu’il lui avait téléphoné. Son appel n’avait fait que précipiter les choses.
Elle arrêta le diaporama, éteint son ordinateur, posa son verre vide sur la tablette du siège voisin et enfila le masque fourni par la compagnie avant de mettre son fauteuil en position allongé : elle avait décidé de dormir jusqu’à l’arrivée.
Une fois à l’aéroport de Madrid, profitant de l’heure qu’elle avait devant elle avant sa correspondance pour Grenade, elle acheta une enveloppe à bulles et y glissa la clé USB sur laquelle avait copié le dossier « Tomkid » en ayant eu soin de supprimer le mot de passe nécessaire à son ouverture.
Elle inscrivit sur l’enveloppe l’adresse de « People Trash » un tabloïd spécialisé dans les histoires glauques d’Hollywood, et rentra dans le bureau de poste de l’aéroport où elle expédia son courrier en urgence avec la mention « fragile » bien visible de part et d’autre de l’enveloppe.
Charlotte souriait de contentement en se dirigeant vers la porte d’embarquement du vol qui l’emmènerait retrouver son frère.
Elle n’avait aucun regret ni remord, juste la sensation d’avoir joint l’utile à l’agréable ; elle avait dénoncé un pervers et s’était vengé de celui-ci.
Elle oublia bien vite cette « histoire » et lorsque 6 mois plus tard elle rencontra Marc il ne lui vint jamais à l’idée de lui en parler.
Cela faisait maintenant presque deux ans qu’ils étaient ensemble et il n’en savait toujours rien.
Et c’est peut-être dommage, car s’il l’avait su il ne serait pas aussi serein à l’idée de la rupture qu’il comptait lui annoncer à la fin du spectacle en même temps qu’il lui dirait qu’une semaine plus tard il allait épouser la vedette de la comédie musicale.
Oui c’était vraiment dommage.
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