Mes écrits, mes "dessins", mes coups de coeur, mes humeurs,... Bref ce qui transparait de moi à travers mes "créations"
Quelle n'a pas été ma surprise d'apprendre il y a quelques jours que la France avait été condamnée à l'unanimité des 17 juges par la Cour européenne pour violation d'articles de la Convention européenne des droits de l'homme notamment sur la torture.
Je n'en croyais pas mes yeux et mes oreilles. Il fallait - pour ma tranquillité d'esprit, et surtout pour pouvoir continuer à inscrire "française" dans la case nationalité des nombreux formulaires que nous passons notre existence à remplir - que je fasse la lumière sur cette affaire. J'ai donc revêtu ma tenue de détective, un mélange de Rouletabille avec la pipe de Sherlock Holmes, et je suis parti enquêter sur les chemins.
Première étape la prison dans la Meuse où j'ai demandé à rencontrer la victime un dénommé Ahmed S. Cela n'a pas été chose facile, vêtu d'une soutane j'ai tenté de me faire passer pour le confesseur du prisonnier, mais premier échec il était musulman...
Qu'à cela ne tienne, j'ai rangé la tenue d'ecclésiastique dans ma valise et habillé d'une djellaba fort seyante je suis retourné à la prison. Me présentant comme le frère utérin de Ahmed, les portes se sont grandes ouvertes devant moi. Rassurez-vous elles se sont tout aussi vite refermées derrière ! Arrivé dans la cellule je n'ai pas fait illusion longtemps, le prisonnier ne m'a pas reconnu. Heureusement j'ai eu le temps de lui faire un signe de reconnaissance appris lors de ma jeunesse en banlieue parisienne avant qu'il n'appelle le gardien afin de me faire sortir de sa cellule. Je me suis alors présenté à lui comme journaliste-reporter travaillant en free-lance pour un hebdomadaire de grande diffusion, lui expliquant que je voulais faire un article sur sa désagréable mésaventure.
Il a refusé purement et simplement de répondre aux questions que je me proposais de lui poser, m'expliquant qu'il avait déjà tout dit sur le sujet, que si je voulais en savoir plus je n'avais qu'à lire les journaux, écouter la radio et regarder les infos sur la Une ! En plus il n'avait pas de temps à perdre avec un "pisse-copies" de seconde zone, etc... Bref je me suis retrouvé en moins de temps qu'il ne le faut pour l'écrire à la case départ.
Je n'ai pas été dupe, son refus de collaborer me démontrait qu'il n'était pas aussi "net" qu'il voulait le faire croire.
Qui n'entend qu'un son n'entend qu'une cloche, le lendemain je me suis donc rendu au commissariat à Paris pour rencontrer les cinq policiers accusés par Ahmed.
Là l'accueil fut totalement différent, c'était le jour et la nuit par rapport à la veille. Je fus reçu aussitôt par ces charmants fonctionnaires qui étaient enchantés de pouvoir enfin expliquer à quelqu'un de totalement impartial comment les choses s'étaient réellement déroulées. Voici leur version des faits.
Ils discutaient tranquillement avec le prévenu dans un salon particulier du commissariat en sirotant des jus de fruits, lorsque celui-ci s'est brusquement levé du confortable fauteuil où il était assis, il a saisi deux bottins posés sur une table basse en ébène située à côté de lui et il s'est mis à jongler avec ces lourds et volumineux livres en sautant par-dessus la dite table.
Ce qui devait arriver arriva. Il rata la réception d'un bottin qu'il reçut sur le crâne, de ce fait accrocha l'extrémité de sa chaussure dans le bord de la table, bascula en avant, s'effondra brutalement sur l'accoudoir de son fauteuil et le second bottin lui tomba sur la nuque.
Les choses se passèrent tellement rapidement que malgré toute leur bonne volonté aucun des cinq serviables fonctionnaires n'eut le temps d'intervenir pour éviter la catastrophe.
L'avocate du maladroit trafiquant qui venait assister à l'entretien pénétra à ce moment là dans le salon, vit les policiers en train de relever Ahmed et sans écouter leurs explications elle fit appeler un médecin, les pompiers, le SAMU, l'ambassade, leur fit constater les blessures et sans plus attendre fit transporter le blessé sous escorte à l'hôpital le plus proche où elle lui fit déposer une plainte pour sévices graves.
Personne n'a voulu écouter - et encore moins croire - la version des cinq malheureux fonctionnaires, et depuis ils ont été jugés et condamnés...
Je trouve ahurissant que la maladresse d'un trafiquant notoire sous l'emprise d'on ne sait quelle drogue ait conduit la condamnation d'un pays aussi merveilleux que la France à l'opprobre de dix-sept pays, voire du monde entier.
Car si dans cette affaire il y a eu des personnes victimes de torture, c'est bien des cinq policiers dont il s'agit. Imaginez quelle doit-être la torture psychologique qu'ils subissent en voyant à chaque instant le dégoût, la haine dans le regard des autres...
Il y a des jours où je me dis que nous vivons dans un monde kafkaïen...