Chris s'éveilla. Instinctivement il porta la main vers la gauche du lit, Kate n'était pas là mais sa place était encore chaude : Elle était rentrée pendant son sommeil. La sensation qu'il avait eue alors qu'il dormait s'avérait réelle.
La porte s'ouvrit et elle entra dans la chambre, deux tasses dans les mains, sans allumer la lumière. Comme lui elle appréciait la pénombre propice à la dégustation du premier café du matin.
Elle posa doucement sa tasse sur la table de chevet et se recoucha à côté de lui.
Chris se redressa et l'embrassa sur l'épaule, là où sa peau était douce comme de la soie.
- Bonjour murmura-t-il
- Bonjour répondit-elle
Ils savouraient leur café en silence, ils appréciaient ce moment de quiétude où chacun reprenait conscience de la réalité, ce temps de calme leur était nécessaire.
Chris se souvenait de certains matins où il en avait été autrement, des matins où la violence verbale avait déferlé dans leur chambre, où les mots avaient été acerbes et dévastateurs, où à peine réveillés ils se déchiraient avec une énergie comparable à celle qu'ils déployaient parfois lorsqu'ils faisaient l'amour.
Mais les choses avaient évolués avec le temps. Ils n'étaient plus tout à fait les mêmes. En fait ils avaient dû s'éloigner pour mieux se retrouver. Kate avait poussé leur amour dans ses derniers retranchements. Il l'avait suivie et avait failli la perdre et se perdre, il avait encore en mémoire les moments de souffrance extrême qu'ils avaient vécus alors. Les paroles d'une chanson qui passait à la radio à l'époque accompagnaient ses souvenirs :
"Pourquoi les gens qui s'aiment, aiment s'faire du mal, même à titre expérimental".
Il n'avait jamais trouvé la réponse.
Il termina son café et reposa sa tasse.
Kate semblait absorbée dans ses pensées. Elle était là près de lui mais bien loin en réalité. Ses lunettes embuées par les volutes de chaleur s’échappant de la tasse lui donnait un air encore plus lointain.
Il ne lui demandait plus depuis bien longtemps à quoi ou à qui elle pensait. Pas plus qu’il ne se posait la question. Les temps changent fredonnait-il intérieurement. Il avait appris à vivre avec et sans elle, même quand elle était là. Elle lui avait enseigné qu’à trop vouloir la garder il ne réussirait qu’à la perdre.