Renaud sentit son téléphone portable vibrer contre sa poitrine : Deux vibrations silencieuses et rien d‘autre , c’était un SMS. Qui pouvait bien lui envoyer un message sur ce téléphone là ? Surtout un dimanche matin alors qu’il était au marché du village en train de faire ses courses.
Il y avait un bon moyen de le savoir : il suffisait de le lire.
Il attrapa le téléphone dans la poche poitrine de sa chemise et appuya sur la touche « lire le message ».
« J’avoue que Ta voix m’a fait réellement plaisir. Rayons de soleil dans le ciel gris de ma détresse. Merci pour ça. Je T’embrasse et Te caresse de mes lèvres assoiffées. »
Il s’arrêta net et relut le message par deux fois. Son étonnement devait être visible sur son visage, se dit-il en voyant les regards que lui lançaient les gens qu’il croisait.
« Bon procédons par ordre. Qui est l’expéditeur ? »
Pas de nom juste un numéro de portable, il n’était pas dans son répertoire. Il en aurait été le premier surpris, personne qu’il ne connut n’aurait pu lui envoyer un tel message.
Il aurait bien aimé pourtant. Cela faisait bien longtemps qu’on ne lui avait pas dit – et encore moins écrit – des mots si agréables.
Il étouffa rapidement cet instant nostalgique et s’empressa d’informer par SMS la personne qui avait envoyé le message qu’elle s’était trompé de destinataire. A ses yeux c’était la moindre des corrections. Il l’imaginait replongeant dans son stress en l’absence de réponse, même brève du genre : « De rien ».
A sa grande surprise son opérateur lui renvoya un SMS l’informant que le destinataire était « introuvable ».
C’était la première fois de sa vie qu’il recevait un tel message de celui-ci.
Qu’allait-il faire ? Rien. Il ne pouvait pas appeler l’expéditeur tout de même… Pourtant il en avait envie… Envie d’entendre la voix qui avait pensé puis écrit ces mots dont il aurait bien voulu être le véritable destinataire.
Espoir fou qu’ « elle » - car dans sa tête cela ne pouvait qu’être une femme – le trouve sympathique et lui propose une rencontre.
Il s'imaginait face à « elle » les yeux dans les siens, il entendait les mots prononcés, « elle » le remerciait de l'avoir appelée, « elle » laissait ses silences parler à sa place, « elle » se sentait bien avec lui, « elle » avait l'impression de le connaitre depuis si longtemps...
« Elle » acceptait alors de dîner avec lui : ils ne pouvaient pas se quitter comme ça !
Il hésita encore un moment, mais l’envie était trop forte. Il se prétexta à nouveau le fait de devoir informer de son erreur et appuya sur la touche « Appeler».
Il entendit comme un « crachotis » de parasites puis une voix mécanique qui lui dit :
« Le numéro que vous avez composé n’est plus attribué, nous regrettons de ne pas pouvoir donner suite à votre appel… »