Mes écrits, mes "dessins", mes coups de coeur, mes humeurs,... Bref ce qui transparait de moi à travers mes "créations"

Publicité

Noire comme ton âme - Episode 4

Elle était arrivée avec dix minutes de retard et s’était installée sur le divan sans un quelconque mot d’explication, sans même en prononcer un seul d’ailleurs, et ne lui laissant d’autre alternative que de s’asseoir dans son fauteuil en silence, d’ouvrir son dossier à la dernière page et de l’écouter le stylo à la main.
Il l’observa un instant : elle s’était fait couper les cheveux, la nuque ainsi dégagée arborait une dizaine de marques rouges. La « piqûre de moustique » de la dernière séance s’était multipliée.
Elle s’éclaircit la voix et reprit son monologue là où elle l’avait interrompu la semaine précédente.

 

 

Ayant éliminé deux de mes prises j’avais tout mon temps pour me consacrer à la troisième. J’avançais prudemment, pas question de m’emballer comme avec les précédents et de me retrouver le bec dans l’eau, enfin façon de s’exprimer : il ne s’agissait pas de mon bec.

Il semblait tout aussi réservé et laissait filtrer les informations le concernant par bribes, telles les touches de couleur d’un peintre sur son tableau se fondant dans la toile et qu’on ne remarque qu’en la regardant de près.
J’appris qu’il était marié, pas heureux en ménage je l’aurais parié, mais pas décidé pour autant à quitter son épouse à cause des enfants : ben voyons !
Il avait trois fils âgés de 15, 12 et 8 ans, sa femme était prof de lettres dans un grand lycée parisien, lui était responsable des ressources humaines dans une PME de la banlieue sud.
C’est là que j’aurais dû sentir ce qui allait arriver. Mais c’est plus facile à posteriori : quand on est dedans on n’a pas le recul nécessaire. N’empêche que j’aurais dû m’en douter : les RH c’est comme les avocats : des beaux parleurs. Ils vous entraînent dans leur sillage, leurs mots vous enrobent et vous embrument. Sans rien voir venir ni même qu’on s’en aperçoive ils vous ont fait vous dévoiler et dire ce que vous vouliez garder pour vous. Et le pire c’est que vous y avez pris plaisir ! Quel beau salaud j’avais pêché là !
Bref je m’étais faite prendre à mon propre piège.
Nos échanges sur MSN étaient tout en douceur et en finesse. Nous avions petit à petit commencer à flirter tranquillement, nos mots étaient devenus plus tendres, nos dialogues plus intimes. Nous parlions de moins en moins de notre quotidien, sauf pour dire que mon mari restait tard à son bureau ou que sa femme était à un conseil de classe et qu’ainsi nous avions plus de temps pour nous et rien qu’à nous.
C’est moi la première qui ait dit que je l’aimais, en réponse à un mail où il le laissait supposer. Nos « adieux » sur le Net s’éternisaient de plus en plus, ils donnaient l’impression que nous n’arrivions plus à nous quitter. Le besoin de se rencontrer s’imposait et l’idée que ça allait se produire rapidement nous enchantait au plus haut point.
Et c’est un matin au réveil après une nuit où les mots avaient été plus forts que d’habitude, où le désir de se voir en vrai avait été plus intense, que j’ai soudain réalisé que ni lui ni moi ne savions à quoi pouvait bien ressembler l’autre. Physiquement s’entend, pour l’âme et l’esprit on se connaissait parfaitement. Enfin c’est ce que je croyais…
Le soir même j’abordais le sujet. Il éluda la question prétextant qu’il voulait garder une part de mystère à notre relation, que nous avions bien le temps, que l’important à ses yeux était cette communion spirituelle entre nous, cette complicité, cette similitude de pensée proche de l’osmose.
L’osmose en voilà un mot bien à lui. Je crois que c’est avec celui-ci qu’il a commencé à me faire tourner la tête, j’avais baissé ma garde : le chasseur était sans s’en apercevoir devenu la proie. Là tout a basculé, je me suis trouvée entraînée dans un tourbillon de mots qui, au bout du compte, allait me laisser seule et abandonnée sur un rivage désert. Mais à ce moment là je n’en avais pas conscience, j’étais sur un nuage. Ces échanges ont continué pendant un mois, plus le temps passait plus j’avais envie de le rencontrer, d’être dans ses bras, j’étais devenue sa chose, je le savais mais j’en étais heureuse, personne ne m’avait emmenée aussi haut, aucun homme ne m’avait jamais faite ressentir aussi femme sans même m’avoir touchée ni regardée. Rien qu’avec des mots il m’avait plus que séduite : conquise.

 

 

Elle se tut aussi soudainement qu’elle avait commencé à parler. Elle paraissait s’être plongée dans ses souvenirs et y être restée. Les yeux fermés, un sourire sur les lèvres, elle semblait dormir ou tout au moins somnoler.
Il la regarda attentivement, il découvrit une femme totalement différente de celle qui venait le voir depuis bientôt deux mois. Bon Dieu qu’elle était belle ! Il ne la voyait plus avec les yeux d’un psy mais avec ceux d’un homme qui s’aperçoit que sa voisine d’en face est l’illustration parfaite de la femme qu’il cherchait en vain depuis des années, que dis-je des siècles, l’éternité même.
Il avait une envie irrésistible de se lever, de s’allonger à côté d’elle et de la prendre dans ses bras pour ne plus jamais la laisser partir. Il savait qu’il allait le faire et tant pis pour la déontologie et tous les dogmes bien pensants liés à sa profession.
Heureusement pour lui et pour eux, elle ouvrit les yeux et, plongeant son regard sans le sien elle dit :

 

 

« Vous devez me prendre pour une pauvre fille un peu simplette non ? »

 

 

Il hocha la tête négativement autant pour la rassurer que pour reprendre ses esprits. Il resta silencieux lui signifiant de continuer d’un bref mouvement du menton.
Elle haussa lentement les épaules d’un air de dire : « j’aurais dû m’en douter » et reprit son récit.

 

 

 

 

Elle attendait sa réponse avec dans les yeux toute l’innocence d’une petite fille.

 

 

« Oui vous avez raison. Nous en parlerons la semaine prochaine lors de la prochaine séance. »

 

 

Je défis quiconque, même vous Docteur, ne pas se faire prendre au piège par un tel artiste de la manipulation, il devait avoir lu « Le Prince » de Machiavel dès le berceau je ne vois pas d’autre explication. Bref le mal était fait il n’avait pu qu’à remonter la nasse : j’étais dedans et je ne me débattais même pas.

Ce qu’il fit avec douceur et sans précipitation : il n’avait rien à craindre je ne m’enfuirais pas.
C’est alors qu’il a proposé qu’on se voit : c’était pas trop tôt ! Vous m’auriez vu trépidant devant mon écran telle une gamine à qui on vient d’annoncer qu’on l’emmène à Disneyworld comme on le lui avait promis six mois auparavant. Enfin j’allais savoir à quoi il ressemblait, mais beau ou laid, grand ou petit, gros ou mince : je m’en moquais.
Malgré cela j’attendais l’arrivée de sa photo par mail avec une certaine émotion, je frissonnais intérieurement : j’en avais la «  chair de poule », je rafraîchissais la boite de réception de mon Outlook toutes les quinze secondes.
Elle arriva enfin. J’aspirai profondément et j’ouvris son message. Je ne pus retenir un petit cri qui fut suivi d’un grand soupir de soulagement : l’image correspondait à celle que j’avais imaginée. J’avais devant les yeux la photo d’un homme d’une trentaine d’années, brun, les yeux verts, à la peau brune avec ces rides au coin des yeux et autour de la bouche qui font le charme des hommes qui ont vécu, ceux qui dès le premier regard vous envoûtent et vous donnent envie de vous asseoir à côté d’eux et de les écouter vous raconter leur vie la tête blottie au creux de leur épaule.
Conquise par ses mots je l’étais aussi par son apparence. La photo avait été prise sur un ponton en bois, debout face à l’objectif il tournait le dos à la mer et souriait à celui ou celle qui le photographiait. Il portait un débardeur blanc et un bermuda couleur kaki. Il n’avait pas le corps d’athlète du Viking mais ce n’était pas non plus le représentant alsacien : il était « normal » et paraissait bien dans sa peau.
Etrangement il refusa que je lui envoie ma photo et me dit qu’il préférait attendre jusqu’à la dernière minute avant de connaître de visu, qu’ainsi j’aurais toujours le choix de ne pas me faire reconnaître lorsque nous nous verrions enfin.

 

 

« Vous ne trouvez pas qu’il était malin ce type, comme si dans l’état où il m’avait mise j’allais faire demi-tour ! »

  Episode Cinq.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Comment te dire, il y a un passage qui me chiffonne, à priori, il n'a gêné personne à part moi. Bon, sur le passage: "ceux qui dès le premier regard vous envoûtent et vous donnent envie de vous asseoir à côté d'eux et de les écouter vous raconter leur vie la tête blottie au creux de leur épaule." Pour moi, ça ne passe pas, mais pas du tout. Etant donné l'état dans lequel il l'a met avec ses mots, elle n'a qu'une idée c'est de lui sauté dessus, à la casserole le mec là, et certainement pas pour s'asseoir à côté de lui pour qu'il lui raconte sa vie... Enfin, ce n'est que mon opinion... :o)
Répondre
K
Intéressant très intéressant.<br /> Je la sentais sur des charbons ardents mais assez "hypocrite" pour, après avoir avoué qu'elle avait qu'une envie c'était de sauter sur le "premier" venu ou presque, en gros elle avait envie de "cul",  continuer à se donner un côté fleur bleue, genre j'ai été séduite par le méchant monsieur qui m'a manipulée.<br /> Mais je prends en compte ce com pour l'écriture de la suite, je pense qu'elle va laisser tomber de plus en plus son voile d'hypocrisie pour regarder la ou plutôt les réalités en face ;-)<br /> Mrci encore pour ce com plus qu'instructif et qui en plus m'a permisde relire des coms antérieurs sur cet article et que j'avais un peu "oubliés"...<br /> Encore !
P
Que dire cher Maître ?<br /> Pour une fois, je vais me taire et garder dans un coin de ma ptite tête ce que je pense.J'attends la suite et qui sait, je me déciderai peut-être à parler<br /> Kiss
Répondre
K
J'attendrai que tu te / me révèles ce que texte t'inspire avec la patience qui me caractérise...<br /> Quoi qu'il en soit merci d'être venue ici et d'y avoir laissé une empreintes...<br /> Bises...
B
Le représentant alsacien ? Qu'entends-tu donc par là Kildar ? Il y a de biens beaux hommes dans ma région hi hi ;-)Trêve de plaisanterie : tu sais toujours aussi bien tenir ton lecteur en haleine, comme l'homme de ton récit tiens sa proie d'ailleurs.A quand la suite ?Bises, Bool
Répondre
K
Oui je sais Bool, comme il y a de bien jolies femmes.. Et je sais de quoi je parle 8-)<br /> Merci merci.. C'est le but d'un "feuilleton à épisodes" : accrocher le leecteur pour qu'il vienne lire la suite ;-)<br /> Quand la suite ? Je ne sais pas... Le temps de l'écrire...J'essaie de tenir le rythme d'un épisode par semaine mais bon je ne promets rien 8-)<br /> Bises too Miss.
E
Allez, j'mets mon grain de sel ;)<br /> D'accord avec ce qui a été dit plus haut, bonne analyse des personnages !<br /> Côté écriture, je reviendrais juste un peu sur ce qui avait également été dit à propos d'épisodes précédents : le langage de la femme est un peu trop soutenu... A partir du moment où son monologue est présenté comme une prise de parole directe, et non retranscrite dans une narration, le mode d'expression utilisé ne devrait pas être aussi littéraire.<br /> Autre chose, mais là je te concède le fait qu'il s'agit d'un écrit "linéaire" rapide, je trouve peu crédible le fait qu'elle reprenne le fil de son récit de façon aussi... linéaire :-) Je veux dire qu'elle reprend ça comme si elle reprenait le cours d'une lecture, sans qu'on puisse visualiser sa vie entre deux séances. Pas un mot sur ce temps entre-deux, ses réflexions (dûes ou non à la séance précédente), une quelconque anecdote...<br /> Une dernière chose pour en revenir à l'histoire : je suis curieuse d'avoir l'explication de ces "piqûres de moustique" qui apparaîssent en filigrane de l'observation faite par le psy ! (les vampires auraient-ils migré dans ce texte-ci ?)<br /> Bisous et pardon pour cette "tartine" !!! :-)
Répondre
K
Super un grain de sel d'Eryn et je vous assure que c'est même de la Fleur de Sel de Guérande :0040:<br /> Pourtant j'ai fait un effort pour le rendre moins littéraire, mais bon je me dis que bourgeoise comme elle est, hormis qq dérapages quand elle s'emballe - genre qd elle parlait de sa soeur - elle a un langage plus élaboré, je pourrais d'ailleurs lui faire raconter qq anecdotes de son enfance/adolescence pour la situer. Mais bon faut aussi que je m'oqp des flashbacks de Jade :0107:<br /> Je ne sais ce qu'en pense les autres lecteurs mais à mon avis elle est dans son trip et son trip c cette histoire et ce que le N° 3 lui a fait vivre, en bien comme en mal et rien d'autre ne lui importe. Je crois qu'au fur et à mesure qu'elle va rentrer dans les détails de cette relation on en apprendra plus sur son quotidien car là il y aura matière à faire des liens avec le présent et le passé.<br /> D'accord ça semble être parti pour durer plus que 5 ou 6 épisodes mais je vous rappelle qu'une saison c environ une vingtaine d'épisodes :0109:<br /> Enfin les piqûres de moustiques ne sont pas l'arrivée des vampires mais des "suçons"...<br /> Comme moi tout n'est pas forcément compréhensible...<br /> Merci pour la tartine j'en ai profité pour étaler la mienne aussi :0113:<br /> Bisous too ! Et merci again
M
....du virtuel à la photo....1er pas.....<br /> très bonne analyse des personnages.....et du monde "msn".....<br /> à suivre!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!...............<br />  <br /> bises cher kildar.....
Répondre
K
Oui ça commence souvent de cette façon, ne serait ce que pour avoir un prétexte : celui de pouvoir se reconnaitre 8-)<br /> Le N° 3 la joue plus fine, il lui laisse la possibilité de ne pas se faire reconnaitre ;-)<br /> La suite en dira plus enfin j'espère 8-)<br /> Bises too Mary-No' ;-)
Enfin, la première à te mettre un com ! J'entrevois des choses ........d'après ce que tu m'avais  répondu sur ce que je croyais l'aspect linéaire de "Prologue"............enfin je me pose surtout des questions sur l'identité de la "patiente"........;-)bisàmonmage ! Elisabeth
Répondre
K
Bravo t'as été la plus rapide là 8-)<br /> L'identité de la patiente :<br /> Femme d'Avocat aisée - femme au foyer possédant beaucoup de liberté maintenant que les enfants sont grands.<br /> Bises Eli' et merci pour le com' :-)