L’Entracte vient de commencer, le rideau est baissé sur la scène obscure. Un brouhaha compact et diffus à la fois m’entoure.
Je suis un spectateur anonyme égaré dans la foule et aussi l’acteur mort de trac qui épie derrière le rideau, ce mur pourpre qui le protége si bien.
Bientôt les lumières perdront leur intensité dans un decrescendo maléfique, le voile protecteur s’envolera me laissant seul face aux « moi-même ».
Tel un toréador perdu dans l’arène je déclamerai – Œdipe aveugle devant le Tribunal Céleste - :
Lors de la Grande Compréhension j’ai vu le schéma schizoïdique.
Je refuse et j’abuse, j’ai peur de me dire, de m’écrire, car je sais, je « me » sais.
Quand aurai-je le courage de me le dire ? Dans une seconde, dans un mois, dans un an ou jamais ?
Je suis l’Araignée qui s’est entortillée dans sa toile, en fait je suis l’Araignée, sa toile et la Mouche prise au piège.
Face à mes sentiments pour Toi, pour moi, j’évolue sur le fil de l’Amour, je penche vers l’abîme, frémis, me redresse et cours vers Toi.
J’ai la crainte au fond de moi comme le lièvre au début de la traque.
Celui-ci a beau savoir qu’il a une chance sur mille d’en réchapper, cette chance est sa raison de vivre, d’espérer : d’être.
Lorsque cette peur qui règne en moi aura disparu : soit je ne t’aimerai plus, soit nous nous aimerons avec force et intensité.
Puisque l’amour pourrait être possible entre nous, tu es à mes yeux l’unique personne à savoir ce qu’aimer et m’aimer veut dire.
J’attendrai seul dans ma tourmente que tu m’offres un abri pour la nuit.